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© Emmanuel Pierrot

Ces aliments industriels qui menacent votre santé

Publié dimanche 17 février 2019 à 09:01
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Publié dimanche 17 février 2019 à 09:01 
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Que sont des aliments ultra-transformés? D'où viennent-ils? En quoi sont-ils peu recommandables pour la santé des consommateurs et comment les éviter? Notre dossier explore les dessous de la malbouffe, ses vérités et ses idées reçues.
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- LES ALIMENTS ULTRA-TRANSFORMÉS, C'EST QUOI?
Si vous achetez un aliment quelconque dans un supermarché et que le nombre d’ingrédients figurant sur l’étiquette est supérieur à cinq, il y a de grandes chances que vous ayez affaire à un aliment ultra-transformé. De deux à cinq ingrédients, il s’agit d’un produit transformé, et un seul ingrédient désigne l’aliment brut. Exemple: un filet de poisson frais est un aliment brut, une boîte de sardines où l’on s’est contenté d’assaisonner le produit brut avant de le mettre en boîte est un aliment transformé et un nugget de poisson fabriqué à partir de divers sous-produits de la pêche masqués de panure et additionnés d’épaississants, texturants, émulsifiants, exhausteurs de goût et substances diverses ayant la capacité de retenir l’eau est un aliment ultra-transformé.

- COMMENT ÇA SE FABRIQUE?
Pour fabriquer des aliments ultra-transformés, les industriels utilisent principalement les sous-produits du cracking, ou fragmentation d’un aliment de base. En fragmentant chimiquement un grain de maïs, on obtient du sirop de glucose et de glucose-fructose, de l’amidon, du polyol, de l’amidon modifié et de la maltodextrine. Ces ingrédients sont ensuite recombinés avec d’autres provenant du cracking du lait, de la pomme de terre ou de l’œuf. On y ajoute du sel, des matières grasses, des sucres simples et de nombreux additifs pour leur redonner le goût, la couleur et la texture perdus à la suite des procédés de fractionnement-recombinaison.

- POURQUOI ÇA SE FABRIQUE?
Ou pourquoi déconstruire de vrais aliments pour en reconstruire de faux? Parce que les «briques» alimentaires du cracking sont faciles à produire et à transporter industriellement et permettent de fabriquer des milliers de produits différents à des prix imbattables. Bref, ces aliments ultra-transformés sont conçus et fabriqués dans une logique purement économique et très souvent au détriment de la santé des populations.

>> Lisez aussi la mise en garde de la médecin Nathalie Farpour-Lambert


5 IDÉES REÇUES SUR L'ALIMENTATION*

1. Les «premiers prix» sont de bonnes affaires. La principale composante du prix d’un produit alimentaire, et a fortiori d’un produit d’appel, est le coût des matières premières, qui varie en fonction de l’offre et de la demande. En alimentation, la bonne qualité n’est jamais bradée. Il vaut donc mieux limiter vos achats premiers prix à des ingrédients et produits simples: le jambon non, mais la purée mousseline qui va l’accompagner oui.

2. Manger sain coûte cher. C’est vrai si on se contente de remplacer les produits industriels bas de gamme par d’autres produits transformés de meilleure qualité. Par exemple une pizza au jambon bio à la place d’une pizza jambon standard. Mais c’est faux si on fait des économies en supprimant de son alimentation des produits industriels clairement nocifs comme les sodas, les confiseries, les fausses céréales pour le petit-déjeuner et qu’on limite sa consommation de viande et de charcuteries au profit de céréales et de légumineuses. Et une soupe de légumes ou une compote maison ne coûtent pas plus cher que leur ersatz industriel.

3. Tout ce que je dois savoir est marqué sur l’emballage. En réalité, l’ultra-transformation des produits alimentaires rend très difficile leur traçage et donc l’identification exacte de leurs composants. Exemple, en Suisse, les aliments OGM sont légalement interdits. Mais il est très probable que nombre d’additifs sont fabriqués à partir du cracking d’un maïs OGM nettement moins cher.

4. La malbouffe, c’est surtout les fast-foods. Les sauces, pizzas, sandwichs, sodas, confiseries, snacks, vendus en grande surface, sont tout aussi nocifs pour votre santé que ceux distribués par les chaînes de fast-foods.

5. Au restaurant, on ne risque pas de manger des produits ultra-transformés. Si c’était le cas, le label Fait Maison n’aurait pas été lancé en Suisse dans le cadre de la Semaine du goût 2017. Il distingue les restaurants dont les mets sont fabriqués intégralement ou en majeure partie dans leurs propres cuisines sans avoir recours à des plats et produits précuisinés industriellement (>> www.labelfaitmaison.ch).

* Tirées du livre de Christophe Brusset «Et maintenant, on mange quoi?»

>> Suivez le guide pour éviter les produits les moins recommandables du supermarché 


L'ÉDITO: "Produits alimentaires, le droit de savoir"

 

Par Michel Jeanneret, rédacteur en chef.

Le dossier que nous publions cette semaine ressemble furieusement à l’enfumage en règle dont les consommateurs ont été victimes pendant des décennies de la part de l’industrie du tabac. On en prend ici le pari: dans quelques années, la pub pour ls barres chocolatées ou les céréales du matin censées «couvrir les besoins nutritionnels quotidiens des enfants» nous paraîtront aussi ridicules que les affiches qui vantaient naguère les vertus de la cigarette. Car la chose est désormais étayée par des études incontestables: les aliments ultra-transformés sont non seulement coresponsables de l’épidémie d’obésité et de problèmes cardiovasculaires qui frappe les pays industrialisés, mais ils jouent également un rôle avéré dans le développement de cancers.

La santé est bien évidemment une affaire privée. Libre à chacun de décider des risques qu’il souhaite prendre au cours de son existence. Mais encore faut-il les connaître. Or l’information, droit absolu, est volontairement occultée par de grands acteurs de l’industrie agroalimentaire internationale. On en veut pour preuve les efforts colossaux de certains d’entre eux, récemment associés pour contrer en France la tentative d’introduction du Nutri-Score, un étiquetage qui permet en un coup d’œil de connaître la qualité de ce que l’on mange.

Face à ce problème majeur de santé publique, la Suisse a le devoir d’agir sans attendre. L’Etat doit utiliser ses prérogatives afin de contraindre les industries qui devraient nous nourrir – et non nous rendre malades – à afficher clairement le Nutri-Score de chaque produit vendu, en complément des étiquettes actuelles, trop difficiles à déchiffrer. Ce jour-là, nos élus démontreront qu’ils ont le courage de prétériter les intérêts particuliers de quelques entreprises, si importantes soient-elles, pour préserver ceux du plus grand nombre. Les intérêts des citoyens.


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