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Apps santé pour garder la forme? Attention à vos données personnelles

Les apps santé ont connu un succès sans précédent au cours de ces dernières années, mais elles posent problème quant à la sécurité des données des utilisateurs. Si le smartphone peut être un allié dans la santé, il est nécessaire de rester vigilant.

Apps santé

 Si le smartphone peut être un allié dans la santé, il est nécessaire de rester vigilant.

Westend61

Les apps santé pour smartphones sont les applications les plus téléchargées dans le monde. Pourtant, la majorité d’entre elles ne sont pas régulées: contenu mensonger ou données personnelles non protégées, leur utilisation comporte quelques risques à ne pas sous-estimer. A quoi faire attention et quels sont les bons plans?

Payer ses courses sans carte bancaire, connaître l’horaire de son train, commander une pizza… Notre smartphone est devenu un allié incontournable de notre quotidien. Une de ses nombreuses promesses? Nous aider à garder la forme, voire à soigner certaines maladies. C’est du moins ce que fait miroiter la ribambelle d’applications dites «santé» que l’on trouve sur les plateformes de téléchargement. Du coach sportif personnalisé au capteur de tension artérielle, ces apps ont connu une explosion sans précédent au cours des dernières années. Le fournisseur de données et d’analyses mobiles App Annie estime en effet que, en 2020, plus de 71 000 applications de santé et de remise en forme ont été lancées dans le monde. Pourtant, et bien que l’offre puisse sembler attrayante, la majorité de ces applications n’a en réalité de «santé» que le nom. La validité de leur contenu n’est certifiée par aucune autorité sanitaire compétente et, plus effrayant encore, la sécurité des données de leurs utilisateurs n’est nullement garantie. «Les utilisateurs ont un réel besoin de conseil afin d’être capables de distinguer les applications santé de qualité des autres», explique la Dre Sanae Mazouri, ancienne médecin adjointe au service de cybersanté et télémédecine, membre du comité mHealth des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), médecin généraliste et directrice du centre médical Terre-Bonne à Eysins, avant d’énoncer quelques précautions à observer pour se lancer dans cette jungle numérique.

1. Veiller à la qualité du contenu

Perdre 15 kilos en trois semaines ou rendre le sommeil à un insomniaque, les applications santé ont tendance à nous promettre monts et merveilles. Mais gare! Le Dr Jean Gabriel Jeannot, spécialiste en médecine interne générale à Neuchâtel, recommande ainsi de toujours s’assurer que l’application a bien été conçue par une équipe médicale et de privilégier les apps créées par des institutions sanitaires reconnues. Un moyen simple de le vérifier est d’identifier si l’application possède un contact de référence et, si oui, que ce dernier renvoie bien à une institution médicale vérifiée. Il est aussi important de s’assurer que le contenu proposé est régulièrement actualisé.

2. Prudence avec le «self-quantifying»

Le «self-quantifying» est un terme anglais désignant les outils permettant de mesurer, d’analyser et de partager ses données personnelles avec d’autres utilisateurs. On pense notamment aux applications type podomètres, moniteurs de tension artérielle ou traqueurs de calories. «Connaître ces paramètres peut aider à persévérer dans ses objectifs santé, reconnaît le Dr Jean Gabriel Jeannot, mais les apps qui les quantifient se révèlent problématiques sous plusieurs aspects.»

Tout d’abord, les mesures manquent souvent de précision: plusieurs applications de moniteur de tension artérielle ont ainsi été retirées du marché car elles surévaluaient la tension de leurs usagers. Les calculs présentés omettent par ailleurs des composantes essentielles, comme, dans le cas des podomètres, la vitesse de marche. Dans le même registre, les professionnels de la santé émettent de sérieuses réserves à propos des applications de comptage des calories. «Je ne suis pas favorable à ce genre d’applications, explique la Dre Sanae Mazouri. Nous possédons tous un métabolisme, une activité physique et une morphologie différents.» Et de mettre en garde contre l’utilisation de ces apps fitness non certifiées induisant chez certaines personnes un rapport dénaturé à la nourriture, pouvant conduire à terme à des troubles du comportement alimentaire. En bref: ces outils peuvent certes nous motiver pour rester en forme, mais il est bon de se rappeler qu’il n’est pas nécessaire – et qu’il est parfois même nuisible – de tout mesurer pour être en bonne santé!

3. Protéger ses données santé, un point clé

La sécurisation de nos informations bancaires est primordiale, mais nous oublions parfois que celle de nos données sanitaires l’est tout autant. Comptabiliser ses pas ou ses calories peut en effet sembler un acte anodin. Il n’en est rien: le simple fait de confier ces informations à des apps (et à leurs propriétaires) comporte de nombreux risques. Au niveau individuel, cela représente une intrusion dans l’intimité de chacun dont les conséquences peuvent s’avérer fâcheuses. Voudriez-vous en effet que votre employeur sache, par une simple recherche internet, que vous suivez un traitement antidépresseur? Au niveau collectif, le regroupement et la comparaison des données de santé de nombreux individus permettent d’établir ce qu’on appelle des profils à risque, servant par exemple à déterminer qui sera le plus enclin à développer du diabète selon son nombre de pas quotidien. Des données précieuses, qui intéressent notamment les compagnies d’assurances, dont certaines affichent déjà la volonté d’ajuster le prix de leurs prestations en fonction du taux d’activité physique de leurs assurés.

4. Opter pour les bons réflexes

Malgré ces risques, plus d’un tiers des applications santé proposées sur le marché ne possèdent pas de politique de confidentialité. Voici donc quelques astuces pour utiliser ces applications en toute sécurité:

– S’informer sur la nature des données personnelles enregistrées en lisant les conditions générales de vente et les dispositions relatives à la protection des données.

– Configurer les réglages relatifs à la sphère privée en désactivant les fonctions inutiles et les traitements de données excessifs. La géolocalisation est-elle par exemple bien nécessaire? Ne pas oublier qu’elle donne quantité d’informations sur notre santé. Par exemple, une personne qui entre en dépression se met à marcher moins vite et fait moins de déplacements. On peut aussi très facilement identifier les allers-retours chez un marchand de tabac et déterminer ainsi la consommation de l’utilisateur.

– Utiliser un pseudonyme lorsque c’est possible.

– Ne pas automatiser le partage de données, puis effacer ou récupérer ces dernières une fois que l’application n’est plus utilisée. Il faut pour cela supprimer l’app de son téléphone, puis l’effacer définitivement dans les réglages principaux du mobile, sous l’onglet «stockage».

Par Anna Bonvin publié le 7 février 2022 - 10:02