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Musique

Arma Jackson: «J’ai montré à l’enfant que j’étais qu’on a réussi»

Le Lausannois Arma Jackson vient de décrocher, à 26 ans, un Swiss Music Award. Il sort son premier album en mai et un single en duo avec le chanteur français à succès Tayc. Portrait d’un rêveur, dont Omar Sy est fan, qui souhaitait vivre de sa musique. Et c’est gagné!

Arma Jackson, Rappeur suisse

Arma Jackson est rappeur, compositeur, beatmaker et chanteur, très attaché à sa ville de Lausanne.

Darrin Vanselow

Arma, c’est «le gars au bonnet» depuis qu’il en porte de toutes les couleurs, sur scène, dans ses vidéos et même en interview. «Un jour, j’ai trouvé que j’étais mal coiffé, alors j’en ai mis un et ça m’est resté», raconte le Lausannois de 26 ans, qui est né, a grandi dans le quartier de la Blécherette et vit toujours dans sa ville fétiche. C’est là que Jordan Mfumu, de son vrai nom, s’est aussi initié à la musique. «Quand, en cinquième année, ma prof de musique m’a laissé apporter un texte de Diam’s pour qu’on le chante avec toute la classe, ça a été mon premier coup de cœur», se rappelle-t-il.

Après les cours, le petit Jordan va au centre de loisirs pour apprendre à écrire ses textes, à s’enregistrer et à composer, entouré d’amis passionnés de rap. «C’étaient nos codes, ceux que j’ai également pris de mes deux grands frères. Ça a été mon école de musique.»

Quelques années plus tard, l’adolescent se retrouve à donner des ateliers dans le même centre. L’occasion de se faire de l’argent de poche, mais aussi de partager son expérience avec les plus jeunes. Jordan sait déjà qu’il veut faire de la musique son métier. On est en 2014, et là, celui qui se surnomme Arma Jackson sur les réseaux sociaux fait une rencontre décisive avec le rappeur Stress. «Il m’a invité à enregistrer sur son album», se souvient celui qui a également composé des morceaux pour la star du hip-hop romand.

Dans sa chambre où il produit, il utilise les réseaux sociaux pour partager sa musique. Il se met en scène dans de courtes vidéos en train de composer, de chanter ou encore de danser de manière nonchalante sur ses titres. Ces capsules cartonnent, notamment sur Twitter, où Arma se fait approcher par le label parisien Mukongo, créé par le rappeur français Youssoupha. En 2017, le Lausannois signe et sort deux projets, «9m2», puis «Capsules» en 2019. «Quand on dit que le succès nous tombe dessus, pour ma part ce n’est pas le cas. J’ai toujours voulu faire de la musique, je l’ai voulu tellement fort… Mais c’est vrai qu’il faut aussi faire les bonnes rencontres au bon moment», explique celui qui n’a pas hésité à prendre des risques pour se faire remarquer. Comme en participant au concours organisé par le rappeur Jok’Air sur les réseaux sociaux, qu’il remporte, à sa grande surprise.

A partir de là, Arma Jackson enregistre un duo avec ce dernier, mais est également invité sur l’album d’un autre rappeur parisien, Sneazzy. «C’est sûrement aussi grâce aux réseaux qu’Omar Sy m’a découvert, mais en fait je ne sais pas. Un jour, je sortais de la douche et mon manager m’a appelé en me disant que j’étais invité par Omar Sy sur le plateau de "Vivement dimanche".» On est alors en janvier 2020. «Je n’y croyais pas, je me suis dit qu’il devait se tromper de Jackson. Au moment où je l’ai rencontré dans les loges, là je me suis dit: «Oui, c’est réel!» Rempli d’espoir après ce tremplin médiatique, Arma Jackson préfère rester pragmatique. Il analyse son succès comme «une suite de circonstances» qui lui ont permis de se faire découvrir du grand public récemment.

Arma Jackson, Rappeur suisse

Plus de dix ans plus tard, Arma Jackson, 26 ans, pose au Flon à Lausanne, où a eu lieu son premier concert à la Fête de la musique.

Darrin Vanselow

Depuis 2020, la carrière du jeune artiste suit une courbe exponentielle. Alors qu’il a signé sur un nouveau label à l’été 2020, Arma Jackson vient de finaliser son premier album, qui sortira en mai. Pour préparer ses fans, un single en duo avec le chanteur francophone du moment Tayc vient de sortir sur toutes les plateformes. Mais Arma garde les pieds sur terre. Pour ce grand rêveur, la volonté de rester à l’écart des projecteurs fait partie de son côté pudique. Plein d’humilité, il a même été un brin surpris, il l’avoue, d’avoir remporté le Swiss Music Award dans la catégorie Best Act Romandie. «Il y a eu un long chemin parcouru. J’ai dû me prouver à moi-même que j’en étais capable, mais aussi et surtout à ma mère. Elle m’a toujours poussé à aller au bout de ce que j’entreprenais», explique celui dont les parents ont émigré du Congo en Suisse, et qui a vu son père enchaîner les petits boulots.

Lui-même père d’une petite fille depuis qu’il a 20 ans, Jordan a mûri d’un coup. «Ça m’a fait réaliser que je suis vraiment adulte, que je dois emmener le petit rêveur que j’étais quelque part.» Porté par son ambition de devenir musicien plus que tout, Arma Jackson se félicite de ne pas avoir lâché et voit ce prix comme une belle reconnaissance. «Je crois que j’ai envie de dire à l’enfant que j’étais, qui rêvait de faire sa musique comme il l’avait imaginé, sans compromis, qu’on l’a fait, ça y est!»

Par Meryl Brucker publié le 11.03.2021