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© Michele Arnaboldi Architecte

Aux îles de Brissago, l'incroyable projet de passerelle flottante

Publié jeudi 9 mai 2019 à 09:52
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Avec le soutien de
Publié jeudi 9 mai 2019 à 09:52 
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WOW (pour Walking on water, marcher sur l'eau) est un audacieux projet de passerelle flottante sur le lac Majeur entre Ascona et les îles de Brissago, qui pourrait surgir des eaux d’ici à deux ans.
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Le 18 juin 2016, sur le lac d’Iseo, en Italie, un miracle s’est produit: 100'000 personnes ont marché sur l’eau! Ou plus exactement, elles ont pu déambuler à leur guise sur les jetées flottantes d’un artiste au nom prédestiné, Christo, le célèbre «empaqueteur» de monuments. C’est lui, avec son épouse Jeanne-Claude, depuis décédée, qui avait conçu cette promenade flottante reliant le village de Sulzano à l’île de Monte Isola et à l’îlot San Pablo.

Constituées de 220'000 blocs de polyéthylène de haute densité de 50 cm de côté, les plateformes étaient recouvertes d’un tissu jaune d’or d’une surface de 100'000 m2. Œuvre éphémère, les «Floating Piers» furent fermés au public le 3 juillet 2016 après avoir accueilli la bagatelle de 1,2 million de visiteurs.

Michele Arnaboldi architecte
Le projet prévoit une passerelle flottante de 3,2 km de longueur et 14 mètres de large entre la Piazza d'Ascona et la grande île de Brissago.

Ce que l’on ignore souvent, c’est que cette réalisation doit également beaucoup à une entreprise de Locarno, conceptrice du système de cubes flottants fabriqués par la suite en Italie. Ce qui devait immanquablement donner aux Tessinois l’idée de réutiliser ce concept pour créer leur passerelle flottante sur leur lac.

Discrétion

Mais Michele Arnaboldi, l’architecte chargé du projet, tient d’emblée à se distancer clairement du projet de Christo: «Il ne s’agit pas de reproduire un geste artistique qui appartient à Christo, mais de réutiliser un système de construction inventé ici et qui devrait nous permettre de créer une véritable promenade de découverte de la culture du lac. Cette infrastructure, contrairement à celle de Christo, sera la plus discrète possible, une simple voie de promenade bien intégrée dans le paysage permettant d’apprécier le spectacle du lac, du ciel et des îles.»

Même son de cloche chez Benjamin Frizzi, vice-directeur de l’Organisation touristique Lago Maggiore e Valli et promoteur de la passerelle: «Ce projet n’est pas artistique mais touristique. Notre premier objectif est de doper la fréquentation des îles de Brissago qui ont perdu plus de la moitié de leurs visiteurs en dix ans. Dépendant de la période de navigation sur le lac (de Pâques à fin octobre), ces îles sont fermées aux visiteurs en hiver alors que notre région connaît de magnifiques journées ensoleillées durant cette saison. Toute la région gagnerait à devenir une destination touristique recherchée 365 jours par an!»

Michele Arnaboldi architecte
La passerelle ne reliera pas directement la terre ferme, mais des pontons (en jaune) feront office de passages entre la terre ferme et la passerelle proprement dite.

Pavillons didactiques

La passerelle, si elle voit le jour, partira de l’extrémité ouest de la Piazza d’Ascona, reliée à la terre ferme par un ponton. A l’autre extrémité, 3,2 km plus loin, un second ponton permettra de prendre pied sur la grande île de Brissago.

D’une largeur de 14 mètres, la passerelle sera équipée de barrières de protection et de cinq îlots intermédiaires servant à fois de pontons d’accostage pour les bateaux-navettes d’un côté et des bateaux-restaurants-WC de l’autre. Michele Arnaboldi, l’architecte, prévoit d’y implanter également des pavillons didactiques ombragés présentant la faune, la flore, l’histoire et la culture du lac. Autre réalisation qu’il entend mener à bien, «un Théâtre du Lac, à l’arrivée de la passerelle, une troisième île, artificielle celle-là et dédiée à la culture».

L’ensemble du projet est devisé à 25 millions de francs, la totalité de cette somme devant être réunie auprès d’investisseurs et de sponsors privés qui se presseraient actuellement au portillon. Le fait que ça ne coûtera rien au Tessinois moyen et que cela devrait générer une centaine d’emplois locaux devrait apporter de l’eau au moulin des promoteurs. Reste que la faisabilité du projet est encore sujette à caution.

Michele Arnaboldi architecte
Shéma de l'une des cinq stations intermédiaires qui permettront aux bateaux de stationner ou de passer pour embarquer ou débarquer des passagers.

«Nous sommes très confiants en ce qui concerne la faisabilité technique du projet, affirme Benjamin Frizzi. Nous partons avec la même équipe et le même concept technique qui a présidé à la réalisation du chef-d’œuvre de Christo. Nous maîtrisons donc parfaitement le savoir-faire et, en plus, bénéficierons de conditions naturelles plus favorables qu’à Iseo. En revanche, il s’agira de mieux gérer l’infrastructure des transports permettant d’accéder à Ascona, pour éviter le chaos ferroviaire qu’a connu la gare près de Brescia.»

Eviter l'engorgement

Pour ce faire, les promoteurs ont présenté un projet de mobilité douce censé éviter un engorgement automobile des rives du lac de Locarno. L’accès à la passerelle se fera prioritairement au départ de la gare de Locarno par bateau ou à vélo. Les voitures devront stationner sur un grand parking à Tenero, en dehors de la cité, leurs occupants gagnant ensuite Ascona en bateau.

Point important, l’accès à la passerelle et donc aux îles de Brissago sera contingenté: 1000 personnes par jour, c’est le maximum recommandé par le conseil scientifique du jardin botanique pour assurer sa préservation. Comme au musée, il faudra donc réserver son jour de visite et s’acquitter à l’avance d’un droit de visite qui ne devrait pas excéder le prix d’une place de cinéma. Et comme cette passerelle est prévue pour durer au maximum cinq ans, elle ne devrait pas être prise d’assaut comme celle de Christo, accessible seulement durant trois semaines.

Michele Arnaboldi architecte
Un ponton est également prévu pour communiquer entre la passerelle et la grande île Saint-Pancras.

Pour Benjamin Frizzi, le projet a de grandes chances d’aboutir: «Nous bénéficions d’un très fort soutien politique puisqu’il est porté par le gouvernement du canton du Tessin et soutenu par toutes les municipalités concernées. Les Verts tessinois et le WWF sont également favorables au projet. Les seules oppositions notables demeurent celles de la Société tessinoise pour l’art et la nature (STAN) et la Fondation suisse pour le paysage (FP), qui ont déposé un recours devant le Tribunal administratif qui devrait être jugé d’ici à la fin de l’année.»

Mais Benjamin Frizzi est catégorique. Si le Tribunal administratif leur donne tort, les promoteurs du projet jetteront l’éponge sans même songer à recourir à des instances supérieures. Pour la simple raison que la société tessinoise qui a breveté son système de passerelle flottante n’attendra pas encore des années avant de vendre son concept à d’autres villes d’ores et déjà intéressées. Mais si tout se passe bien, on devrait pouvoir fouler les eaux du lac Majeur au début de 2021.

 

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