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Belinda Bencic, enfin une héritière de Martina Hingis?

Publié mardi 10 septembre 2019 à 14:31
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Publié mardi 10 septembre 2019 à 14:31 
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Elle aurait pu, elle aurait dû gagner son premier tournoi du Grand Chelem la semaine passée à New York. A 22 ans, Belinda Bencic a démontré qu’elle avait tout pour devenir l’héritière de Martina Hingis.
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Belinda immortalise sur Instagram son arrivée à New York il y a deux semaines.

«Allô, c’est Belinda!» La championne nous prend au dépourvu en nous appelant via Whats­App depuis son hôtel new-yorkais, alors que nous remontons trivialement nos courses du week-end dans un trolleybus lausannois bondé. Nous avions sollicité la veille par e-mail une interview téléphonique de la demi-finaliste de l’US Open, mais sans tabler sur une réponse positive aussi rapide et surtout aussi directe. «Désolée de vous appeler sans prévenir et en plus avec le mobile de mon compagnon.»

Pas de souci, on peut sans autre la rappeler dans un quart d’heure au numéro qui s’affiche, celui de son coach de condition physique qui est aussi, depuis l’année passée, son compagnon, le Slovaque Martin Hromkovic. Un tantinet ému par cette irruption d’une numéro 10 mondiale dans notre anonyme petite vie, nous rassemblons nos esprits et nos questions et rappelons donc la Saint-Galloise.

Getty Images
Le plus beau couple amical du sport suisse lors de la soirée de gala de la Hopman Cup, en 2017 à Perth.

Alors que nous voulions lui épargner le souvenir encore tout frais de cette rageante demi-finale, elle aborde spontanément le sujet à l’heure du bilan de sa quinzaine new-yorkaise: «Là, maintenant, je me sens plutôt bien, mais j’étais bien sûr extrêmement déçue de cette demi-finale perdue. Ce match a été un gros combat qui s’est joué à vraiment très peu de chose. Mais bon, il s’agit de ma meilleure performance dans un des quatre tournois majeurs et j’en suis bien consciente.»

Parcours inattendu

Illustré
A 14 ans, les trophées prouvaient déjà que les espoirs paternels étaient fondés.

Belinda nourrit d’autant moins de regrets qu’elle ne s’attendait pas à un tel parcours: «J’avais connu des problèmes physiques juste avant le tournoi, des soucis qui m’avaient empêchée de m’entraîner comme je l’aurais souhaité. Mais je suis finalement arrivée à New York dans de bonnes conditions et j’ai pu défendre mes chances.»

Que lui manque-t-il encore pour inscrire son nom sur les trophées les plus prestigieux? «J’ai amélioré mon service et mon coup droit. Mais il me reste encore une belle marge de progression. Je dois aussi parfaire ma condition physique, un point plus important que jamais dans le tennis actuel. Et sur le plan psychologique, je reste encore émotive sur le court. Même si cela fait partie de ma manière de jouer, il faut quand même que j’apprenne à mieux gérer les moments cruciaux d’un match.»

«Une joueuse comme les autres»

En dehors des courts en revanche, la pression, qu’elle vienne des médias ou d’ailleurs, Belinda estime y être totalement imperméable: «Dans mon team, nous avons trouvé une manière de fonctionner très équilibrée. Nous sommes simplement heureux que je puisse jouer désormais sans être régulièrement freinée par des blessures. Avec mon entourage, nous savons garder les pieds sur terre et nous nous réjouissons simplement de chaque succès.»

Illustré
Avec son frère Brian, aussi tennisman, sa mère Dana et son père Ivan chez eux, à Oberuzwil (SZ) en 2011.

Sa fin de saison ne passera pas par le tournoi d’Osaka, mais certainement en revanche par Pékin. Belinda reste dans la course pour une qualification au Masters si elle confirme sa forme actuelle.

Malgré sa qualification dans le dernier carré new-yorkais, la jeune championne semble à l’abri de tout excès de confiance: «Si je suis désormais une star? Franchement non! Je suis fière de mes progrès et de mes résultats actuels. Mais je n’aime pas ce mot "star". Je suis et je resterai toujours une joueuse de tennis comme les autres», assure-t-elle avec une conviction communicative.

On renonce donc à lui demander si elle compte devenir – cliché difficile à éviter – la nouvelle Martina Hingis, elle qui a été entraînée si longtemps et qui est toujours conseillée par Melanie Molitor, la mère de l’ex-enfant prodige du tennis féminin. De toute manière, sa trajectoire ne se confond pas du tout avec celle qui rendit magique le tennis féminin il y a plus de vingt ans déjà. Hingis avait gagné deux titres majeurs avant même de fêter ses 17 ans. Et son jeu, tout en toucher de balle et en coups hors normes, ne peut pas être comparé à celui de Belinda Bencic, qui s’appuie sur une puissance dévastatrice.

Fabienne Buehler
Avec Melanie Molitor, la mère de Martina Hingis, qui a lancé la carrière de Belinda.

Six heures après cette courte interview téléphonique, Serena Williams se faisait dominer par Bianca Andreescu, qui avait eu bien plus de peine à vaincre la Suissesse. De quoi raviver les regrets des supporters suisses et certainement aussi ceux de Belinda. Le titre américain était bel et bien à sa portée. Mais à 22 ans, âge auquel Martina Hingis avait joué (et perdu) sa dernière finale de Grand Chelem, et avec ce qu’elle a montré cette année, la jeune Saint-Galloise devrait débloquer le compteur des titres suprêmes.

Et si son corps la laisse désormais en paix, on peut imaginer que ce pourrait être fait dès l’année prochaine dans ce tennis féminin désormais très ouvert.

Une dernière question: quels sont les trois adjectifs qui la définissent le mieux? «Marrante, sympa et émotive», répond-elle après un moment de réflexion. Les fans suisses de beau tennis auront en tout cas l’occasion de revivre bientôt, grâce à cette championne positive, de belles émotions fortes.

Et hop, un petit selfie de la victoire avec Rodgeur!

Nadal y est presque!

Vainqueur à Flushing Meadows de son 19e Grand Chelem, l’Espagnol Rafael Nadal, 33 ans, souffle désormais avec ardeur dans la nuque de Roger Federer.

AFP
Rafael Nadal exulte en décrochant à New York dimanche son 19e Grand Chelem.

C’était en janvier 2018, une éternité. Roger Federer, revenant extatique de 36 ans, gagnait l’Open d’Australie et reléguait Rafael Nadal, dont chaque articulation criait grâce, à quatre titres derrière lui, un gouffre. Vraiment? Tout a passé si vite.

En cette nuit new-yorkaise de septembre 2019, quand Nadal s’écroule de joie, les bras en croix, il n’est plus qu’à un Grand Chelem du Bâlois, de cinq ans son aîné. Sombre et farouche, il est redevenu le Sioux majorquin aux épaules nues qui gagna son premier Grand Chelem en 2005, à 19 ans.

«Invalide»

Federer, lui, avait attendu trois ans de plus. Le fait qu’il ait dû faire atterrir un grand albatros au tennis aussi extraordinairement inspiré que dégingandé, Daniil Medvedev, rend sa performance encore plus puissante. Mené deux sets à rien, le Russe s’est mis à visiter chaque partie du court, variant ses coups à l’infini. Nadal a plié jusqu’à 2-2 au cinquième set, puis il a infléchi le bras de fer à son avantage.

Dix-neuf Grands Chelems pour lui! Même si Toni Nadal dit que son neveu est «un invalide qui joue au tennis», même si Rafa lui-même glisse qu’il ne pensait «pas encore jouer à [son] âge», il est aux portes du paradis. Devenir le meilleur joueur de tennis de tous les temps.


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