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Tout un roman

Benjamin Castaldi et le bungalow 20 du Beverly Hills Hotel

Petit-fils de deux stars, Signoret et Montand, l’animateur Benjamin Castaldi a voulu leur rendre hommage, à Hollywood, après leur mort. L’histoire commence par une extraordinaire coïncidence.

Benjamin Castaldi

Benjamin Castaldi photographié  à l'occasion de la sortie de son livre hommage à ses grands-parents Simone Signoret et Yves Montand «Je vous ai tant aimés...»

FRÉDÉRIC DUGIT

«En 1992, j’ai 22 ans et je décide de partir à Los Angeles afin de réunir symboliquement ma grand-mère, Simone Signoret, et Yves Montand, le père adoptif de Catherine Allégret, ma mère. A Hollywood, j’ai pris rendez-vous avec le maire afin de pouvoir faire inscrire leur nom sur une étoile du Walk of Fame. Je n’ai encore jamais fait de télévision et je suis un parfait inconnu. Montand, lui, a tourné plusieurs films aux Etats-Unis et, en 1960, celle que j’appelais Mémé a remporté l’Oscar pour «Les chemins de la haute ville», face à Katharine Hepburn, Doris Day, Liz Taylor et Audrey Hepburn.

Pris de nostalgie, j’ai décidé, comme eux dans les années 1960, de descendre au Beverly Hills Hotel. A la réception, on m’annonce que l’on m’a surclassé: j’ai droit à un bungalow. C’est super! On m’a attribué le numéro 20. Et là, à peine ai-je franchi le seuil de la porte que je suis saisi d’une impression de déjà-vu. Je connais ce lieu et tous ses recoins, sans y avoir jamais mis les pieds… Dans la nuit, j’appelle ma mère et je lui demande: «Dans quelle chambre ont-ils séjourné?» Elle vérifie, me rappelle et me répond en pleurs: «Au 20, comme toi.» Folle coïncidence! Personne n’a pu favoriser le destin en imaginant la filiation. Les âmes auraient-elles ce pouvoir? Le bungalow 21, juste à côté, était occupé par un autre couple légendaire: l’icône Marilyn Monroe et son mari, l’écrivain Arthur Miller. Les deux couples dînaient ensemble tous les soirs.

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Par extraordinaire, le responsable de la piscine de l’hôtel est resté le même. Trois décennies plus tard, il me décrit Signoret et Marilyn, copines, au bord du bassin. La star américaine, connue pour ses sautes d’humeur, s’enfermait dans sa chambre et n’en sortait que rarement. Montand, lui, avait ressenti le besoin de me raconter son aventure avec elle, l’année de mes 18 ans. Ils avaient tourné dans «Le milliardaire» en 1960; c’est elle qui l’avait imposé aux studios hollywoodiens.

Malgré leur aventure, née un soir de solitude dans la chambre du 21 – Arthur Miller et Simone Signoret étaient repartis – il n’a jamais eu l’intention de quitter ma grand-mère. Marilyn, en revanche, fantasque et dépressive, voulait refaire sa vie avec lui. Son mariage partait à vau-l’eau. Elle retrouvait en Montand l’incarnation de sa précédente union avec le champion de baseball Joe DiMaggio. Leur élégance et leur ressemblance physique sont frappantes. Lorsque, à l’époque, il donnait des interviews, Montand refusait de parler de Marilyn, gêné d’avoir tant fait souffrir celle qu’il avait trompée aux yeux du monde entier. Dans le couple Signoret-Montand, il y eut un avant et un après.

Elle dira: «Quel homme aurait résisté à Marilyn Monroe?» En réalité, ma grand-mère n’avait pas vu venir l’iceberg. Elle passera des années à se détruire. Lorsqu’elle disparaît à 64 ans, elle en paraît 20 de plus. L’an dernier, sur la base de cette relation amoureuse, nous avons écrit, avec Eric-Emmanuel Schmitt, une pièce à quatre personnages. Elle s’intitule «Bungalow 21». On espère la voir jouer en 2022. Ainsi, la boucle des souvenirs sera bouclée.»


Le dernier hommage de Benjamin Castaldi

«En publiant "Je vous ai tant aimés…" (Ed. du Rocher, 280 p.) avec Frédéric Massot, j’ai voulu emmener Signoret et Montand au XXIe siècle. Il n’existait pas de biographie croisée de ces deux monstres sacrés. Alors, qui d’autre que moi pouvait le faire, avec ce lien sentimental qui nous lie?»

>> Benjamin Castaldi est sur la chaîne C8 dans «TPMP», du lundi au vendredi.

Par Didier Dana publié le 17.02.2021
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