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© Michael Tewelde /AFP

Boeing: 346 personnes mortes pour rien?

Publié vendredi 15 mars 2019 à 10:26
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Publié vendredi 15 mars 2019 à 10:26 
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Si la thèse de l’incident technique est retenue pour expliquer le crash du Boeing 737 d’Ethiopian Airlines, dimanche, l’avionneur américain, qui connaissait le problème, portera alors une lourde responsabilité.
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Monter dans un avion de toute dernière génération a généralement quelque chose de rassurant pour les passagers n’affectionnant pas le transport aérien. Les deux crashs consécutifs mettant en cause deux Boeing 737 MAX 8 flambant neufs ont malheureusement rendu ce postulat obsolète.

Similitudes

L’appareil de la compagnie indonésienne Lion Air, qui a plongé à grande vitesse dans la mer de Java le 29 octobre dernier (157 victimes), avait en effet été livré deux mois auparavant alors que celui d’Ethiopian Airlines, qui s’est écrasé dimanche dans les environs d’Addis-Abeba (189 morts), était sorti des hangars du constructeur de Chicago le 15 novembre dernier. D’autres similitudes entre les deux catastrophes interpellent. La vitesse à laquelle les drames se sont joués, par exemple. Treize minutes après le décollage pour le vol de Lion Air, six minutes pour celui de la compagnie africaine, désignée meilleure compagnie 2018 de son continent par le très sérieux consultant britannique Skytrax (40e rang mondial, devant Iberia, TAP Portugal, Alitalia et Brussels Airlines, Swiss occupant la 12e place).

Dans les deux cas également, l’avion a pris de l’altitude avant de légèrement décrocher, puis a repris de l’altitude avant de piquer brutalement. Enfin, les deux pilotes ont demandé à revenir à l’aéroport malgré des conditions météo parfaites.

ADI WEDA/EPA/Keystone
Ce qu’il reste des 189 personnes du vol 610 de Lion Air, parmi lesquelles on a dénombré un enfant, deux bébés et sept membres d’équipage.

L’avion en piqué

Quelques jours après le crash d’octobre, la boîte noire de l’appareil révélait que le cockpit avait reçu des informations erronées de la part d’un capteur agissant directement sur les commandes. Sous le couvert de l’anonymat, un expert en aéronautique a expliqué au Journal du Dimanche que Boeing a mis en place un nouveau système anti-décrochage sur les 737 MAX, mais qu’un dysfonctionnement des sondes d’angle d’attaque pouvait conduire l’ordinateur de bord, pensant être en décrochage, à mettre l’avion en piqué alors qu’il faudrait au contraire le redresser. Seul moyen de le faire: reprendre la main sur le système informatique, ce que ne semblent pas avoir réussi à faire les deux malheureux pilotes.

Les enquêteurs indonésiens avaient de surcroît indiqué que l’appareil avait connu des problèmes techniques lors de ses quatre derniers vols, notamment des défaillances des capteurs d’incidence et de l’anémomètre mesurant la vitesse. Malgré cela, le pilote avait réussi à faire atterrir l’appareil, qui avait ensuite fait l’objet de réparations avant d’être remis en service.

STR/AP
Les sauveteurs n’ont guère pu que recueillir les corps dans des sacs mortuaires sur les lieux du crash d’Ethiopian Airlines, à 50 km au sud d’Addis-Abeba.

246 appareils défectueux

Le 7 novembre dernier, Boeing avait implicitement reconnu, via un communiqué, qu’un capteur avait pu être la cause de l’accident et a annoncé avoir mis à jour ses instructions destinées aux compagnies aériennes.

Il faut dire que le constructeur américain avait décidé d’installer ces nouveaux capteurs sans en avertir les différents pilotes lors de la formation délivrée par la compagnie, et surtout sans les informer de la procédure à suivre en cas de dysfonctionnement, jugeant ces formations inutiles et trop coûteuses. Pire, avant le crash du 29 octobre, trois compagnies nord-américaines – Americain Airlines, South­west et la canadienne à bas coût WestJet Airlines – avaient elles aussi connu des problèmes avec des 737 MAX. Boeing a reconnu que, sur les 350 avions déjà livrés, 246 possédaient des capteurs défectueux.

Vols suspendus

En Europe, plusieurs compagnies ont récemment acquis ce type d’appareils. Turkish Airlines, la LOT polonaise, Iceland­air, la compagnie nationale islandaise, alors que Tarom, la compagnie nationale roumaine, attend la livraison imminente de cinq avions.

Le puissant tour-­opérateur allemand TUI en possède aussi, tout comme la low cost Norwegian Airlines, la compagnie privée italienne Air Italy, détenue à 49% par Qatar Air­ways, ainsi que la turque Corendon Airlines.

Les Etats-Unis ont suivi plusieurs dizaines de pays, y compris ceux de l'Union européenne et la Suisse, qui ont ordonné à toutes leurs compagnies de suspendre les vols des Boeing 737 MAX. Un arrêt qui n’est pas sans rappeler celui d’un autre appareil de l’avionneur américain, le 787, qui a été cloué au sol dans le monde entier il y a quelques années au nom du principe de précaution, après que deux graves problèmes de batterie eurent manqué de faire crasher deux avions appartenant aux compagnies japonaises ANA et Japan Airlines.

Markus Mainka/Imago
Un Boeing 737 MAX 8 (image prétexte).

Homicide par négligence?

Il est certes encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, l’enquête sur le crash d’Ethiopian Airlines venant de débuter. Mais les premiers éléments indiquent néanmoins que la responsabilité de Boeing pourrait bien être engagée. Si tel était le cas, on n’ose imaginer le coût des dédommagements que devrait assumer le constructeur américain, qui a déjà vendu 10'000 exemplaires du 737, toutes versions confondues, depuis sa création en 1967. Selon un juriste désirant rester anonyme, on peut même imaginer que les familles des 346 victimes, torturées par l’idée que ces dernières sont mortes pour rien, accusent l’avionneur d’homicide par négligence…


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