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Pandémie

Ce test covid qui fait saliver la Suisse

Le déconfinement pourrait s’accélérer grâce au test salivaire, auquel s’astreindront les parlementaires fédéraux lors de la session du 1er mars. Si l’espoir est bien réel, la partie n’est pas encore (tout à fait) gagnée. Le point avec le virologue Didier Trono, président du groupe d’experts diagnostics et tests de la task force.

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Le test salivaire qui sera distribué aux parlementaires au début de la session de printemps qui commence le 1er mars est plus précis que le test rapide - ici proposé aux élèves d'une école de Schiers (GR) en janvier.

Gian Ehrenzeller

Posons le cadre d’abord. Les parlementaires et toutes les personnes participant à la session fédérale de printemps pourront se faire dépister au moins une fois par semaine dès l’ouverture des débats, le 1er mars. La mesure est édictée par la délégation administrative des Chambres fédérales et encouragée par le Conseil fédéral himself, qui a décidé d’organiser régulièrement des tests Covid-19 à grande échelle.

Des tests salivaires en l’occurrence, plus précis que les tests rapides et qui ne nécessitent pas de personnel médical pour le prélèvement, indique la délégation. La mesure a pour objectif d’identifier rapidement les personnes infectées asymptomatiques, afin de réduire le risque d’une flambée locale des cas, explique encore cette dernière, en précisant que les personnes sans symptômes seraient à l’origine de plus de la moitié des transmissions de coronavirus. Question: si le test salivaire, par ailleurs déjà largement utilisé dans le canton des Grisons par exemple, marche pour les 300 personnes de la session, pour quelle raison ne marcherait-il pas pour les entreprises, les stades ou encore les salles de spectacle?

- Didier Trono, éclairez-nous…
- Il y a visiblement confusion sur les termes. La délégation parle de test salivaire PCR et non pas de test antigénique. Concrètement, il n’y a que le moyen et la source de prélèvement qui changent. La personne récupère elle-même sa salive avec le bâtonnet au lieu que le personnel médical réalise un prélèvement nasopharyngé. Mais l’envoi du bâtonnet au laboratoire et son analyse exigent le même temps, trois heures minimum pour cette dernière.

- Un test antigénique, c’est quoi exactement?
- C’est un test sans l’amplification de l’ARN du virus. Cela équivaut à un test rapide. Le test antigénique détecte les protéines du virus mais n’amplifie pas le signal de la présence de ce dernier, comme le fait la méthode PCR. Le résultat s’obtient en quinze minutes, mais le test est moins sensible. Il ne détecte le virus qu’au-dessus d’un certain seuil, plus élevé que dans le cas de la PCR. Et ce n’est pas tout.

Didier Trono

Didier Trono, président du groupe d’experts diagnostics et tests de la task force.

DR

- Mais encore?
- Comme la contagiosité est généralement proportionnelle à la charge virale, le test antigénique effectué sur un prélèvement nasopharyngé suffit dans la majorité des cas à détecter les personnes contagieuses. Mais s’il est effectué sur la salive, qui déjà contient moins de virus qu’on n’en récolte avec un écouvillon nasopharyngé, alors son manque de sensibilité devient rédhibitoire. Même avec un prélèvement dans le nez, le résultat du test antigénique n’informe qu’en instantané, puisque, en début d’infection, la charge virale est basse, mais qu’elle augmente avant que n’apparaissent les premiers symptômes. Quelqu’un de négatif pourrait donc rapidement devenir positif s’il est testé au tout début de l’infection.

- Il suffirait de confirmer le test antigénique toutes les quarante-huit heures dès lors?
- On peut le voir de cette manière. Mais un test antigénique par prélèvement oropharyngé, comprenez dans la gorge, pourrait être une alternative, pour autant que ledit prélèvement soit bien effectué. Mais d’une façon ou d’une autre, cela implique d’être testé minimum trois fois par semaine pour avoir un résultat garanti. Est-ce que cette pratique à très large échelle a du sens à ce stade, compte tenu de sa complexité?

- C’est-à-dire?
- Nous nous trouvons à un moment charnière de la pandémie. Le taux d’infection diminue, encore qu’on doive garder l’œil sur certains variants, notamment le variant dit anglais, plus contagieux que ses prédécesseurs et déjà très présent en Suisse. Les semaines à venir nous diront si ces variants sont aussi contrôlés par les mesures en vigueur et si leur courbe de progression s’aplatit, peut-être sous l’effet conjugué des précautions que nous prenons et d’une influence saisonnière. Par ailleurs, un pourcentage croissant de la population est vacciné, qui s’ajoute à celui des individus immunisés. Tout cela complique la tâche du virus qui se voit de plus en plus privé de cibles humaines pour se propager et pourrait amener à un épuisement progressif de l’épidémie. D’où le raisonnement du Conseil fédéral, qui se dit: «Attendons encore trois ou quatre semaines pour voir si nous échappons à la montée des variants et, si oui, continuons de relâcher les mesures.» Je trouve cela plutôt raisonnable et cohérent.


Des cas d’école qui divisent les scientifiques
 

Alors que les cantons, soutenus par la task force, rechignent à tester les enseignants en contact avec un élève testé positif au covid, le professeur Antoine Flahault dénonce un véritable déni vis-à-vis de la transmission de la maladie par les enfants.

L’affaire s’est déroulée au sein d’une structure scolaire lausannoise. Elle est emblématique des contradictions et du flou régnant dans certains domaines d’activité. Elle nous a été contée par une jeune stagiaire de la région, appelons-la Sophie (prénom d’emprunt, nom connu de la rédaction). Les faits. Jeudi dernier, Sophie apprend qu’un enfant dont elle s’est occupée le lundi a été testé positif au covid.

Elle apprend aussi qu’il n’y a pas de protocole en place pour ce genre de situation, ni de communication aux parents des autres enfants, confidentialité oblige. Comme tous les enseignants dans ce cas de figure, elle n’a pas besoin de se faire tester. «Il faut juste surveiller votre température», lui dit-on. Inquiète, la direction de l’institution appelle néanmoins le Département vaudois de la santé et de l’action sociale (DSAS), qui pose à la jeune fille et à ses collègues des questions du style «Etiez-vous masqué en présence de cet enfant?», «Vous trouviez-vous à moins de 1,50 m?», etc. Tous répondent par l’affirmative à ces interrogations. Verdict du DSAS: «Tant qu’il n’y a pas de symptômes, tout va bien.»

Un cas d’école au sens premier du terme. Car cette procédure a cours dans pratiquement tous les cantons. Question: à l’heure où le Conseil fédéral reste inflexible à propos des terrasses des pistes de ski et des restaurants, comment enrayer l’épidémie si l’on ne teste pas ce genre de cas? «Un test ponctuel n’est pas une sécurité suffisante. Si un contact est considéré comme suffisamment étroit pour avoir été infecté, il est mis en quarantaine. Dans le cas décrit, les mesures de protection ont été respectées. A de multiples reprises, et suite à de nombreux tests dans les milieux scolaires, nous avons constaté que le respect des mesures barrières était efficace pour éviter la transmission. De plus, lorsqu’il y a doute, nous pratiquons un test rapide sur les enfants de moins de 12 ans et sommes en train d’élaborer des procédures de testing systématique et répété dans certains contextes», nous a fait savoir le service de communication du médecin cantonal.

Des mesures que soutient également le virologue et professeur à l’EPFL Didier Trono. «Il n’existe pas d’évidence tonitruante démontrant que les enfants sont des vecteurs importants de contagion. Cette dernière est souvent liée à la symptomatologie et, comme nous le savons, cette catégorie de personnes ne développe pratiquement jamais de symptômes. Dès lors, refermer les écoles aurait un impact sanitaire et social bien plus important que le faible risque de transmission du virus.»

Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de la Faculté de médecine de l’Université de Genève.

Une opinion que ne partage pas du tout le professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de la Faculté de médecine de l’Université de Genève. «Il y a un véritable déni vis-à-vis de la transmission du coronavirus chez les enfants, entre les enfants, entre enfants et adultes, dans les écoles et dans les familles. Ce déni se voit à tous les niveaux, chez certains parents, certains pédiatres, certains scientifiques et certains politiques. Je comprends la volonté profonde de ne pas altérer la scolarité des enfants qui sont peu à risque de complications du Covid-19 pour eux-mêmes. Mais elle ne devrait pas légitimer le déni de réalité au moins auprès des scientifiques et des médecins. Je ne suis personnellement pas favorable non plus à la fermeture «sèche» des écoles. Je suis en revanche partisan d’un éventuel aménagement du calendrier scolaire, en prolongeant les vacances d’hiver aux dépens de celles d’été par exemple, lorsque la situation épidémiologique peut l’exiger. De plus, je pense nécessaire de rappeler le rôle important des enfants comme l’un des vecteurs de la transmission communautaire. A mon avis, il faut mieux sécuriser l’environnement scolaire et périscolaire comme les cantines. L’aération est clé en particulier et a été fortement négligée: elle doit être vérifiée par des capteurs de CO2 dans les lieux fermés. Tout cela manque cruellement lorsque les responsables restent dans le déni. De même pour le testing, le tracing et l’isolating.»

Par Christian Rappaz publié le 25 février 2021 - 08:56