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© julie de tribolet

«C’est ma sœur qui, de là-haut, m’a guidé»

Publié mercredi 29 janvier 2020 à 08:33
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Publié mercredi 29 janvier 2020 à 08:33 
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Depuis que sa grande sœur est partie dans les étoiles, le Vaudois Antony «Trice» Cornu chante sa douleur et sa tristesse avec sa guitare. Son cri de révolte emprunté à Christophe Maé a bouleversé le public, les quatre coachs de «The Voice» et Maé lui-même.
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Ses sanglots ont ému les Romands, la France entière et les quatre coachs du célèbre télécrochet de TF1. Alors que Marc Lavoine, son guide désormais, lui demandait ce qui le motivait, le dépassait au point de lui donner l’ordre de se retourner et de le regarder, le jeune Vaudois (24 ans) n’a pu retenir ses larmes. «Je ne sais pas si vous avez vu mon regard pendant que je me produisais; il était totalement vide. J’étais comme possédé. En fait, ce n’est pas moi qui chantais, c’est Emanuelle. Elle était là, en moi. Elle m’a guidé, m’a donné la force», assure-t-il, étreint par l’émotion en racontant sa bouleversante interprétation de «Casting», une chanson empruntée à Christophe Maé.

>> Voir le portrait d'Antony Trice en vidéo:

Emanuelle. Sa sœur, avec qui il partageait une tendre complicité et qui lui a tragiquement été enlevée dans un accident de la circulation en 2008. «J’avais 13 ans. Une tache d’huile sous la roue du scooter que pilotait son petit ami, 16 ans lui aussi, la chute, puis le choc avec ce p… de camion», détaille-t-il, les yeux embués. Deux vies brutalement emportées au détour d’une route menant à Yverdon. «Comment peut-on emmener dans la mort deux adolescents débordant de joie de vivre alors que tant d’autres mériteraient ce sort? Franchement, j’ai la haine! Aujourd’hui encore, quand je vois pleurer ma mère, la rage et la douleur brûlent en moi, confie le jeune homme de Baulmes (VD). Si j’ai parlé de ma sœur dans l’émission, ce n’est pas pour attendrir les gens. C’est parce que cette tragédie m’a forgé, a façonné l’homme que je suis devenu.»

julie de tribolet
«Lors de l’audition à l’aveugle, j’étais comme possédé. En fait, ce n’est pas moi qui chantais, c’est Emanuelle», dit le talentueux Vaudois.

Une histoire, un parcours de vie qui ont touché Christophe Maé lui-même en plein cœur. «J’ai été ému aux larmes en découvrant la vidéo. Je n’avais jamais ressenti cela avec une reprise. C’est fou, car ces paroles sont devenues les siennes. J’aimerais croiser un jour le chemin de ce garçon», a spontanément déclaré le chanteur à notre confrère Le Parisien.

Ce n’est pas la seule blessure qu’Antony Trice, de son vrai nom Antony Cornu, porte en lui. Sa casquette au (déjà) célèbre edelweiss vissée sur la tête – «Pour cacher la marque, j’ai trouvé cette broderie dans un magasin de couture, que ma mère a cousue dessus», se marre-t-il –, l’étudiant de la HEP Lausanne évoque son rêve brisé de devenir footballeur professionnel. Passionné de snowboard, qu’il enseigne sur les pistes de Nendaz (VS), où la famille réside souvent l’hiver, il se retrouve avec le fémur en miettes à la suite d’une mauvaise chute. Une fracture qui contraindra l’actuel gardien titulaire du FC Grandson (2e ligue), cité naguère comme l’un des meilleurs espoirs du pays à son poste, à mettre ses activités sportives entre parenthèses. «J’ai dû attendre la fin de ma croissance pour me faire poser une prothèse de hanche. Après ce nouveau coup du sort, j’ai un peu déconné et dérivé. Heureusement, mes parents m’ont recadré», raconte-t-il avec une touchante sincérité.

Carmen, sa maman, secrétaire dans une entreprise de la région, et Stephan, son papa, enseignant et entraîneur adjoint d’Umberto Barberis au temps de la splendeur du FC Baulmes, l’encouragent à trouver une occupation qui le tirera de ce mauvais pas. «Un jour, je suis entré dans la chambre de ma sœur et j’ai décroché sa guitare, pendue au mur. Elle en jouait et chantait pour son plaisir et le nôtre.»

Antony se pique au jeu, apprend des accords dont il confesse ne pas savoir le nom aujourd’hui encore. «Je suis un parfait autodidacte. Je ne sais pas lire la musique et je n’ai jamais pris de cours. Ni de chant ni de guitare», concède-t-il. Sa nouvelle passion le dévore. Au point de lui faire redoubler une année de gymnase.

Un 18 novembre, jour d’anniversaire d’Emanuelle, il poste sur les réseaux «Partie trop loin», une chanson d’une grande tendresse qu’il a composée pour lui rendre hommage. «Il est venu la chanter en live sur LFM. Quelques jours plus tard, la séquence culminait déjà à 10 000 vues. Derrière le chanteur, il y a une personne charismatique, qui touche les gens», décrit Philippe Morax, l’animateur vedette de la chaîne. «Son potentiel est énorme», estime de son côté Michel Gallone, cofondateur de Swiss Artists Productions, une association à but non lucratif qui soutient les espoirs romands et qui l’a pris sous son aile.

julie de tribolet
Carmen et Stephan, ses parents, accompagnent Antony à la gare de Vallorbe, où le candidat de «The Voice» prend le train qui l’amène à Paris et au succès.

Avant même son passage à l’antenne, le Casting à la mode Antony comptait déjà… 7 millions de vues. Un raz-de-marée qui contraste avec la sorte de chemin de croix qu’il a dû endurer avant de pouvoir accéder à la scène parisienne. «Tout est parti d’un message posté par TF1 sur mon compte Instagram. J’ai d’abord cru à un gag. Mais dans la foulée, la production m’a appelé pour me dire qu’elle m’avait repéré sur les réseaux et qu’elle voulait me faire passer une audition. Le rêve, quoi.» Qui virera vite au cauchemar. «Au premier casting, j’ai chanté "Si t’étais là", de Louane. Comme une chèvre. Heureusement, on m’a donné une seconde chance», raconte ce fan d’Ed Sheeran et du rappeur Nekfeu. Entre allers et retours à Paris et travail sur vidéo, ce «un jour oui, un jour non» durera deux mois. «Un enfer pour moi, qui suis plutôt pessimiste de nature.»

C’est plutôt le paradis désormais, alors que pointent déjà les «battles». «C’est énormément d’émotion, de stress, d’angoisse, de larmes, mais de joie aussi. Après ce que nous avons vécu, cela met un peu de légèreté et de positivité dans la famille», lâche Carmen. «De la fierté également», enchaîne Stephan, qui résume l’aventure par une comparaison qui lui est chère. «C’est un peu comme si un junior du FC Baulmes recevait un appel du Paris-Saint-Germain pour aller faire un essai au Parc des Princes.»

Prince, Antony l’a été samedi dernier. Deviendra-t-il roi de cette neuvième saison de «The Voice»? «Je crois avoir les pieds sur terre. Je sais que tout cela peut être éphémère. J’aborde cette incroyable aventure avec beaucoup d’humilité. Quoi qu’il arrive, si elle peut m’aider à vivre de la musique, ce sera toujours mieux qu’être enseignant toute ma vie. Et Emanuelle serait tellement fière de moi…»


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