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© Mario Testino

Charles et Camilla, la couronne face au corona

Publié lundi 13 avril 2020 à 12:55
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Publié lundi 13 avril 2020 à 12:55 
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Le prince Charles, 71 ans, est la plus célèbre victime du coronavirus, mais n’a souffert que de «symptômes modérés». Alors que sa mère, la reine Elisabeth, s’adressait à ses sujets dimanche dernier, son héritier a gagné en popularité par son courage face à la maladie.
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Etait-ce lors de la soirée du 10, du 11 ou du 12 mars? Le «coupable» de lèse-majesté, celui qui a transmis le Covid-19 au prince Charles, était-il un diplomate australien, un Rolling Stones ou encore Albert de Monaco? De toute manière, un virus ne fait jamais de distinction entre nobles et manants.

Début mars, les îles Britanniques étaient très loin d’avoir pris la mesure du désastre programmé. A Londres, les soirées de gala se déroulaient encore comme si le coronavirus n’était qu’une abstraite chinoiserie. Bien sûr, la reine Elisabeth avait renoncé à serrer des mains sans gants et son fils Charles était passé au salut asiatique, ou «geste namaste», mains jointes sous le menton. Mais cette mesure hygiénique semble aujourd’hui dérisoire par rapport à la virulence d’un virus qui se déchaînait silencieusement, même s’il n’avait alors fait que six victimes dans le royaume.

Alamy Stock Photo
Le manoir de Birkhall, où Charles s'est confiné.

En cette deuxième semaine de mars, lors de ces «very select parties», on ne se serrait plus la main, mais on pratiquait les éclats de rire partagés à 30 centimètres de distance et les confidences murmurées au creux de l’oreille, comme en témoignent les photos de ces soirées. C’était une autre époque, un autre monde, c’était il y a… trois semaines.

Aujourd’hui, plus de 3000 Britanniques sont morts et 40 000 contaminés sont recensés, parmi lesquels Charles et le premier ministre, Boris Johnson.

C’est le 25 mars que le porte-parole de Clarence House annonçait l’impensable: le probable futur roi d’Angleterre avait été frappé par l’épidémie. Mais le prince se portait plutôt bien. Son épouse Camilla, duchesse de Cornouailles, semblait avoir été épargnée mais était contrainte de s’isoler elle aussi en attendant une confirmation médicale. C’est en Ecosse, dans le manoir de Birkhall, un domaine de 200 km2 acquis par la couronne du temps de la reine Victoria, que le couple d’héritiers du trône vit son confinement depuis plus d'une semaine. Charles y a vécu les moments les plus heureux de son enfance et cet écologiste intégriste raffole de la nature environnante, notamment de la rivière Muick, qu’il qualifie de «magique».

Décryptons cette image exceptionnelle d’un salon du manoir de Birkhall, où Charles félicite les soignants par visioconférence pour l’ouverture d’un hôpital temporaire. 1. Pour caler son iPad, il a utilisé le livre qu’il a écrit lui-même en 2010. 2…

Cet exil écossais forcé a permis aux Anglais, chose rarissime, de découvrir un tout petit pan de l’intimité domestique de leur prince dans cette résidence écossaise ultra-sécurisée. Charles a en effet enregistré depuis son bureau personnel du manoir un discours sobre et néanmoins émouvant pour annoncer son rétablissement et surtout pour rendre hommage aux professionnels de la santé, en première ligne depuis deux semaines. Il a aussi pu témoigner personnellement de l’épreuve que représente cette maladie pour les familles concernées: «Comme nous le savons tous, c’est une expérience frustrante et souvent pénible lorsque la présence de la famille et des amis n’est plus possible.»

La reine Elisabeth aurait de son côté passé miraculeusement à côté du virus en dépit du fait qu’un de ses proches employés, chargé notamment de promener ses chiens, a été testé positif et qu’elle a rencontré son fils aîné alors que celui-ci était sans doute déjà contagieux. Buckingham a cependant réfuté une information parue dans la presse nigériane selon laquelle elle serait contaminée elle aussi. La souveraine de 93 ans est bel et bien en bonne santé, comme elle l’a prouvé lors son allocution à la télévision dimanche dernier depuis le château de Windsor, à 30 km de son palais de Buckingham, où elle est retirée depuis deux semaines avec son époux le prince Philip, 98 ans, tous deux entourés d’un personnel réduit.

DUKAS
Le prince Charles avec avec Ron Wood, guitariste des Rolling Stones, lors de la cérémonie des Prince’s Trust Awards, le 11 mars. La distance de sécurité n’était pas encore de mise.

Le fléau corona permet à la couronne de rappeler avec plus de pertinence que jamais son rôle caritatif, notamment dans le domaine de la santé et de la prise en charge des seniors. Sur les sites internet et sur les réseaux sociaux, le marathon représentatif de la famille royale est massivement relayé pour rappeler les liens qui unissent les «royals» à leur peuple. Le prince Charles et son épouse se sont déjà remis au boulot, mais bien sûr exclusivement par visioconférence, depuis leur retraite de Birkhall. Charles a prononcé quelques mots d’encouragement devant sa webcam à l’occasion de l’ouverture, dans le quartier d’East London, d’un hôpital temporaire de 4000 lits pour malades du coronavirus, installé dans le Palexpo local.

De son côté, le couple modèle William-Kate a tout d’abord multiplié les visites dans des établissements de santé – et donc les désinfections des mains devant les caméras – avant d’être contraint au confinement avec ses trois enfants à Anmer Hall, dans le Norfolk. Mais pas question de rester oisifs. Ils multiplient les coups de téléphone d’encouragement au personnel soignant du pays. Certains de leurs appels, le 1er avril dernier, ont parfois été pris pour des canulars par leurs destinataires.

Les perdants de la famille royale, dans ce contexte, ce sont Harry et Meghan. En exil depuis quelques jours dans une ville de Los Angeles paralysée, les parents du petit Archie, 10 mois, doivent s’inventer une nouvelle utilité rémunératrice après avoir été privés de toute officialité et de pension royale. Dès le 1er avril, date à laquelle le couple n’est plus membre de la monarchie, leur compte Instagram a été fermé.

Getty Images
Lors de ses dernières apparitions publiques, Charles a pratiqué le geste «namaste», la salutation asiatique, pour minimiser le risque de contamination. Cela n’a pas suffi.

Ces deux naufragés de la charité et du showbiz ont expliqué à leurs millions de followers qu’ils s’activaient pour «trouver comme tout le monde le meilleur rôle possible à jouer dans ce monde en profond changement», et de préciser presque naïvement que «même si vous ne nous voyez pas ici, le travail continue». Harry et Meghan seraient surtout en train de chercher un logement coquet à Malibu. La presse britannique, plus libre que jamais pour les éreinter, parle d’un immense manoir de style toscan de dix pièces avec piscine et court de tennis. Charité bien ordonnée commence décidément par soi-même…

En comparaison avec son fils cadet qu’on dit sous l’emprise de son hollywoodienne épouse, le prince Charles, comme le reste de la famille (à l’exception bien sûr de son frère Andrew, empêtré dans un scandale d’abus sexuels sur mineure), incarne donc plus que jamais l’esprit de résistance et de résilience cher au peuple britannique.


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