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Chat: Le yoga, un allié pour gérer l'anxiété liée au confinement?

Publié mardi 14 avril 2020 à 12:32
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Publié mardi 14 avril 2020 à 12:32 
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Le docteur Lionel Coudron a répondu à toutes vos questions pour mieux comprendre la pratique du yoga...
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Plus de la moitié de l’humanité se retrouve aujourd’hui poussée à rester chez elle afin de tenter d’enrayer la pandémie mondiale de Covid-19. A ce confinement s’ajoute la peur de tomber malade, de contaminer des personnes, de perdre des proches ou encore son emploi. Et si le yoga représentait l’allié parfait pour ne pas craquer?

Qu’est-ce que le yoga? Comment le pratiquer? Dans quelle mesure peut-il permettre de nous détendre?…

Pour en discuter, nous vous avons offert la possibilité de dialoguer avec Lionel Coudron. Docteur en médecine, il est professeur de yoga depuis plus de trente ans et directeur pédagogique du site de la plateforme en ligne YogaTime. Il a également écrit plusieurs ouvrages, dont Mieux vivre par le yoga (J’ai Lu), Le yoga, bien vivre ses émotions et La yoga-thérapie (Odile Jacob).

Les séances de yoga en ligne avec Corinne Miéville et Lionel Coudron sont accessibles gracieusement en contactant lejardinduyoga@gmail.com (Le Jardin du Yoga Lausanne).

Découvrez ses réponses ci-dessous:

Quelle est la différence entre la méditation et le yoga? Ce dernier comprend-il aussi une forme de méditation? (Hervé)

Oui, absolument, à l’origine, c’est d’ailleurs la question numéro un de nos participants, le yoga est uniquement de la méditation. Cela est très bien décrit dans un ouvrage du début de notre ère: les Yoga Sutras. Ce n’est qu’après que le yoga s’enrichit des autres moyens que vous connaissez bien: les postures, les pranayamas (respirations)… mais il y a toujours la dimension méditative.

Et sous ses deux formes: la méditation que l’on appelle «visualisations», où l’on s’absorbe dans ce que l’on imagine pour le vivre pleinement, comme dans le Yoga Nidra, et la méditation de «décentration», où l’on observe ce qui se passe. On prend du recul sur nous: ce que l’on ressent, nos pensées, en particulier nos pensées irrationnelles (ou noires…). Parfois des pensées que l’on appelle «intrusives» dont on aimerait bien se débarrasser mais qui reviennent.
Un peu comme dans les états de stress post-traumatique (ESPT). Par exemple en ce moment, les soignants qui sont confrontés à l’épidémie de Covid-19 vivent beaucoup de situations à risque. Les Chinois ont décrit 30% d’ESPT chez les soignants ces derniers mois à cause.

Pour lutter contre cela, nous avons mis en place, avec le groupe de cliniques Orpéa Clinéa, qui a plus de 500 cliniques, un module de yoga de prise en charge pour leurs soignants. C’est basé sur des postures, des visualisations et de la relaxation.

Donc oui, je le confirme, il y a une dimension importante incluant la méditation, et passer à côté, c’est amputer le yoga d’un membre important.

Généralement, lorsque vous réalisez un cours, comment cela se passe-t-il? Et pour quelle durée? Quel est le rôle du professeur? Il a une vocation de guide? De correction des postures? (Kleo)

C’est la pédagogie. Il en existe de nombreuses. Actuellement, les cours que nous donnons en ligne durent 1 heure 10. C’est un format qui s’est imposé à Corinne et moi. Nous le construisons pour qu’il y ait un équilibre et une variété. Le rôle du professeur est de donner les bonnes indications et de bien insister sur les fondamentaux, que je répète: ne pas se faire mal, associer respiration et mouvement, être intériorisé ici et maintenant et ne pas vouloir faire de compétition!

Quelle est votre pratique du yoga? Combien d’heures par jour? A quels moments? Et qu’est-ce que cette pratique vous apporte dans votre vie? (Sophie)

Pour ma part, il est difficile de dire ce que cela m’a apporté, car ma vie est nimbée de yoga et ce, depuis toujours. Je pense que je serais beaucoup plus stressé, nerveux, tendu et en moins bonne santé, c’est certain. Par exemple, j’ai été contaminé par le virus il y a un mois dans le cadre de mon activité médicale, mais cela est passé sans problème, de petits signes anodins. Je pense que c’est lié à ma vie en général et, comme vous le dites, à ma pratique globale (je n’entre pas dans les détails, qui n’ont pas d’intérêt ici).

Comment expliquez-vous que le yoga soit devenu une énorme tendance ces dernières années? Dans quelle mesure peut-il être adapté, bénéfique, par rapport au confinement que nous vivons depuis plusieurs semaines? (Aria)

Si cela est tant à la mode (mais c’est le cas depuis quarante ans!) c’est parce que c’est une solution «intelligente» qui implique la conscience de soi, qui répond à des besoins fondamentaux qui existent depuis la nuit des temps. Cela participe à la prise de conscience générale. Pour moi, c’est même une évidence. Cela montre que la société dans sa globalité est en recherche de valeur profondes et intérieures. Mais il n’y a pas que le yoga qui participe à ce mouvement, c’est un mouvement général. Cela pour notre époque.

Quant au confinement et à la situation présente, alors encore plus que jamais. Pourquoi? Parce que cela nous amène à réfléchir à l’essentiel, à nous libérer de l’inutile. Nous étions dans une société de consommation à 2000 à l’heure et nous basculons sur «pause». D’un seul coup, tous les produits de la société de consommation sont indisponibles: plus de boîtes de nuit, plus de spectacles, plus de loisirs, plus que rester chez soi et réfléchir ou se distraire seul, ou encore travailler pour le strict nécessaire.

Dans ce contexte, avec l’inquiétude, soit parce que l’on ne sait pas de quoi sera fait demain sur le plan économique, quel sera mon travail, mes ressources, soit parce que je suis soignant, soit parce que je travaille pour nourrir, apporter l’essentiel… et tout cela crée de la sédentarité, de l’épuisement, de l’anxiété.

Pour chacun de ces points le yoga a une réponse. Et c’est dans ces moments-là qu’on l’attend au tournant, car c’est là qu’il doit nous aider. Pas quand tout va bien! C’est trop simple de s’asseoir en tailleur avec les doigts en Jnana Mudra et en se disant qu’on a de la chance d’être dans ce monde! C’est plus compliqué quand on est dans une épreuve comme aujourd’hui. Et pourtant, c’est là qu’il révèle son efficacité.

Avec Corinne Miéville, nous avons donné des cours en direct et en ligne depuis le début du confinement. Nous avons été des milliers à pratiquer en même temps. Et Corinne et moi avons reçu des centaines d’e-mails, de messages, de témoignages nous disant combien ces séances ont été bénéfiques. Et pour les raisons que j’évoquais, c’est normal. De même que ce que nous avons mis en place avec Clinéa, c’est normal que cela aide et apporte du soutien. C’est du concret et j’insiste sur ce point. Comme depuis deux mille ans!

Le yoga est-il adapté pour les jeunes enfants? Quel type de pratique recommander avec eux? (Julie)

Une pratique plus ludique. Plus dynamique. Mais toujours avec la respiration pour les aider à se concentrer, et ils adorent les visualisations.

Le yoga semble attirer un public essentiellement féminin… (Léonie)

Oui, il y a peu ou prou 80% de femmes et 20% d’hommes sous nos latitudes.

Le yoga est parfois perçu comme une religion, ou plutôt proche de courants comme l’hindouisme. Connaissez-vous comment il est perçu par les autres fois? (Fabrice)

Oui, 70% des personnes qui commencent le yoga le font comme un remède, comme un moyen «bien-être», ce que je conçois tout à fait. Mais derrière, il y a une philosophie plus globale, et c’est cela qui nous intéresse vraiment, c’est la prise en charge globale. Et donc on peut vraiment dire spirituelle. Non pas religieuse, mais spirituelle, ou alors religieuse dans le sens «relier».

Que faut-il prendre en considération lorsqu’on commence le yoga? (Sophie)

Une seule chose: le plaisir que l’on a en pratiquant et l’envie de faire de son mieux. Ah, une autre chose, quand même: ne pas être frustré si l’on n’y arrive pas. En clair, ce qu’il faut prendre en considération, c’est ce que l’on ressent à l’intérieur de soi.

Comment avez-vous découvert le yoga? Quelle formation faut-il suivre pour l’enseigner? Proposez-vous ce type de cours au sein de votre institut? (Julie)

Pour ma part, je l’ai découvert durant mes vacances à l’âge de 14 ans auprès d’un ami qui est devenu médecin plus tard, le docteur Jean Claude Larousse, et je l’ai appris avec Claude Guetta, qui m’a beaucoup enseigné, et j’ai pu voyager et continuer à me former. Par la suite, ce sont mes élèves (et ce n’est pas une formule) qui ont été mes meilleurs enseignants, parce que cela vous pousse toujours à aller plus loin pour apporter les solutions les meilleures.

Mais aujourd’hui, il existe de très nombreuses écoles de formation de professeurs de yoga. Mieux vaut bien sûr les formations qui sont regroupées auprès des fédérations (pour éviter le pire).

Au sein de notre Institut de YogaThérapie, nous ne formons pas de professeurs de yoga. Nous formons des yoga-thérapeutes qui sont déjà professeury de yoga et qui veulent une formation supérieure. Elle est ouverte également aux professionnels de santé.

En revanche, à Lausanne, nous collaborons souvent avec Corinne Miéville, qui dirige le Jardin du Yoga et qui est enseignante également à l’Institut de YogaThérapie. Au Jardin du Yoga sont dispensés des cours pour tous les publics.

On a vu ces dernières années des tas de formes de yoga. J’ai même vu du yoga avec des chèvres! Que penser de ces pratiques? (Jean)

Certaines portent à rire, d’autres ne sont que des personnes qui s’engouffrent sur ce mot. De toute façon, le temps sélectionnera ce qui est valable et ce qui ne l’est pas. Cela prouve simplement que le yoga est créatif, dynamique et que ce n’est pas un système clos, hermétique et poussiéreux. Mais souvent cela me fait sourire. C’est déjà cela!

Le yoga est-il considéré comme un sport? J’ai l’impression que beaucoup d’adeptes du yoga sont plutôt musclés. Est-ce lié à la pratique ou plutôt à un mode de vie sain? (AP)

En aucun cas il ne s’agit d’un sport au sens commun du terme: compétition, entraînement pour aller plus vite et mieux. C’est un ensemble de moyens; tant physiques que respiratoires, que de méditation ou de relaxation. Ce qui en fait une excellente activité physique. Et là, nous le voyons très bien avec le confinement, la pratique du yoga nous permet de garder notre bon état musculaire, tendineux, ligamentaire, respiratoire, cardiaque. Douze minutes, par exemple, d’un enchaînement comme la salutation au soleil (je vous invite à participer à nos séances en ligne et en direct pendant le confinement) nous permettent d’avoir l’équivalent de trois quarts d’heure de sport d’endurance!

Cela vaut la peine. Mais en aucun cas ce n’est un sport. Il n’y a pas de compétition.

La respiration qui s’y associe est une autre dimension, et la méditation également.
Si beaucoup de pratiquants de yoga sont apparemment musclés, c’est aussi parce qu’ils font de la musculation en plus. En soi le yoga ne «bodybuilde» pas le corps, il entretient et développe la musculation, mais plus en étirant les muscles et non pas en les gonflants.

Enfin, oui, le yoga s’inscrit dans une hygiène de vie générale: alimentation saine, hygiène des rythmes de vie, développement de la relation de partage avec les autres…

Il faut en fait cinq piliers pour être bien dans sa vie et développer une vie riche et saine. L’activité physique et le travail sur ses stress, sur soi, sur son ego: cela, le yoga sait très bien le faire. Les trois autres piliers, on vient de le dire: hygiène des rythmes, alimentation et relation aux autres…

Quel est le matériel nécessaire et la tenue pour pratiquer le yoga? (Jpb)

Là, c’est extraordinaire, car il n’y en a pas besoin. Et lorsque l’on ne peut pas sortir, que l’on est enfermé à la maison, on a à portée de main tout ce qu’il faut: un tapis, ou une serviette de coton, une tenue souple et des coussins si besoin pour caler les genoux ou son assise.

C’est une des grandes qualités de cette pratique: pas besoin de stade, de salle spéciale, etc. Cela n’empêche pas qu’il existe des tonnes de produits dérivés, mais en réalité non indispensables.

Existe-t-il une bonne manière de choisir son tapis? Est-il vrai qu’en Inde les tapis n’ont rien à voir avec ceux que nous utilisons en Europe? Refusent-ils vraiment le caoutchouc, par exemple, pour être en contact réel avec la terre? Que pensez-vous de ces formats de tapis? (Marie)

Le flacon n’a pas d’importance, c’est le nectar qui est dedans. Choisissez votre tapis de yoga avec le même intérêt que votre matelas pour dormir, que vos linges de maison, etc. Ce qui est important, c’est bien sûr de respecter le plus possible l’écologie, mais cela est vrai pour tout.

C’est ce que vous allez faire dessus qui sera déterminant. Donc sentez-vous bien. Méfiez-vous de tout ce qui est «radical».

Est-il possible d’apprendre le yoga avec des livres, des applications? Est-il préférable de le pratiquer à plusieurs? Quid si j’ai des problèmes de santé? (Julie)

C’est ce que je disais à l’internaute François, au début de cette discussion: il est possible d’avoir tous les recours pédagogiques possibles. Mais lorsque l’on a des difficultés, alors il faut adapter, et adapter demande le recours à une personne expérimentée. Je vous conseille d’aller sur le site de l’Institut de YogaThérapie pour avoir l’annuaire des yoga-thérapeutes qui pourront vous guider en cas de problème de santé, lombalgie, anxiété, etc.

Concrètement, qu’est-ce que le yoga? Comment savoir s’il est fait pour moi? (Lionel)

Pas d’autre solution que d’essayer. Et de changer pour essayer une autre pédagogie si vous avez l’intuition que cela pourrait mieux vous convenir. Le yoga, c’est une méthode qui plonge ses racines dans l’aube de l’humanité pour répondre à nos difficultés de manière concrète. Il ne se contente pas de nous dire de penser telle ou telle chose, mais nous donne les moyens pour se sentir mieux dans son corps et avoir plus de vitalité, de joie et moins de tensions, de stress, de sentiment de mal-être. Cela utilise toutes les ressources possibles de notre être. Postures, respiration, visualisations, sons, etc.

Est-il possible de s’initier seul au yoga chez soi sans courir le risque de mal faire ou de se blesser? (François)

Oui, bien sûr, il faut être prudent. Beaucoup ont débuté avec un ouvrage. Pour ma part, ça a été le cas, c’est la lecture qui m’a donné envie d’aller rencontrer un professeur de yoga. Et après tout s’ensuit. Pour aller plus loin, il faut être guidé, c’est certain. Mais si l’on a des prédispositions, c’est tout à fait possible. Et puis aujourd’hui, il y a des sites, des vidéos.

Combien de séances de yoga faut-il pratiquer avant d’en ressentir les bienfaits? (Marie)

Dès la première séance, vous en ressentez souvent le bénéfice. C’est le cas pour la grande majorité des personnes, et dès la première séance il peut y avoir le «déclic». La respiration que l’on découvre, l’étirement du corps agréable auquel on prête attention…

Mais pour en avoir un bénéfice santé, il faut être persévérant sans pour autant en faire comme un professionnel. Vingt minutes par jour (ou trois fois une heure par semaine) pendant quelques semaines. Les études pour établir le bienfait santé se basent en général sur six semaines. Vous voyez, c’est assez rapide.

Parfois ce peut-être plus rapide. Comme dans les chocs émotionnels ou la lombalgie chronique.
Parfois plus long comme dans l’anxiété généralisée ou la dépression.

J’ai souhaité faire du yoga, mais ne comprenant pas les différences entre les divers yogas, j’ai renoncé, ne sachant lequel choisir. Comment savoir, comprendre toutes ces différences? (Marie)

Je comprends très bien votre questionnement, car il est difficile de s’y reconnaître. Avant toute chose, il faut savoir que le yoga, à la base, est essentiellement une philosophie, puis une forme de méditation. Ce n’est qu’au cours des siècles (depuis deux mille ans) que le yoga s’est étoffé de postures. Ces postures, exercices respiratoires, etc., sont là pour nous permettre d’être le mieux possible dans notre peau et notre tête!

Il ne faut jamais perdre cela de vue. A partir de là, si vous voulez pratiquer le yoga, quel que soit son nom (il en existe plus d’une cinquantaine!), il faut qu’il respecte ces différents points:

- ne pas vous faire de mal et vous respecter dans vos possibilités physiques et votre identité, c’est-à-dire que si vous faites du yoga mais qu’après vous avez mal au dos, c’est qu’une posture ne vous convenait pas ou que la pédagogie n’était pas adaptée;
- allier le souffle ou la respiration au mouvement et en étant intériorisé, ce qui veut dire que l’on ne fait pas de yoga en discutant avec son voisin;
- pas de compétition; il n’y a pas de miroir dans les salles de yoga, on ne travaille pas en se «regardant» de l’extérieur ni pour faire mieux que l’autre, vous travaillez sur ce que vous ressentez de l’intérieur;
- ainsi, vous allez devoir «essayer» le cours, n’hésitez pas à suivre un premier cours.

Autre conseil: fuyez les professeurs qui se prennent trop au sérieux.

Il faut garder le sourire, la convivialité. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de rigueur et de discipline, bien au contraire.

Conclusion:

Je crois que, en quelques minutes, nous avons vraiment, grâce à vos questions, pu faire un voyage au pays du yoga. J’ai été heureux de pouvoir y répondre et je crois que vous n’avez rien oublié. Je ne peux que vous inviter à une séance tous ensemble dès ce soir…

Vous pouvez pour cela aller sur le site du Jardin du Yoga. Et vous inscrire.
A bientôt! Docteur Lionel Coudron

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