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Comment prévenir et se protéger des piqûres d'insectes?

En été, les moustiques s'en donnent à cœur joie. Même si les piqûres sont souvent banales, elles peuvent parfois devenir un vrai cauchemar. Apprenez à mieux connaître les insectes de nos régions pour mieux vous en protéger et découvrez comment détecter une allergie et comment s’en prémunir.

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piqûres

Même si les piqûres sont souvent banales, elles peuvent parfois devenir un vrai cauchemar.

Getty Images/Cavan Images RF

L’été est propice aux baignades, aux réunions entre amis, aux fêtes en plein air, aux pique-niques et aux voyages. Alors que nous sommes bercés par la chaleur et l’insouciance, insectes, larves, araignées, acariens et autres bestioles savent nous rappeler à l’ordre. Sensation de piqûre soudaine, démangeaisons intenses, petits et gros boutons rouges, œdèmes ont l’art de casser l’ambiance. Certaines situations sont classiques: la guêpe qui tourne inlassablement autour de la table lors d’un repas, la mauvaise surprise d’une tique accrochée dans un pli de la peau après une balade en forêt, le besoin irrépressible de se gratter au sortir de l’eau après un plongeon dans le lac… Mais, parfois, les méfaits sont plus insidieux, et on a beau chercher, on peine à identifier le coupable. Anne Freitag, conservatrice au Musée cantonal de zoologie à Lausanne, et le Dr Olivier Gaide, médecin-chef au département de dermatologie-vénéréologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), nous aident à mieux connaître les petites bêtes piqueuses de nos régions et à s’en protéger pour un été en toute sérénité.

1. Le moustique...

Certaines peaux semblent mystérieusement avoir sa préférence, mais, en réalité, tout le monde peut se faire piquer par le moustique et ce, à n’importe quelle période de l’année. Cependant, cet insecte apprécie la chaleur de l’été. Il sévit généralement en début de soirée et pendant la nuit. On le croit guidé par la lumière, mais il n’en est rien. Dans les maisons, il est surtout attiré par la chaleur de nos corps et le gaz carbonique que nous dégageons lorsque nous respirons. Il se plaît également dans les lieux humides, dans les jardins et aux abords des plans d’eau. Et pour cause, la femelle y pond ses œufs. C’est elle, la grande coupable de nos démangeaisons. Car oui, la femelle moustique a besoin de protéines pour fabriquer ses œufs. Elle nous pique donc pour faire un repas de sang, après lequel elle va pondre. Si l’envie lui en prend, elle peut revenir nous piquer et pondre ensuite une nouvelle série d’œufs.

Ainsi, la femelle moustique enfonce sa trompe, plus fine qu’un cheveu, entre les cellules de notre peau. Elle y injecte sa salive, aux propriétés anticoagulantes. Sur le moment, ce n’est pas douloureux, les réactions se faisant sentir dans les heures ou les jours qui suivent. Et on les connaît: des boutons rouges qui démangent, parfois très intensément. Il n’y a pas à proprement parler d’allergie connue aux moustiques. Néanmoins, en cas de très fortes démangeaisons et de gonflement local important, mieux vaut consulter un médecin. En cas d’inconfort, on trouve en pharmacie des crèmes à base de corticostéroïdes à appliquer localement. «Ce sont les plus utiles et les plus efficaces. Les antihistaminiques, souvent proposés, n’ont en réalité que peu d’effet», indique le Dr Gaide.

Enfin, pour prévenir les piqûres, il est recommandé de porter des vêtements amples et clairs. Les sprays ou les bracelets répulsifs ainsi que la citronnelle sont efficaces, mais pas à 100%.

2. Le taon

A l’instar de la femelle moustique, la femelle taon nous prend pour cible pour se nourrir de notre sang. «Contrairement au moustique, elle y va au marteau-piqueur, illustre Anne Freitag. En effet, la femelle du taon vient cisailler notre peau pour y sucer notre sang et y injecter sa salive anticoagulante.» Cela explique pourquoi la piqûre peut être douloureuse à l’instant T. Comme elle est attirée par les couleurs sombres, mieux vaut s’habiller de vêtements clairs pour l’éloigner. L’application de crème ou de gel à base de corticostéroïdes peut soulager l’inconfort. En cas de forte réaction cutanée, ne pas hésiter à montrer la piqûre à son médecin.

3. La guêpe, l’abeille, le bourdon et le frelon

La guêpe, l’abeille, le bourdon et le frelon font tous partie de l’ordre des hyménoptères. Les deux premières sont souvent confondues et ne partagent pas le même capital sympathie. L’abeille est poilue et rayée d’un jaune et d’un noir tirant sur le brun. La guêpe, quant à elle, dispose d’un corps lisse (sans poils) et parfaitement contrasté d’un jaune pétant et d’un noir bien tranché.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’être humain n’est pas considéré comme une proie par ces insectes qui vivent en société. Nos différends sont le fruit d’accidents. En effet, lorsque les femelles – qui sont les plus nombreuses – se sentent menacées, elles piquent pour se défendre. L’arme que nous redoutons: l’aiguillon (ou dard) qu’elles portent à l’extrémité de leur corps et qu’elles plantent dans notre peau pour y diffuser un venin. L’abeille, contrairement à la guêpe, ne pique qu’une seule fois, après quoi elle meurt. Alors que la guêpe dispose d’un aiguillon lisse qu’elle peut retirer à l’envi pour piquer de nouveau. C’est le cas aussi du frelon (sorte de grosse guêpe) et du bourdon, que l’on croit souvent inoffensif, mais il n’en est rien: «Il est certes plus placide, mais il pique également», note Anne Freitag.

4. La punaise de lit

C’est un souvenir de vacances qu’on ramène malgré soi. Les punaises de lit n’ont pas de saison et vivent dans nos intérieurs. Elles se cachent dans les fentes et interstices les plus insignifiants des matelas, sommiers, cadres de lit, tables de nuit et plinthes à proximité, et s’infiltrent facilement dans les bagages… C’est ainsi qu’elles se retrouvent d’un lieu à un autre après un voyage, une nuit dans une chambre d’hôtel, mais on en trouve aussi sous nos latitudes. Elles dégagent une odeur âcre caractéristique. Il est très difficile de s’en débarrasser, car elles vivent en famille et peuvent pondre leurs œufs collants (de deux à quatre par jour, de 400 à 600 par vie de punaise) sur toutes sortes de supports et dans les moindres recoins. Les endroits à forte concentration humaine (hôtels, refuges, EMS, etc.) sont à risque d’infection rapide.

Ces punaises de 5 à 7 millimètres, de couleur brun-rouge et au corps plat craignent la lumière et viennent à la nuit tombée prendre leur repas de sang, laissant des traces brunâtres sur les draps de lit. Chaque nuit, elles peuvent ainsi prendre entrée, repas et dessert durant de quatre à dix minutes, se déplaçant de quelques centimètres à plusieurs mètres. C’est en effet à cela qu’on les reconnaît: aux piqûres alignées sur les zones du corps qui ne sont pas protégées par le pyjama (bras, jambes, cou, visage). La salive infectée par ces bêtes robustes contient un analgésique qui rend la morsure indolore, ainsi que des substances vasodilatatrices et anticoagulantes. Ces dernières peuvent être responsables de réactions d’hypersensibilité. Le risque de surinfection n’est pas exclu à force de grattage. La réaction peut en effet être dans certains cas sévère et donner lieu à des vésicules, à des bulles ou à de l’urticaire. «Pour soulager les démangeaisons, les crèmes à base de dermocorticoïdes et des antihistaminiques peuvent être prescrits, mais cela ne règle pas le problème. Pour se débarrasser des punaises de lit, il faut faire appel à des professionnels. Les produits du commerce sont inefficaces», indique le Dr Gaide. Les punaises de lit sont un fléau. Leur présence peut entraîner une déprivation de sommeil, des phobies, voire des symptômes dépressifs.

5. L’araignée

Certains en ont la phobie. Si les araignées qui se faufilent dans nos maisons peuvent susciter cris et hurlements, en réalité, nous ne les intéressons pas, explique Anne Freitag: «On les craint, mais ce n’est pas justifié. Les araignées de nos régions sont très pacifiques. Elles ont des proies à leur échelle, et l’être humain n’en fait pas partie. Certes, elles peuvent pincer et mordre pour se défendre, mais notre peau est dure et ne laisse pas les chélicères la pénétrer.» Ne les tuez pas, elles sont très utiles dans la maison pour chasser mouches, moustiques, moucherons et tout autre insecte en balade, voire d’autres araignées…

6. L’aoûtat

Il est difficile de ne pas côtoyer cet acarien que l’on trouve dans les herbes et les jardins de juillet à octobre. L’aoûtat tient son nom du mois d’août, période à laquelle les larves, qui ne mesurent que quelques millimètres, sont très actives. Et nous faisons leur bonheur puisque les mammifères en sont la proie. Afin de faire un repas de sang, elles se glissent alors dans les zones couvertes et humides de notre corps: aisselles, plis inguinaux, sous la poitrine, derrière les genoux. Au moment de la piqûre, il est possible de ressentir un picotement. Au bout de quelques heures, les petites taches rouges prennent la forme de lésions saillantes (papules) qui démangent. Elles s’accompagnent parfois d’un gonflement. Attention au risque, fréquent, de surinfection. Il est donc important de désinfecter localement les lésions. Après guérison, il est possible d’observer une pigmentation résiduelle. Pour traiter les symptômes, on peut recourir à des antihistaminiques. Si vous faites un pique-nique, pensez à mettre une couverture pour vous en protéger.

7. La puce de canard

Ce parasite aquatique, qui n’est en fait pas une puce, évolue dans nos lacs lorsque la température de l’eau atteint environ 22°C. Il vit à l’état adulte dans le canard. Il pond ses œufs dans ses intestins, ces derniers se retrouvant ensuite dans ses excréments. Ils éclosent et les larves qui en sortent colonisent les escargots aquatiques. Le parasite poursuit son développement dans l’escargot, puis le quitte à la recherche d’un nouveau canard à parasiter. «Mais c’est là que ça se gâte: parfois, le ver se trompe d’hôte et tente de pénétrer dans notre peau au lieu d’infecter un canard», explique Anne Freitag. Comme nous ne sommes pas l’hôte privilégié, ils meurent rapidement. La réaction cutanée immunologique fait suite à la libération d’histamine. Les lésions apparaissent généralement dans l’heure suivant la baignade, parfois le soir ou le lendemain. Les démangeaisons, parfois intenses, peuvent être apaisées grâce à des antihistaminiques. L’inconfort dure en moyenne quatre jours. Le meilleur moyen de les éviter est de renoncer à la baignade ou, si c’est possible, d’aller se baigner au large. On peut tenter de s’en débarrasser en se douchant en sortant de l’eau.

8. La tique

Ce parasite appartient au vaste groupe des acariens. On le trouve dans la végétation basse à la lisière des forêts, dans les sous-bois, les buissons et les herbes hautes des clairières en dessous de 1800 mètres d’altitude. «Contrairement à ce qu’on pense, les tiques ne tombent pas des arbres», précise Anne Freitag. Le mâle comme la femelle ont besoin de sang pour grandir et se développer. A l’aide de ses pièces buccales, la tique nous mord et creuse un petit trou dans notre peau pour atteindre les capillaires sanguins et y faire son repas. En elle-même, la tique est inoffensive, mais une espèce en particulier, nommée «Ixodes ricinus», véhicule des maladies aux conséquences pouvant être sérieuses: la méningo-encéphalite à tique et la borréliose de Lyme. Dans 90% des cas, l’encéphalite à tique se manifeste un peu comme une grippe (douleurs musculaires, maux de tête) ou peut passer inaperçue. Dans 10% des cas en revanche, elle se complique par des symptômes neurologiques potentiellement graves. Pour s’en protéger, il existe un vaccin qui est recommandé chez les enfants (dès 6 ans) et les adultes vivant dans les zones à risque.

Quant à la borréliose ou maladie de Lyme, elle est beaucoup plus répandue en Suisse que l’encéphalite à tique. Mais toutes les tiques ne sont pas porteuses de la bactérie «Borrelia», qui en est à l’origine (entre 5 et 50% selon les régions). Cette infection bactérienne se caractérise par une rougeur cutanée circulaire autour de la zone de la piqûre ou à d’autres endroits du corps. Cet anneau caractéristique apparaît quelques jours, voire quelques semaines après la piqûre. Qualifié de «migrant», il peut s’agrandir et se déformer. D’autres symptômes, notamment grippaux, peuvent apparaître plusieurs jours, mois, voire années après la piqûre. La maladie peut ainsi toucher d’autres organes et parties du corps. En cas de piqûre, il est très important de consulter son médecin et de surveiller l’évolution des symptômes. Il n’existe pas de vaccin, mais un traitement antibiotique peut être prescrit. 


Sur la défensive

Vous l’aurez sans doute remarqué, l’abeille et la guêpe sont attirées par le sucre. Le frelon et la guêpe se nourrissent également de viande, destinée à leurs larves. Pour les éviter, point de recette miracle si ce n’est de couvrir les boissons et les mets sucrés ou à base de viande qui les attirent. Pour ne pas se laisser surprendre par les guêpes qui nichent dans le sol, il est conseillé de ne pas marcher à pieds nus dans l’herbe. Les frelons, quant à eux, nichent en hauteur dans les vergers. Bien qu’ils fassent souvent très peur, ils sont en réalité peu agressifs. Bien sûr, comme ils sont plus gros, ils relâchent plus de venin. Quoi qu’il en soit, gardez votre calme si l’un de ces hyménoptères vous tourne autour: «Les femelles n’ont pas de raison de piquer si on ne les dérange pas. Par contre, si on les chasse avec de grands mouvements ou qu’on leur tape dessus, elles risquent de se défendre.»

On ne va pas se mentir, quiconque s’est déjà fait piquer par une guêpe, une abeille, etc. sait combien cela peut être douloureux. Si l’aiguillon est encore dans la peau, il faut le retirer précautionneusement, de préférence avec des brucelles. «Il y a une poche blanchâtre qu’il ne faut surtout pas presser, sans quoi le venin se répand», indique Anne Freitag. Rougeur et démangeaisons se font rapidement sentir et un œdème peut se former autour de la piqûre. Pour soulager l’inflammation, on peut appliquer du frais (pas de glace directement sur la peau) ou un gel antihistaminique. 


Une urgence vitale

Chez les personnes allergiques, se faire piquer est extrêmement dangereux et constitue une urgence vitale. C’est pourquoi il faut dans ce cas toujours avoir sur soi un stylo auto-injecteur d’adrénaline pour éviter un choc anaphylactique. On ne fait pas de réaction allergique à la première piqûre, mais il existe dès ce moment des signes avant-coureurs, comme un gonflement anormal qui dépasse celui d’une simple piqûre (de 5 à 10 cm autour du point central). «Si, lors de la deuxième ou troisième piqûre, les réactions cutanées sont plus fortes, il faut consulter un médecin et envisager une désensibilisation contre les venins de guêpe et d’abeille. C’est un moyen très efficace de s’en prémunir», recommande le Dr Gaide. 


Comment agir?

Si une tique est accrochée à votre peau, il faut la retirer rapidement à l’aide de brucelles ou d’ustensiles vendus en pharmacie à cet effet. Désinfectez la zone et surveillez. En cas de doute, prenez la piqûre en photo ou demandez conseil auprès de votre pharmacien ou de votre médecin.

Comment s’en protéger?

Pour se prémunir des morsures de tiques, il est vivement recommandé de porter des vêtements couvrants de la tête aux pieds ainsi que des chaussures fermées et de s’asperger de répulsif avant toute promenade dans une zone à risque. Le port de vêtements clairs permet de mieux les repérer. Au retour d’une escapade en forêt, il convient de s’inspecter soigneusement sur tout le corps (y compris dans les cheveux) et de prendre une douche.

Pour en savoir plus

L’application Tique développée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) fournit des cartes indiquant les régions à risque et des informations sur l’attitude à adopter en cas de piqûre. Elle propose également de remplir un journal pour suivre la piqûre et les symptômes cutanés ainsi qu’un questionnaire pour identifier d’éventuels symptômes de la borréliose. 

Par Elodie Lavigne publié le 6 août 2022 - 09:36