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Célibataires

Comment se rencontrer en 2021?

Poussés par les mesures sanitaires peu propices à la rencontre amoureuse, les célibataires ont migré sur le web. Alors que certains y voient l’«apocalypse du dating», pour reprendre les termes du magazine «Vanity Fair», une récente étude genevoise contredit ce cliché: les applications de rencontres ne ruinent pas l’amour. Au contraire, les couples «digitaux» forgent aussi de longues relations. Bienvenue dans la romance moderne.

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Illustration montée avec la peinture «Psyché et l’Amour» de François Gérard

La peinture originale peinte en 1798 qui a inspiré cette illustration est «Psyché et l’Amour» de François Gérard.

Amina Belkasmi

Il n’est pas étonnant que, face au désert de romance dans le monde «réel», le dating en ligne ait connu un boom sans précédent depuis le début de la pandémie. Un seul chiffre permet de comprendre l’ampleur du triomphe de ce mode de rencontre: lors du premier confinement, Tinder, l’application leader sur le marché, a cumulé en un jour 3 milliards de swipes, le balayage de profils sur smartphone. Un record planétaire! Le détail sur la tendance suisse n’est malheureusement pas disponible. Reste que ce chiffre colossal a de quoi accélérer le pouls des puristes de l’amour!

Car les flirts se jouent dorénavant dans l’univers numérique, et non plus via les groupes d’amis. Même si nombreux sont ceux qui associent encore ce Cupidon 4.0 à du consumérisme relationnel, n’attirant que des aventures sans lendemain. Sara*, une Lausannoise de 23 ans, va dans leur sens. Elle a joué le jeu des matches, ces mises en contact après que les deux parties ont liké la photo de l’autre. Son expérience? «Un échec cuisant. Que ce soient les gens que j’ai rencontrés ou le fait de créer mon compte. Cet acte était à la limite du supportable, car tu te mets en scène. Finalement, tu as l’impression de passer un entretien en continu! L’idée d’être réduite à une phrase dans le petit descriptif ne me correspond pas du tout», précise celle qui a très rapidement éteint son téléphone. Pression des small talks, manque de substance dans les échanges, pour Sara, timide de nature, le web est un repaire de «plans foireux». «Beaucoup de gens se connectent après une rupture et tu récupères toutes les carcasses», grince-t-elle. Pourtant, les belles histoires existent et elles se multiplient.

«Tinder, Grindr, Happn et Bumble riment aujourd’hui avec engagement, voire mariage.» C’est le constat d’une étude romande publiée à fin décembre qui chamboule tous les a priori. Se basant sur les données du panel des ménages suisses et de l’Office fédéral de la statistique en 2018, elle prouve que les duos qui font connaissance via internet ont «des intentions de cohabitation plus fortes que ceux formés dans un contexte non numérique». L’article est signé par Gina Potarca, collaboratrice scientifique à l’Institut de démographie et socioéconomie à l’Université de Genève. En observant la modification des rapports amoureux, elle cristallise l’un des points forts des rencontres numériques: le métissage socio-éducatif, notamment entre les femmes diplômées et les hommes moins diplômés. «Les rencontres via les proches sont uniformes. Sur les applications, les internautes se penchent d’abord sur des aspects visuels plutôt que sur le statut», argumente l’experte. Les tandems qui entament leur romance par écrans interposés seraient donc tout aussi satisfaits que ceux qui se sont charmés dans un autre contexte. «Sachant que ces modes de rencontre sont devenus encore plus populaires, il est rassurant d’écarter les préoccupations alarmantes concernant les effets à long terme de l’utilisation de ces outils», conclut la chercheuse.

interface tinder sur un iphone

On ne la présente plus. Tinder, c’est l’application leader sur le marché international. Elle se base sur les swipes: à droite pour dire que tu apprécies... et hop, tu matches!

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interface grindr sur un iphone

Pionnière dans l’univers des apps car conçue en 2009 pour les hommes homosexuels, bisexuels ou bicurieux, Grindr est aujourd’hui le rendez-vous digital de la communauté LGBTQIA+.

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Autre constat: les célibataires draguent aujourd’hui sur la Toile avec des intentions très claires, observe une deuxième étude qu’elle supervise. «Ils sont portés par un projet de vie, comme l’envie de fonder une famille. Et comme ils sont très pris par leurs activités, c’est une méthode de mise en contact rapide avec quelqu’un qui partage la même vision.» C’est par exemple le cas de Mia*, une Vaudoise de 35 ans, qui souhaite avoir des enfants. Après un vague à l’âme lors du premier confinement passé à «chasser» sur Tinder le futur père, elle supprime son profil. «Plus on cherche l’amour, plus il nous échappe», soupire-t-elle.

Finalement, la romantique se laisse bercer par un autre canal de rencontres numériques: Instagram. «Depuis quelque temps, les gens t’écrivent et osent te séduire.» En 2021, on peut affirmer qu’associer les prémices de l’amour à internet rentre dans les mœurs. «Avec la crise, la transition massive vers le digital a changé la donne sur l’image des rencontres en ligne. Il y a une plus grande légitimité à «dater» sur les applications», confirme Gina Potarca. Même si le principe semble acquis, est-ce si simple de trouver l’amour sur internet au cœur d’une pandémie? Fin novembre, un centre de sondage mandaté par France Info et Le Figaro a scanné des milliers de messages sur les réseaux sociaux. Le constat est sans appel: les 15-30 ans sont très préoccupés par l’avenir de leur vie amoureuse. Le Monde fait état d’«une jeunesse en mal de rencontres». L’année 2020 a été synonyme de parcours du combattant, masqué qui plus est. Yaëlle Amsellem-Mainguy, chercheuse à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire à Paris, craint des répercussions durables de cette «pauvreté dans les sociabilités amoureuses».

L’été dernier, le magazine anglais The Economist soulignait quant à lui les conséquences néfastes du télétravail – obligatoire pendant les confinements – sur la formation de nouveaux lovers. «Qui donc peut se vanter d’avoir rencontré son âme sœur par le biais d’une réunion Zoom?» lit-on avec ironie dans la chronique qui rappelle que, en 2017, 11% des couples avaient fait connaissance autour d’une machine à café en Grande-Bretagne.

interface swipi sur un iphone

Se présenter à travers des stories comme sur Instagram? C'est le credo décalé de Swipi. Encore inconnue du grand public, elle compte révolutionner les rencontres en jouant sur le storytelling en vidéo.

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interface voxlove sur un iphone

Voxlov permet de rencontrer sa ou son partenaire en commençant par sa voix. Le timbre, la tonalité, l’élocution seraient d’excellents facteurs pour entraîner des «crushes».

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Que les cœurs solitaires se rassurent: «Se faire la cour au temps du coronavirus reste tout à fait possible», clame Sandy Kaufmann, coach professionnelle en amour, lors de cycles de conférences autour du célibat. La Vaudoise expatriée à Zurich casse le mythe relatif à l’impossibilité de construire une relation pendant la crise. «Vous savez, cette période a malgré tout apporté de bonnes choses pour la formation de couples», commence-t-elle. Sans les distractions et le stress du quotidien, les célibataires seraient plus disposés à mieux connaître leur partenaire avant de passer à l’acte. «Le confinement a forcé les gens à se poser des questions plus profondes: de quoi ai-je envie dans ma vie? Avec qui est-ce que je souhaiterais la partager?» Lors de rendez-vous galants, l’environnement plus «simple» serait aussi bénéfique pour découvrir l’autre. «Quand il n’y a plus de grands restaurants pour en mettre plein la vue ou des concerts pour se séduire, on revient à l’essentiel: la personne en face de nous.»

Le seul bémol numérique pour la spécialiste reste la conversation en ligne avec un inconnu, car elle biaise la réalité. Son conseil? Oubliez les longs échanges sur WhatsApp et optez plutôt pour un «visio-date», suggère-t-elle. «En effet, 90% de la communication est non verbale. Il s’agit de la gestuelle, des expressions, alors je conseille aux célibataires d’organiser une rencontre visuelle dès que possible. Aussi pour éviter que le cerveau ne se projette dans une image totalement faussée.» Flairant la tendance, Tinder et les autres proposent d’ailleurs depuis quelques semaines des vidéos directement intégrées dans leur interface.

A 31 ans, Manon* a expérimenté son premier «visio-date» au beau milieu de la deuxième vague. «Je passe pourtant mes journées sur Google Meet pour mon travail, mais là, c’était très perturbant d’être dans un contexte de rendez-vous intime. Au final, ça nous a permis de se faire confiance, car je voulais respecter les mesures qui demandaient de limiter les contacts», affirme la Veveysanne. Quand elle quitte la conversation, un deuxième rencard a été fixé – cette fois en chair et en os – avec celui qui est devenu son copain. «On a dû être créatifs avec la fermeture des restaurants et des lieux de divertissement. On a opté pour une randonnée et une pizza à l’emporter en discutant jusqu’à la tombée de la nuit», se rappelle la trentenaire. Née par écrans interposés, leur love story prouve que la romance moderne n’est pas un mythe. Elle se cache par contre derrière quelques pixels et beaucoup de clics, et parfois quelques claques... comme dans la vraie vie, en somme.


Cupidon

Cupidon, entremetteur avant Tinder. Dans la Rome antique, celui qui faisait le jeu des «matches» n’était autre que Cupidon. Fils de Vénus et de Mars, cet ange est le Dieu de l’amour. Selon la mythologie, il suffit d’être touché par l’une de ses flèches pour tomber amoureux de la première personne que l’on croise.

Wikipedia

Les dangers des rencontres en ligne

En 2018, un couple sur cinq s’était formé sur internet en Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique. Un chiffre qui va certainement doubler avec es confinements à répétition. Alors que certaines rencontres digitales se terminent en happy end, d’autres sont pavées de pièges. Attention aux effets négatifs de la cyberdrague.

  1. Sextorsion
    La sextorsion (contraction de «sexe» et d’«extorsion») touche toutes les générations, mais plus particulièrement les ados. Il s’agit d’une méthode de chantage exercé sur une personne à partir de photos ou de vidéos la montrant nue ou en train d’accomplir des actes sexuels. Le mode opératoire? La cible est contactée sur les plateformes par un ou une séduisant-e inconnu-e qui la convainc de s’exposer sur le chat. En 2020, il y a eu une campagne nationale de prévention autour de ce type de cyberescroquerie.
     
  2. Usurpation d’identité
    En vous basant sur les photos des profils, vous pensez flirter avec une star de la télévision ou un mannequin russe? Ne vous fiez pas aux apparences! Evidemment, cela peut être le cas, mais il est probable que vous soyez dupé par un troll. Quant aux personnes qui constateraient que leur identité a été dérobée à leur insu pour finir sur des sites de rencontres, retirer son faux profil n’est pas chose aisée. Le présentateur de l’émission Infrarouge sur la RTS, Alexis Favre, partageait le 19 janvier sa mauvaise expérience sur Twitter: «@Tinder: Vous avez été avertis il y a une semaine que quelqu’un usurpait mon identité sur votre plateforme, photo volée dans un magazine à l’appui. Que faut-il faire pour que vous agissiez? Attendre que ce quelqu’un abuse de quelqu’un d’autre ou vous attaquer en justice?» écrivait-il.
     
  3. Risque d’addiction
    «Swiper, swiper, swiper», cette action de balayer les photos sur son smartphone pour trouver de nouveaux plans drague peut devenir une obsession. Les témoignages d’internautes accros aux sites de rencontres décrivent une satisfaction insatiable dans l’accumulation des matches. Dépendants, certains présentent aussi des signes de FOMO, pour fear of missing out, soit la peur de rater quelque chose. En quête de mieux, ils se noient plusieurs heures par jour dans les profondeurs du web… avec, pour conséquence, de manquer leur prochaine love story.
     
  4. Siphonnage des données
    En 2020, une longue étude réalisée par une association norvégienne et soutenue par la Fondation romande des consommateurs montre comment Tinder, Grindr et compagnie, en toute illégalité, partagent les données récoltées sur leurs interfaces avec des partenaires commerciaux. Les auteurs de l’enquête révèlent que les informations liées aux profils des célibataires en quête de rencontres sont exploitées pour générer de la publicité ciblée. Pour contrer ce siphonnage sous-marin, la première étape est de modifier les paramètres, directement sur les applications en question, pour limiter le suivi publicitaire sur son smartphone.
Par Jade Albasini publié le 11 février 2021 - 14:21