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© Contour RA

Le couac de la papesse du rangement Marie Kondo

Publié vendredi 6 décembre 2019 à 15:13
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Publié vendredi 6 décembre 2019 à 15:13 
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Si Marie Kondo nous a bien appris une chose, c’est de ne garder que ce qui nous apporte «l’étincelle de joie». Le reste? A la poubelle. Mais voilà, fin novembre, la Japonaise de 35 ans a agrandi son empire de l’ordre et du bien-être en lançant son e-shop, rempli d’objets chers… et inutiles. Couac.
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Avez-vous déjà ressenti le «Tokimeku» en prenant un objet qui vous appartient contre vous? Si vous n’avez pas compris la phrase que vous venez de lire, pas de doute, vous êtes passé à côté du phénomène Marie Kondo. Mais accrochez-vous, car vous pourriez bien devenir, si vous arrivez à la fin de cet article, un as du rangement, un nouvel adepte de la Beyoncé de l’organisation et rendre vos proches chèvres.

Marie Kondo est sûrement devenue l’organisatrice de placards à chaussettes la plus riche de l’histoire. Sa méthode, le KonMari, repose sur le «Chtiing!» (une traduction proposée par l’auteure de cet article pour «Tokimeku» qui, en français correct, veut plutôt dire «étincelle de joie»). Vous n’avez toujours pas compris? Alors voilà. La méthode minimaliste KonMari veut que vous ne gardiez chez vous que ce qui vous apporte l’étincelle de joie (ou le «Chtiing!»). Pour ce faire, balancez tout ce qui vous appartient sur votre lit et serrez contre votre cœur chaque habit et chaque objet l’un après l’autre. Si vous ressentez le «Chtiing!», alors gardez-le, pliez-le (si c’est possible, évidemment) en petit rectangle et déposez-le à la verticale dans votre tiroir. Si aucun «Chtiing!» ne résonne en vous, remerciez-le pour tout ce qu’il vous a apporté et déposez-le délicatement à la poubelle. Délicatement, j’ai dit!

Mais bon. Si vous ne ressentez pas l’étincelle de joie lorsque vous serrez votre pile d’assiettes contre votre cœur, gardez-les quand même. Au-delà du fait qu’elles pourraient vous être utiles, Marie Kondo propose aussi de repenser notre relation aux objets. «Appréciez la manière dont ils contribuent à votre vie», répondait Marie Kondo à un fan qui lui demandait comment faire puisqu’il ne ressentait pas de «Chtiing!» avec son manteau d’hiver, qu’il ne pouvait cependant pas jeter car il vivait dans un climat très froid.

Mais qui est Marie Kondo, papesse de l’organisation, auteure du best-seller «La magie du rangement», traduit en 35 langues, vendu à plus de 8 millions d’exemplaires, et star de sa propre série Netflix? En fait, nous n’en savons strictement rien. L’image est maîtrisée jusqu’au micro-mouchoir, l’histoire écrite par elle-même.

DR
La famille vivrait pour le moment à Los Angeles, où Marie Kondo a tourné la première saison de sa série produite par Netflix.

A en croire son livre, la petite Marie naît à Tokyo le 4 octobre 1984, enfant du milieu d’une fratrie de trois. A 5 ans, la petite s’ennuie. Sa maman passe son temps à s’occuper de la dernière, encore bébé, et son grand frère passe le sien devant la télévision et les jeux vidéo. Alors, Marie Kondo décide de piquer le magazine pour ménagères que reçoit sa mère. «Je le récupérais dans la boîte aux lettres avant même que ma mère se soit rendu compte de sa livraison, j’ouvrais l’enveloppe à toute vitesse et me plongeais dans la lecture», écrit-elle en 2011. Et comme elle joue seule, Marie Kondo s’inspire de ses lectures et range la chambre de son frère et celle de sa sœur, fait le tour de la maison pour débrancher les appareils électriques qui ne servent pas et installe des bouteilles en plastique dans le réservoir de la chasse d’eau.

Et à l’école? Rebelote. «Alors que les autres élèves jouaient à se poursuivre ou à sauter à la corde, je m’éclipsais toujours afin de ranger les étagères de livres dans notre salle de classe ou de vérifier le contenu du placard à balais. Et je ne manquais pas de maugréer contre les méthodes de rangement des employés.»

DR
Marie Kondo et et son mari Takumi Kawahara.

En 2012, Marie Kondo épouse Takumi Kawahara, qui quitte son travail à Osaka pour devenir le manager de sa femme. Son nom figure d’ailleurs dans le générique de fin de chaque épisode de «L’art du rangement avec Marie Kondo», puisqu’il est aussi producteur de la série proposée par Netflix. Ensemble, ils ont deux filles: Satsuki, 4 ans, et Miko, 3 ans aujourd’hui, dont les photos choisies avec soin inondent le fil Instagram des deux parents.

Mais où vit Marie Kondo? D’où vient-elle? Sa vie reste un mystère et son profil se dessine comme celui d’un parfait produit marketing. Il n’empêche. Le Time Magazine en a fait l’une des 100 personnalités les plus influentes de 2015. Bien joué.

Dans sa série Netflix, Marie Kondo débarque chez les Américains. Famille après famille, elle les aide à réorganiser leur intérieur pour en faire un havre de paix et a, malgré elle, le mérite de mettre en lumière la charge mentale qui repose sur les femmes. Dans le premier épisode, nous rencontrons Rachel et Kevin, parents de deux enfants au bord de la démission. Le plus gros problème? La lessive. Kevin n’est pas content. Sa femme, qui assume l’entièreté des tâches ménagère de la maison, s’occupe des enfants et travaille à temps partiel, a engagé une aide pour la lessive. Sacrilège. Heureusement, tout rentre dans l’ordre après le passage de Marie Kondo. Rachel licencie la femme de ménage au plus grand bonheur de Kevin et le couple nage de nouveau dans un bonheur tout bien rangé et plié en petits rectangles.

Dans un autre épisode, la méthode KonMari se frotte à un trop grand amateur de livres. «Trente livres est le nombre idéal», sermonne la Japonaise. Branle-bas de combat chez les bibliophiles outre-Atlantique. L’association des libraires américains se fend d’un tweet hilarant: «50% d’entre nous ne comprennent pas qu’un livre ne fasse pas «Chtiing!», 40% ont déjà suivi à la lettre les instructions de Marie Kondo et les derniers 10% se préparent à une arrivée massive d’encyclopédies.» Parce que c’est cela, aussi, le problème de la méthode KonMari. Aux Etats-Unis, chaque diffusion de l’émission coïncidait avec des pics de dons de vêtements, souvent premières «victimes» de la purge. Résultat, peu d’habits trouvent une seconde vie, la majorité d’entre eux se retrouvent jetés dans un réseau mondial de vêtements usagés, sont brûlés ou attérissent dans une décharge déjà débordante.

Et puis voilà, à la fin du mois de novembre, Marie Kondo a fait un faux pas et son aura en a pris un coup. Celle qui nous avait promis de bannir à jamais le désordre a ouvert son e-shop, que l’on pourrait renommer le top 10 des choses chères et inutiles à avoir chez soi griffées MK.

Déception, la prêtresse du rangement est finalement une capitaliste comme les autres. Vous avez suivi ses conseils et votre maison est vide? Pas de panique, vous pouvez dès maintenant la re-remplir avec, au choix, une assiette en bois à 220 francs, un couteau à fromage à 180 francs, une housse en lin pour boîte à mouchoirs à 21 francs ou un diapason à chakra à 50 francs qui, à défaut de vous donner le vrai «Chtiing!», aura au moins le mérite de vous le faire entendre. Alors, heureux?


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