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© DARRIN VANSELOW

Daniel Rossellat: «On a vécu un choc, mais on veut rester positifs»

Publié jeudi 30 avril 2020 à 09:01
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Publié jeudi 30 avril 2020 à 09:01 
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Pour la première fois de son histoire, le Paléo Festival est annulé. La faute au coronavirus. Des temps difficiles pour Daniel Rossellat, comme pour tous ses collègues patrons d’événements culturels. Heureusement, la naissance de son petit-fils est venue apporter une note de gaieté.
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Un seul virus vous traque et tout est dépeuplé! Lamartine ne nous en voudra pas de parodier sa célèbre phrase à la vue de cette immense plaine de l'Asse qui n'accueillera pas, comme à son habitude, le Paléo Festival du 19 au 25 juillet 2020. «Jamais je n'aurais imaginé cela», soupire son boss. Daniel Rossellat parcourt le lieu désert sur son vélo électrique, ce lieu où chaque été une ville éphémère surgit de terre.

En 2020, c'était quelque 260 000 spectateurs qui devaient se retrouver ici, 5000 bénévoles, 9000 campeurs, plus de 220 stands et 60 bars pour cette fête de la musique, des nuits blanches et de l'amitié qui n'a pas manqué un seul rendez-vous en quarante-quatre ans d'existence. Il hoche la tête, droit dans ses bottes et sa célèbre chemise à carreaux qui va bien finir par rejoindre au siècle prochain un musée nyonnais.

Rossellat, c'est bien connu, il en a même fait un trait de sa légende personnelle, n'est pas du genre à ruminer sur les obstacles mais plutôt à trouver la façon la plus maligne pour les franchir. «Transformer un échec en opportunité, c'est mon job, je devrais savoir le faire», assure-t-il. Un petit côté Don Quichotte, certes, il en fallait au début de cette folle aventure, mais avec une belle armée de Sancho Panza à ses côtés: toute l'équipe du festival mobilisée pour limiter les dégâts au maximum.

Ces jours-ci, il jongle avec un certain fatalisme, mais surtout avec les tableaux Excel. Ici, de belles alignées de colonnes répertoriant les 22 agriculteurs et propriétaires concernés par la location des 84 hectares de terrain. Là, un autre tableau répartissant les tâches de chacun des 65 collaborateurs. Presque tous sont en télétravail et 85% sont ou seront au chômage partiel.

DARRIN VANSELOW 2020
Annuler un festival budgété à 30 millions, c’est autant de travail que d’en organiser un. Ces jours-ci, Daniel Rossellat est souvent plongé dans ses tableaux Excel.

«J’ai commencé à m'inquiéter le 28 février. La nuit du 20 mars, j'ai très mal dormi, je n'arrivais pas à envisager l'avenir, je me suis levé et j'ai écrit quatre pages de suite où j'imaginais tous les scénarios imaginables avec une analyse des risques pour chacun. Cela allait d'un report en septembre du festival à une manifestation plus modeste. Rien ne marchait. Finalement, c'est le scénario C, soit le report de cette 45e édition d’une année, qui était la moins pire des solutions.»

Ce matin, dans la grande maison rouge, ils ne sont plus que cinq ou six à œuvrer autour de lui. Philippe Vallat, l’ancien secrétaire général, est venu prêter main-forte et, surtout, son expertise comptable. L'objectif, c'est de réduire au maximum la perte de 6 millions annoncée. Certes, la survie du festival n'est pas menacée, «on a été prévoyants, on a géré depuis des années le festival avec un bon sens paysan, sans céder à l'euphorie, mais il va falloir faire un maximum d'économies». Organiser Paléo, c'est un immense boulot. Le défaire en demande tout autant. «On a vécu un choc, avec beaucoup d'émotions douloureuses, mais on veut rester positifs!»

Tous les billets achetés restent valables et les tractations avec les artistes ont commencé pour pouvoir proposer la même affiche l'an prochain. A commencer par Céline Dion, seule artiste dévoilée. La star québécoise a fait parvenir un long message à ses fans qui se réjouissaient de l'applaudir cet été. Elle y évoque sa compassion pour tous ceux qui ont perdu un être cher, incitant tout le monde à garder le moral. «Finalement, nous allons passer à travers cela, espérons, tôt ou tard. En attendant, j’ai tellement d’admiration pour les professionnels de la santé, les premiers intervenants et toutes les personnes courageuses qui font tout leur possible pour prendre soin de nous et nous assurer en ces temps les plus difficiles. J’attends avec impatience l’époque où nous pourrons à nouveau partager les joies de chanter et de danser ensemble. Pour l’instant, la santé et la sécurité sont la priorité absolue pour tout le monde, mais j’ai hâte de remonter sur scène et d’être avec vous tous à nouveau.»

DARRIN VANSELOW 2020
Au QG de Paléo, la fameuse maison rouge, le contact avec les collaborateurs en télétravail se fait par téléphone ou visioconférence.

Merci Céline. Au moment où s'écrivent ces lignes, le Conseil fédéral n'a toujours pas interdit formellement les festivals. Au contraire de ses voisins français. Bien sûr, Rossellat et ses collègues du Montreux Jazz Festival ou de Sion sous les étoiles auraient souhaité une position plus courageuse. «Cela nous aurait facilité la tâche. J'avais d'ailleurs envoyé à Alain Berset toutes les informations concernant notre situation.» Mais cet attentisme très suisse n'entame pas sa sérénité. «Heureusement, nous avions demandé un avis de droit. Il stipule qu'il n'est pas nécessaire d'avoir une interdiction officielle pour faire valoir un cas de force majeure. Et, du coup, tous les contrats s'annulent de plein droit.»

Il faut le savoir, aucune assurance privée ne prend en charge une annulation pour cause de pandémie et le Paléo Festival dépend financièrement entre 75 et 80% de la billetterie, des recettes des stands et du sponsoring. Pour la première fois de son existence, il va demander une aide financière via le fonds d’urgence et d’indemnisation de 39 millions de francs destiné au secteur culturel vaudois. «On sait qu'on va avoir un problème de liquidités», assure le Nyonnais.

Pour l’heure, il file dans son bureau de syndic de Nyon où, là aussi, il faut gérer la crise sanitaire. Lui-même se demande d’ailleurs s’il ne l’a pas attrapé, ce fichu Covid-19. «J’ai eu trois jours de toux avec courbatures mais sans fièvre. Je suis peut-être immunisé.»

Heureusement, comme le chante Leonard Cohen, il y a toujours un brin de lumière qui filtre à travers la faille. Celui-là s'appelle Mehdi, son petit-fils né à Londres avec un mois d'avance, le 5 avril. Sa barbe s'éclaire d'un sourire. «Ma fille est allée à l'hôpital pour une gastroentérite, en fait, c'était lui!» Pour l'instant, le petit garçon (2 kg 40 à sa naissance) n'est évidemment visible que par WhatsApp. «Dès que Swiss volera à nouveau, on pourra le serrer dans nos bras!»


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