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© david birri

Daniel Yule, le surdoué du val Ferret

Publié jeudi 30 janvier 2020 à 08:44
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Publié jeudi 30 janvier 2020 à 08:44 
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Il est le slalomeur que la Suisse n’avait jamais eu en 54 Coupes du monde. Après sa quatrième victoire, dimanche à Kitzbühel, Daniel Yule fait vibrer ses proches et son fan-club du val Ferret, mais aussi tout le pays. Portrait d’un champion très écologiste avec l’aide de sa maman.
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Un jeune homme aussi sympa que beau gosse, aussi intelligent que rapide entre les piquets... Daniel Yule fait l’unanimité, même quand il ne gagne pas, comme c’était le cas à Wengen (BE) il y a dix jours. Au terme d’une belle seconde manche, il confirmait en tout cas sa réputation d’homme généreux et attentionné: il fut pratiquement le seul skieur à saluer généreusement non seulement la tribune principale et les espaces VIP, mais aussi la plus prolétarienne fan-zone.

Tout le monde, à commencer par lui-même, s’accorde à dire que cette saison de folie ne lui fait pas gonfler la tête. Il faut dire que la famille Yule n’est pas du genre à se la péter. Peut-être est-ce l’alliage des origines anglaises et écossaises des parents et de la discrétion pratiquée dans leur pays d’adoption. Peut-être est-ce aussi la belle nature préservée du val Ferret où les trois enfants Yule ont grandi, une nature qui a induit très tôt chez le futur champion une fibre écologiste qui se manifeste parfois publiquement, notamment quand il reverse une part de ses gains à une organisation de protection du climat ou quand il revendique une admiration certaine pour Greta Thunberg: «Son charisme, à 17 ans seulement, m’impressionne beaucoup.»

>> Voir le portrait vidéo de Daniel Yule réalisé en 2018:

Pourtant, gagner trois des quatre derniers slaloms de Coupe du monde, cela transforme, qu’on le veuille ou non, une relative notoriété en une très, voire trop exigeante célébrité. Même quand on ne finit «que» cinquième - comme ce fut le cas à Wengen, après deux triomphes consécutifs à Madonna di Campiglio (I) et à Adelboden (BE) - ou 3e, comme à Schladming (A) mardi, Daniel Yule a pu vérifier qu’il avait échangé un statut de challenger contre celui de vedette. Et sa quatrième victoire, dimanche dernier à Kitzbühel (A), va faire grimper ses statistiques de demandes d’autographes et de selfies.

david birri
«Parmi les sportifs qui m’inspirent le plus, je citerais David Beckham», dit le skieur valaisan.

D’ailleurs, à Wengen, à l’heure de redescendre en train à Lauterbrunnen et d’en profiter, comme c’est paraît-il le cas à chaque course, pour aller saluer sa mère et remercier les amis du fan-club, ce superchampion avait beau s’être prudemment emmitouflé dans des survêtements noirs à grosse capuche, des dizaines de fans l’avaient très vite reconnu et entouré pour lui demander de signer leur dossard et se faire tirer le portrait à ses côtés. «Oui, maintenant, notre Daniel, il ne peut plus mettre un pied dehors sans qu’on lui tombe littéralement dessus. Mais bon, mieux vaut ça que le contraire», soupirait avec un mélange d’admiration et de dépit une des supportrices les plus ferventes d’un fan-club qui compte désormais plus de 400 membres.

Après quelques bises et quelques mots gentils pour chacun de ses admirateurs portant bien sûr le même bonnet vert-jaune fluo que lui, le prodige de Branche-d’En-Haut, le hameau à 2 km en aval de La Fouly (VS) où vit la famille Yule, doit déjà rejoindre le Swiss Team et le train des concurrents, tandis que les supporters devront attendre patiemment leur tour. Une attente que le fan-club met à profit pour refaire le scénario de cette belle et pourtant désormais presque décevante cinquième place. «C’est fou ce qu’on est devenu exigeant en trois courses. On ne va quand même pas attendre qu’il gagne à Kitzbühel la semaine prochaine, ou quoi?» s’exclame un des bonnets vert-jaune. C’est pourtant bel et bien l’exploit historique que signera cet étudiant en économie, fidèle lecteur du magazine The Economist.

Mais une semaine avant ce quatrième succès en Coupe du monde, il fallait encore se consoler en se remémorant l’apothéose une semaine auparavant à Adelboden: «C’est quand même autre chose que Wengen, où c’est surtout la descente du samedi qui compte. Adelboden, c’est la Mecque des slaloms, une ambiance de folie. Quand Daniel a gagné, c’était le dé-lire! La tribune tremblait», se rappelle une jeune fan, les yeux brillants. «Mais à La Fouly, c’était tout aussi fou, paraît-il», ajoute Anita Yule.

DR
La famille Yule au complet: Daniel, le père Andrew, Vanessa, Alastair et la maman Anita. Les parents, enseignants, se sont connus en Valais il y a une quarantaine d’années et s’y sont installés. Vanessa suit actuellement les cours de la Haute Ecole…

Pour cette mère comblée mais qui ne tire aucune vanité de cette période de grâce, une des principales raisons de l’éclosion de son fils cette année, c’est le formidable esprit d’équipe qui règne au sein du Swiss Team: «Daniel forme une vraie bande de potes depuis des années avec ses collègues Aerni, Meillard, Nef, Rochat et les autres. Ce sont des amis avant d’être des coéquipiers. Et avec les entraîneurs aussi les rapports sont plus humains que jamais. Je n’entends jamais Daniel se plaindre de devoir rejoindre l’équipe après ses rares jours de repos à la maison», témoigne cette Ecossaise qui a pratiquement perdu toute intonation britannique.

imago images/Sammy Minkoff
Daniel Yule a décroché le graal du slalom dimanche dernier à Kitzbühel, le fameux trophée en forme de chamois. Un seul Suisse y était parvenu: c’était en 1968.

Une question centrale reste sans réponse: mais pourquoi Daniel Yule porte-t-il un protège-dents bleu pétant? On ne voit que cette ligne azur lui barrant le bas du visage quand il reprend son souffle dans l’aire d’arrivée. «Daniel est méticuleux. Il prépare son équipement avec soin. Le seul élément qu’il égarait de temps en temps, c’était son protège-dents en matière transparente. Un jour, on lui en a fourni un bleu, bien plus pratique à repérer. Il est donc resté fidèle à cette couleur. D’ailleurs, quand il arrive au bas du parcours, il s’empresse de le ranger sous sa combinaison pour ne pas le perdre.»

Personne ne peut dire combien de temps cette période de grâce durera. «Mais j’espère que cela va durer encore un moment, car ce qui me touche le plus, hormis bien sûr le plaisir et la fierté que mon fils peut légitimement ressentir, c’est de voir à quel point ces succès permettent de tisser des liens d’amitié entre les habitants du val Ferret et d’ailleurs, explique Anita Yule. Nous avions tendance à nous réfugier dans nos chalets respectifs. Maintenant, il y a une jolie dynamique, les gens apprennent à mieux se connaître. Alors oui, profitons-en!»


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