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© Steve Granitz

«Désencrer» les tatouages 

Publié jeudi 19 mars 2020 à 16:34
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Publié jeudi 19 mars 2020 à 16:34 
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Fini la petite étoile dessinée pour toujours sur votre épaule ou le «je t’aime maman» gravé ad vitam æternam dans le bas du dos. Aujourd’hui, les tatouages ne sont plus éternels et la demande pour les faire disparaître ne cesse de croître.
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Ce sont les jeunes femmes d’environ 25 ans et les hommes de 35 ans qui sont les plus motivés pour éradiquer définitivement les dessins sur leur peau. En Suisse, on notait une hausse de la demande qui oscillait entre 150% et 200% en 2019. Et maintenant, certains tatoueurs comme Crazy Ink Tattoo à Genève se munissent aussi de lasers pour ôter leurs œuvres sur la peau de leur clientèle. Alors bien sûr, il y a des explications à cette recrudescence de demandes. Tout d’abord le fait que les progrès techniques permettent des choses que l’on a longtemps crues irréalisables. Mais ce n’est pas tout.

Une envie de peau vierge

Aux Etats-Unis, et plus précisément sur la côte Ouest, on nage en pleine mode de la clean beauty. On n’utilise que des produits naturels et bios, le corps est un temple que l’on ne doit pas souiller avec des graffitis ou des dessins car cela perturbe les chakras… D’ailleurs, la très suivie influenceuse et «sœur de» Khloé Kardashian s’est fait retirer son «Daddy» gravé au bas des reins il y a deux ans et a posté les diverses étapes de son détatouage.

Vous me direz que cette tendance va un peu à l’encontre des injections de botox et d’acide hyaluronique; on entre là dans une équation pas tout à fait logique mais au résultat certain: avoir l’air naturellement belle, peu importe le chemin emprunté. Certains sites d’offres d’emploi à Los Angeles précisent dans leurs annonces que si tatouage il y a, il ne doit pas être visible… Donc, quoi qu’il en soit, les chiffres sont là. On estime que 60% de la population mondiale est tatouée. Pour des raisons culturelles, religieuses, esthétiques ou par défi des conventions, des croyances ou de l’autorité parentale. Si ce sont les jeunes filles de moins de 25 ans qui sont les premières demandeuses d’un retrait de tatouage, c’est que souvent elles l’ont fait très jeunes, à l’insu des parents ou dans l’élan du moment, sans trop réfléchir à la permanence de la chose. Et maintenant que la mode a tendance à se tourner vers les peaux nues et que de nouvelles gommes high-tech arrivent sur le marché, le pas est plus facile à franchir, d’où, aussi, la demande croissante.

Les différentes méthodes

Il y a encore cinq ans, on utilisait très fréquemment en Europe de l’acide lactique pour effacer les tatouages. Mais ce produit laisse des traces car, certes, il dissout le dessin, mais surtout il brûle la peau autour. Du coup, beaucoup de personnes se tournent vers le laser pour effacer ces brûlures.

Il existe plusieurs sortes de laser. Le plus proposé il y a encore deux ans était le Q-switched nanoseconde. Il détruit le pigment à l’intérieur de la peau en le fragmentant en tout petit et tout fin. Ensuite, les cellules macrophages balaient ces pigments hors de la peau tels des micro-grains de sable. Chaque séance est espacée de dix à huit semaines pour laisser le temps à l’organisme de faire le nettoyage. Selon la taille du tatouage, il faut prévoir entre 10 et 20 séances, voire plus si la surface est énorme, un dos par exemple.

Mais un petit nouveau est arrivé sur le marché il y a environ deux ans: le laser Q-switched picoseconde. «Pico» étant plus petit que «nano», vous pouvez en déduire – et vous aurez raison – que, logiquement les pigments sont réduits en une poudre plus fine, et que les cellules éliminent plus vite ces particules. On peut donc enquiller les séances les unes derrière les autres plus rapidement sans pour autant précipiter les choses. En effet, elles sont espacées généralement entre quatre et six semaines. Pour autant, le prix des séances ne diminue pas, que cela soit au moyen du laser nano ou du pico. Il faut compter entre 150 (pour les petits) et 500 francs la séance (pour les plus larges) et au minimum 10 séances, mais plus généralement entre 15 et 20 si vous avez plusieurs couleurs, et cela indépendamment de la taille. Et chaque séance dure entre dix et quarante minutes. Ce qui fait que la disparition de votre œuvre vous reviendra, selon sa taille et donc du temps qu’il faudra pour l’effacer, au minimum 10 fois et au maximum 40 fois plus cher que le tatouage lui-même.

Dernière méthode recommandée par certains dermatologues, c’est la mini-excision sous anesthésie locale. Mais on ne peut y recourir que si le tatouage est tout petit, du style deux initiales, un mini-cœur, etc. Il faut aussi que le dessin soit placé dans une zone charnue et souple (comme la fesse) pour éviter que la cicatrice soit trop visible. Donc on oublie les chevilles, les poignets ou les décolletés, à moins que l’on aime les balafres, car il faut savoir que la cicatrice est deux fois plus grande que le tatouage. On compte entre 200 et 400 francs pour l’intervention selon la profondeur du dessin et on enlève les points dix jours après l’incision.

Les résultats

Le rouge et le blanc répondent très mal aux lasers, même si l’on utilise les machines les plus récentes. Il faut aussi savoir que, quel que soit le tatouage, le résultat n’est pas garanti, et la peau ne sera plus jamais comme avant. Certaines marques demeurent comme en négatif ou plutôt comme une ombre. Autre élément significatif, la douleur. Oui, elle est présente lorsqu’on se fait tatouer mais elle double ou triple d’intensité, selon votre sensibilité, lorsqu’on ôte le tatouage. On peut bien sûr mettre de la crème Emla au préalable, mais le gras peut modifier la cible du laser; cela peut donc être contre-productif.


Bon à savoir

Le coût: il faut compter entre 10 et 40 fois plus cher que le tatouage.

La durée: c’est selon la taille du dessin, mais c’est entre 10 et 40 minutes la séance.

Les séances: selon le laser, sont à espacer entre un et deux mois.

La douleur: elle est omniprésente. La douleur du laser dépasse largement celle de l’aiguille. Certains comparent cela à de l’huile brûlante sur la peau.


Les conseils de l’experte

«Ne faites pas enlever vos tatouages avec de l’acide lactique, cette méthode est révolue», avertit la spécialiste en médecine interne (FMH), en médecine esthétique SSME et en micronutrition SSM Sandrine Grept-Locher.

● Avant tout, le détatouage reste un geste médical qui doit être pratiqué par un médecin et non une esthéticienne ou une assistante médicale comme c’est parfois le cas.

● Ensuite, au vu du résultat qui n’est jamais parfait, et les risques de brûlures, qui existent réellement, quelle que soit la méthode utilisée, je serai plutôt en faveur du coverage. C’est-à-dire que l’on fait un autre tatouage sur celui que l’on veut faire disparaître.

● Mais si l’on veut à tout prix se débarrasser des dessins, il ne faut pas hésiter, pour bien récupérer entre chaque session, à faire du plasma riche en plaquettes. Le PRP permet de récupérer une belle peau. On l’utilise dans les hôpitaux pour soigner les grands brûlés et, franchement, on obtient de beaux résultats.

● Enfin, dernier petit conseil, ne pas faire ôter vos tatouages avec de l’acide lactique, cette méthode est révolue et les brûlures de la peau sont quasi garanties.


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