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Au café du coin

Discussion avec Guy Parmelin: le cas Pierin Vincenz et la morale des banquiers

Au Café du Coin d’Olten, les écrivains Alex Capus et Pedro Lenz débattent des sujets chauds de la semaine avec le conseiller fédéral Guy Parmelin et avec Sonja Dinner, fondatrice de la DEAR Foundation-Solidarité Suisse.

Au Café du Coin

De g. à dr.: Alex Capus, Daniel Hammer, Sonja Dinner, le conseiller fédéral Guy Parmelin, Heidi Wehrli, Pedro Lenz et Werner De Schepper.

Kurt Reichenbach

Pour le Café du Coin de «L’illustré» de la région Argovie-Soleure, d’éminents acteurs et des représentants de la population se retrouvent à Olten. Il y a là le conseiller fédéral Guy Parmelin, 62 ans, Sonja Dinner, 59 ans, présidente de la DEAR Foundation-Solidarité Suisse, les écrivains Alex Capus, 60 ans, et Pedro Lenz, 56 ans, et pour représenter le lectorat la formatrice d’adultes Heidi Wehrli, 62 ans, de Wangen (SO), et l’architecte d’Olten Daniel Hammer, 55 ans. Rédacteur en chef de la «Schweizer Illustrierte», Werner De Schepper avait inauguré il y a onze ans le restaurant Flügelrad avec ses deux amis écrivains. Il se demande pourquoi, aujourd’hui, le vigneron Parmelin n’utilise son verre de vin blanc que pour trinquer.

- Guy Parmelin: (Il rit.) Après les fêtes de fin d’année, je renonce à l’alcool pendant un mois. Parfois je ne reprends qu’après le WEF, au mois de février, qui ne compte que 28 jours… Quand je me passe d’un bon verre de vin avec le repas pendant tout ce temps, je perds 1 kilo par semaine sans renoncer à quoi que ce soit d’autre.

- Sonja Dinner: Au printemps, je jeûne souvent. Ça n’a rien de spirituel ni de religieux. Mais l’effet sur le corps est intéressant. On a plus d’énergie que jamais. C’est souvent dans de telles phases que j’ai lancé un nouveau projet ou fondé une entreprise.

- Venons-en à l’actualité. De grands banquiers comme António Horta-Osório et Pierin Vincenz font la une des journaux. Leur comportement déconnecté des réalités énerve.

- Sonja Dinner: Cela me dérange. Et pour Vincenz et pour Credit Suisse. Je ne veux pas savoir où ces messieurs passent leurs nuits, mais ils ne peuvent pas le faire aux frais de leurs employeurs et des actionnaires. C’est une affaire de responsabilité et de distinction entre obligations professionnelles et plaisirs personnels. Dans ce contexte, il s’agit donc aussi d’impliquer le conseil d’administration.

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Dolores Linggi, du restaurant Flügelrad, contrôle le passe covid du conseiller fédéral.

Kurt Reichenbach

- Mais Pierin Vincenz n’a pas encore été jugé…

- Sonja Dinner: Pour moi, ce n’est pas une simple argutie juridique mais une question morale. Trop de ces grands managers vivent dans un monde parallèle.

- Alex Capus: C’est une question de morale personnelle. Je fais gérer mes affaires financières par la banque SoBa et je connais personnellement mon conseiller. Je ne veux pas savoir ce qu’il fait la nuit. Mais je n’aimerais pas qu’il passe son temps dans les quartiers chauds après le travail. J’y vois un univers dénué de valeurs morales et de contrôle social.

- Pedro Lenz: Il faut considérer le cas Vincenz dans un cadre plus étendu. En 2008, la Confédération sauvait UBS et l’on disait: c’est ça la caste financière avec ses jongleurs financiers dénués de morale. Alors est arrivé le gentil Grison Pierin Vincenz et son bon sens terrien. Il a répondu au besoin exprimé d’avoir un banquier convenable et il a été encensé par les médias. Vue ainsi, la colère des médias reflète aussi une colère contre eux-mêmes.

- Guy Parmelin: Pierin Vincenz est maintenant face à ses juges. Il faut attendre la sentence. Mais je vois dans cette affaire un problème de confiance. Bien des gens sont déçus. Les grands patrons ont forcément une fonction de modèles – tout comme nous au Conseil fédéral. Prenons l’exemple des mesures contre le Covid-19: il est essentiel qu’en tant que modèles nous portions un masque partout où c’est exigé. Mais un faux pas est vite arrivé quand on n’y pense pas. C’est humain.

- Sonja Dinner: Nous commettons tous des erreurs. Pas besoin d’être plus catholiques que le pape. Mais il existe un rapport entre une certaine liberté d’action et l’indécence. Trop de dirigeants de grands groupes se comportent à leur guise et ne se sentent pas assez investis d’un sens du devoir. Un entrepreneur qui entend remettre un jour son affaire à ses enfants se comporte autrement. Monsieur le Conseiller fédéral, ne faut-il pas combattre légalement une telle irresponsabilité?

- Guy Parmelin: C’est une arme à double tranchant. Dès qu’on constate des excès, les gens réclament de nouvelles lois. Mais ce faisant, ils impliquent aussi les 99% de la population qui respectent les règles. Des politiciens ont dû affronter la justice. Reste que les seules lois n’empêchent pas les comportements coupables. Quiconque entend faire quelque chose d’incorrect trouve toujours moyen de le faire.

- Pedro Lenz: Je ne crois pas non plus que les lois soient une panacée. Prenons Brady Dougan, longtemps patron de Credit Suisse, qui n’a jamais appris ni l’allemand ni le français. Il ne s’intéressait qu’à la banque, pas à la Suisse. Ça ne va pas. Nous exigeons de tous les requérants d’asile qu’ils s’intègrent.

- Alex Capus: Mais chez Credit Suisse, les séances de conseil d’administration se déroulaient en anglais…

- Pedro Lenz: Quand je suis arrivé à Olten, il y a dix ans, je me suis d’abord intéressé au boulanger et au boucher. L’intégration se joue sur les détails.

- Guy Parmelin: (En rigolant.) Pour moi, c’est le boulanger qui importe le plus. Sérieusement, à la Confédération, les choses sont clairement réglées. Pour un poste de cadre, vous devez maîtriser au moins deux langues officielles. Et une troisième est souhaitée.

- A propos de triche et d’escroqueries, où en est-on des crédits covid de la pandémie? Les entrepreneurs qui en ont demandé étaient-ils tous honnêtes?

- Guy Parmelin: Oui, presque tous.

- Les agriculteurs aussi? Ils n’ont souvent pas été concernés du tout.

- Guy Parmelin: Côté crédits, ils n’étaient pas dans le viseur. Ils sont honnêtes différemment. (Tous rient.)

- Alex Capus: On appelle ça l’honnêteté alternative.

- Guy Parmelin: Non, blague à part, quand on examine les comptabilités et les déclarations d’impôts, on voit vite si quelque chose ne joue pas. Lorsque quelqu’un annonce 400 000 francs de chiffre d’affaires mais ne paie que 200 000 francs de TVA, il y a quelque chose qui n’est pas correct.

- Alex Capus: Je tiens à dire quelque chose de positif à ce propos. La pandémie a montré que notre pays est très bien organisé. J’exploite à Olten un bar qui, pour cause de confinement, a dû fermer ses portes du jour au lendemain. Nous avons eu besoin d’aide et nous l’avons obtenue vite et sans complications, de sorte que nous avons pu payer ponctuellement les salaires de nos employés.

- Pedro Lenz: Moi, ce sont les musiciens de jazz qui me font de la peine. Naguère, ils empochaient tout simplement leur enveloppe et ne déclaraient pas leurs honoraires. J’ai toujours pu établir mes salaires, si bien qu’en cas d’annulation de concert je touchais de la caisse de compensation 80% des recettes manquées.

- Alex Capus: Ce sont surtout les fraudeurs du fisc qui ont été punis. Mais toute entreprise devrait avoir des réserves pour pouvoir survivre deux ans en cas de mauvaise passe.

- Sonja Dinner: Vous évoquez d’anciennes règles d’entreprise. Durant la pandémie, beaucoup d’activités se sont déplacées vers le commerce électronique, qui a créé de nouveaux emplois et réalisé de plus grands profits. Mais en même temps pas mal de petits commerces ont péri. Voulons-nous vraiment tout commander en ligne? Par principe, je n’achète pas en ligne, je fais mes achats en ville. Il y a des secteurs qui souffrent beaucoup: les comédiens, les fitness, la restauration.

- Heidi Wehrli: J’ai compris que plein de gens ne voulaient plus exercer leur métier. Trop de stress, pas assez de reconnaissance, obligation d’être physiquement au poste de travail. La pandémie a engendré des discussions au sein des familles et cela a déclenché pas mal de réactions. Des gens se sont demandé ce qu’ils entendaient faire de leurs vingt dernières années de boulot. Beaucoup de gens actifs dans les IT, la restauration et les soins médicaux souhaitent se réorienter.

- Daniel Hammer: Dans notre petit bureau d’architectes, nous avons à peine été affectés par la crise sanitaire. Si nous avons moins encaissé, nous n’avons jamais eu autant de mandats qu’en 2021. Beaucoup de gens étaient chez eux et, d’un coup, ils ont voulu rénover leur salle de bains ou leur cuisine. Monsieur Parmelin, en tant que citoyen, je me suis toujours senti très bien dirigé. Je vous en remercie. La Suisse a mieux maîtrisé la pandémie que d’autres pays.

- Alex Capus: Quand je me balade en ville, je vois des gens qui avaient déjà une vie difficile auparavant. Pour eux, c’est devenu encore plus compliqué. L’écart entre riches et pauvres s’accroît. Monsieur Parmelin, la dernière fois que j’ai contrôlé, votre salaire annuel était de 454 581 francs. Autrefois, un salaire de conseiller fédéral servait de référence pour les meilleures rémunérations dans l’économie privée. Ça devrait de nouveau être le cas.

- Sonja Dinner: Je suis tout à fait d’accord avec Alex Capus. Les salaires des grands managers ne devraient pas croître au-delà de toute mesure quand on économise sur les femmes de ménage.

- Alex Capus: Et quand les choses vont mal, les entreprises réclament l’aide de l’Etat…

- Sonja Dinner: J’aurais mauvaise conscience si je me faisais licencier pour performance insuffisante et qu’on me verse tout de même un bonus en guise d’adieu. Je pense à l’ex-patron du CS Tidjane Thiam. En quatre ans et sept mois, il a littéralement réduit de moitié la valeur du titre de son entreprise et néanmoins empoché des bonus princiers. Ça ne va pas. Je ne suis pas de gauche, mais un peu de décence ne ferait pas de mal.

- Guy Parmelin: Je comprends votre indignation. A la Confédération, nous avons plafonné certains salaires. Mais dans le secteur privé, c’est une prérogative des actionnaires. Je me suis toujours demandé pourquoi les actionnaires de référence permettaient de telles dérives.

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Guy Parmelin: «A la Confédération, nous avons plafonné certains salaires. Mais dans le secteur privé, c’est une prérogative des actionnaires.»

Kurt Reichenbach

- Monsieur le Conseiller fédéral, gagnez-vous assez?

- Guy Parmelin: Je n’ai pas été candidat au Conseil fédéral pour l’argent. Je suis entré en fonction le 1er janvier 2016. Au bout de quinze jours, j’ai consulté mon compte en banque et ça m’a fait un coup: pourquoi avais-je soudain tant d’argent? Alors on m’a expliqué que les conseillers fédéraux touchaient un salaire trimestriel, quatre fois l’an.

- Sonja Dinner: Au fond, vu la charge de travail, vous êtes sous-payé.

- Guy Parmelin: (Il rit.) Je suis au Conseil fédéral de mon propre chef. Personne ne m’y a forcé.

- Pedro Lenz: Nous ne devons donc pas vous plaindre?

- Guy Parmelin: Oh non. Pas du tout. Au début de mon mandat de conseiller fédéral, j’ai dit à mon épouse: «J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne est que désormais nous sommes riches, la mauvaise est que nous payons désormais énormément d’impôts.»

- Parlons de l’Europe. Les trois présidents respectifs du Conseil des écoles polytechniques, des universités suisses et de Scienceindustries ont lancé un appel au Conseil fédéral parce que nos meilleurs chercheurs ne peuvent plus mener des projets européens. Est-ce qu’avec cette exclusion des programmes de recherche de l’UE nous perdons le contact?

- Guy Parmelin: Nous avons toujours souligné que nous tenions à participer au programme Horizon. Nous sommes prêts à négocier avec l’UE. Mais pour négocier, il faut être deux. Si le blocage perdure, ce sera compliqué. C’est pourquoi nous avons des entretiens avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël pour identifier d’autres solutions, d’autres partenaires. Par ailleurs, depuis octobre, il existe des mesures transitoires pour les chercheurs. Mais tout cela ne remplacera pas Horizon, c’est pourquoi nous cherchons des alternatives.

- Heidi Wehrli: Moi, je souhaiterais qu’à Berne on examine le moyen de mieux soutenir les retraités. Nombre de personnes âgées survivent au-dessous du minimum vital et sont forcées d’aller habiter chez leurs enfants. Ça ne devrait pas être le cas.

- Sonja Dinner: Quand je regarde certains chiffres dans la finance ou la pharma, j’en appelle à davantage de solidarité. J’appelle tout le monde à aider. Bien des gens qui vivent dans la sécurité se sont rendu compte que c’est magnifique de partager avec leurs semblables affectés par la pandémie, d’autant plus que la solidarité est essentielle pour la paix sociale en Suisse.


La proximité de Zurich est un avantage

 

Dans le cadre de la table ronde de «L’illustré» et de la «Schweizer Illustrierte», l’indicateur de compétitivité d’UBS publié à la fin d’août met en lumière chaque canton que nous visitons. Aujourd’hui, le canton d’Argovie.

Situé entre les deux grandes agglomérations de Zurich et de Bâle, le canton d’Argovie dispose d’une zone de rayonnement supérieure à la moyenne, ainsi que d’un bon accès aux principales infrastructures. En outre, sur le long terme, des branches en forte croissance et une économie diversifiée contribuent à la compétitivité plutôt élevée du canton.

A l’échelle régionale également, il existe un lien étroit entre la proximité avec la métropole zurichoise et les perspectives de croissance relative. Baden et Mutschellen comptent ainsi parmi les régions de Suisse les plus solides économiquement. La vallée du Fricktal, à la lisière de Bâle, se distingue, quant à elle, par sa force d’innovation, tandis que la région autour du chef-lieu, Aarau, profite de ses infrastructures urbaines.

En comparaison intercantonale, le canton d’Argovie est moins compétitif en termes d’environnement de coûts. D’une part, les salaires y sont supérieurs à la moyenne en raison de la solide structure économique. D’autre part, les impôts des entreprises dépassent nettement la moyenne suisse. Le monde politique dispose ici d’un levier pour renforcer encore davantage la compétitivité, déjà élevée.


 

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Le Café du Coin est une initiative promotionnelle de L’Illustré et de la Schweizer Illustrierte, en collaboration avec DEAR Foundation-Solidarité Suisse et UBS Suisse.

Par Thomas Renggli publié le 2 février 2022 - 08:44