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Donald ou Joe? La haine des deux côtés

La chronique d'Alain Campiotti, journaliste, correspondant aux Etats-Unis de 2000 à 2006.

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MANDEL NGAN

Vous cherchez la bagarre? Elle a commencé: un combat, implacable comme jamais, pour le contrôle de la première (encore) puissance mondiale. Sur le large ring, presque incongrus dans cette ambition, deux septuagénaires pas tout à fait fringants: à droite, en rouge, Donald John Trump, 74 ans, surpoids, apparemment orange et blond; à gauche, en bleu, Joseph Robinette Biden, 78 ans, aguerri mais encombré parfois dans sa bouche.

C’est une banalité de dire que les Etats-Unis n’ont jamais été si fracturés – polarisés, c’est le mot en vogue. Mais est-ce vrai? Après tout, Kennedy contre Nixon, ou Bush Jr. contre Kerry, ce ne fut pas exactement de la dentelle. Et pendant l’aventure vietnamienne, on a pu croire à certains moments le pays au bord de la guerre civile.

Ce qu’il y a de nouveau, cette fois, c’est la haine, des deux côtés.

Elle est née il y a cinq ans, le jour où Trump est descendu sur son escalator doré pour annoncer son défi à Hillary Clinton. Dans toute l’Amérique urbaine, ce showman richard, ignorant, misogyne, raciste en famille soulevait le cœur; elle découvrit à ses dépens que dans les Etats du ventre mou, entre les deux côtes, les détesteurs étaient tout aussi détestés. Le pays profond adhérait à la haine que distillait Trump.

Car le moteur de cette aversion, c’était bien le républicain d’occasion lui-même. Il s’avançait depuis longtemps l’injure et la vocifération à la bouche. Depuis le temps où il exigeait, après un meurtre dans Central Park, la mise à mort des innocents. Ou qu’avec son père il écartait les Noirs de son empire immobilier. Ou qu’il traitait les femmes comme des poupées valorisantes à soumettre. Quatre ans de règne tumultueux et souvent bouffon ont solidifié à la Maison-Blanche ce discours et cette politique de l’insulte, contre tous les ennemis, désignés à grand fracas, au-dehors et au-dedans.

En face, dans la société, de San Francisco à New York, du Washington Post à CNN, un bloc du refus s’est constitué. Les ravages incontrôlés du Covid-19, qui casse la bonne tenue de l’économie héritée de Barack Obama, sont perçus de ce côté-là comme la démonstration de la malfaisance de la présidence trumpienne.

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Alain Campiotti, journaliste, correspondant aux Etats-Unis de 2000 à 2006.

Deux Amériques face à face, qui se détestent. La fureur a encore été attisée par l’autre épidémie, de bavures policières et d’émeutes qu’elles ont provoquées. On l’a mesuré la semaine dernière à Kenosha, dans le Wisconsin, où le dernier sang a été versé. Joe Biden s’y est rendu, avec l’intention de panser des plaies, et d’en tirer profit. Donald Trump s’était rué dans la ville pour y être avant son adversaire, se faisant photographier devant des échoppes dévastées, avec le chef de la police. Le démocrate a parlé dans une église, condamnant aussi les protestations violentes, dont il sait qu’elles nuisent à son camp. Le président félicitait le shérif, trouvant des excuses à un de ses partisans qui avait tué deux manifestants en pleine ville.

C’est le plus inquiétant: la politique de la haine, désormais, prend les armes. Dans les rues américaines, la poudre remplace les mots.


Breaking News: Nancy chez le coiffeur

Tous les coups sont permis.
Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, troisième personnage de l’Union et bête noire de Donald Trump, est allée la semaine dernière chez le coiffeur, à San Francisco, dont elle est l’élue. Le lendemain, une vidéo de la speaker, cheveux mouillés dans le salon, masque autour du cou et pas sur le nez, était sur Fox News. Tucker Carlson, un Darius Rochebin local, fidèle du président parmi les fidèles, hurlait à l’infamie: les coiffeurs franciscanais, sous covid, sont en principe fermés.

Nancy Pelosi a assumé, disant qu’elle était tombée dans un piège. Elle avait demandé au coiffeur de venir à son domicile. L’employé l’avait plutôt invitée au salon, disant qu’il en avait le droit. C’est la propriétaire qui a envoyé ensuite la vidéo à la chaîne pro-Trump, tenant par ailleurs des propos très hostiles à l’élue. Le coiffeur a confirmé ce scénario.


Par Alain Campiotti publié le 9 septembre 2020 - 08:05