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L'édito

Droit à l’avortement: quid de la Suisse?

Stéphane Benoit-Godet revient sur la décision de la Cour suprême américaine de révoquer le droit fédéral à l’avortement. Le rédacteur en chef constate que les idées ultra-conservatrices se propagent à travers le monde. Et que la Suisse n'est d'ailleurs pas épargnée puisque la récolte de signatures pour deux initiatives visant à réduire le nombre d’IVG se poursuit. Pour maintenir des droits durement acquis, restons vigilants.

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Droit à l'avortement

La Cour suprême américaine a décidé de révoquer le droit fédéral à l’avortement.

Dukas

Un agenda ultra-conservateur est en marche un peu partout dans le monde. La dernière manifestation de son efficacité tient dans la décision de la Cour suprême américaine de révoquer le droit fédéral à l’avortement. Charge désormais aux Etats de légiférer et bon nombre d’entre eux n’ont pas attendu pour revenir en arrière sur près de cinquante ans d’un droit essentiel pour les femmes, mais qui avait une fragilité: contrairement au port d’armes, il ne figure pas dans la Constitution américaine.

Cette décision n’est que la conséquence de la présidence Trump, qui avait des juges rétrogrades faisant basculer la majorité de la plus haute instance de l’ordre juridique. C’est l’aboutissement d’un long processus mené par des groupes religieux, politiques et intellectuels pour imposer une série de mesures-corsets à l’époque. Estimant la population incapable de faire face au «vertige de la liberté» que permet une société ouverte en 2022, ces groupes d’influence cherchent à prendre le contrôle des médias, à dicter un nouveau chapelet de règles et à serrer la vis via les exécutifs.

Cette démarche n’est pas toujours couronnée de succès. En France, l’explosion en plein vol du candidat Zemmour le rappelle. Parti sabre au clair de salons parisiens, le polémiste condamné pour racisme a fini piteusement défait à Cogolin. Soutenue par l’industriel Vincent Bolloré – acheteur boulimique de médias –, cette tentative de mettre au menu du jour des thèmes ultra-conservateurs ne devrait pas en rester là.

Aux Etats-Unis, son alter ego se nomme Peter Thiel, un investisseur milliardaire qui a cru à Facebook avant de se retirer de son conseil d’administration: trop libéral! Ce proche de Donald Trump joue de sa puissance en créant des instruments d’influence, d’une firme d’investissement «anti-woke» à une app de rencontre conservatrice. Et en Suisse? Nous avons de l’avance, avec l’UDC qui fut elle aussi menée par un milliardaire avec un agenda, Christoph Blocher. Sur la question de l’avortement, les femmes et tous les tenants de la liberté de choix doivent rester vigilants. La récolte de signatures pour deux initiatives de l’UDC visant à réduire le nombre d’IVG se poursuit. Espérons qu’elles ne profiteront pas du momentum américain.

Par Stéphane Benoit-Godet publié le 30 juin 2022 - 08:40