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L'édito

Élections présidentielles: quand la France joue avec ses fantômes

Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef de «L’illustré», s'interroge sur les élections présidentielles françaises qui approchent. Alors que la Shoah s'efface peu à peu de la mémoire collective, Eric Zemmour et ses idéaux xénophobes ne cessent de se hisser dans les sondages.

Zemmour

Le polémiste Eric Zemmour ne s'est pas encore officiellement présenté aux élections présidentielles françaises. Pourtant, il ne cesse de se hisser dans les sondages.

Dukas

La France vit un moment suspendu. A quelques mois d’une présidentielle dont l’issue s’annonce imprévisible, les observateurs s’interrogent. Eric Zemmour a-t-il vraiment la capacité de se retrouver au second tour des élections? Lui qui n’avait jusqu’ici pour seul crédit que quelques pamphlets, des condamnations pour racisme et des tribunes qui revisitent l’histoire «à sa façon» prend beaucoup plus de place que prévu.

C’est le paradoxe d’un carrefour intellectuel fécond, comme l’est Paris: la capitale produit et valorise des grands esprits sans distinction d’origine – à l’image de Mohamed Mbougar Sarr, qui a reçu le Prix Goncourt la semaine dernière – mais aussi des âmes toxiques, enivrées par leur propre capacité rhétorique nourrie par la haine de soi. Quand un juif défend Pétain, le moment est venu de constater que l’époque veut nous dire quelque chose.

Les repères des générations précédentes ont volé en éclats: depuis la présidence Trump, nous savons qu’une élection perdue peut être considérée comme volée, même quand tout montre l’inverse. Désormais, nous comprenons surtout que notre vision du bien et du mal ne s’articule plus autour de la Shoah. Jusqu’ici, le massacre de 6 millions de juifs structurait notre pensée et notre conception du monde. Désormais, c’est un fait historique qui s’efface de la mémoire des jeunes générations. Au point qu’une partie des Français – si on en croit le poids d’Eric Zemmour dans les sondages – semble accréditer la thèse d’un régime de Vichy qui aurait sauvé ses ressortissants du pire.

Pourquoi cela doit-il nous inquiéter? En Suisse, le système politique nous protège des zinzins quand la France peut en propulser un à sa tête et lui donner les pleins pouvoirs. La Constitution américaine a réussi, non sans mal, à contenir Trump et la Suisse vit très bien la coexistence de partis que tout oppose pour avancer de manière équilibrée. Notre voisin, lui, est capable de s’accommoder d’un régime de violence institutionnelle, comme ce fut le cas en 1940. Dès lors, il n’y a qu’une seule question à poser à Eric Zemmour: «Une fois président, allez-vous organiser des rafles de musulmans?»

Par Stéphane Benoit-Godet publié le 11 novembre 2021 - 09:03