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10 décennies, 10 pionnières

Ella Maillart, celle qui rêvait d’ailleurs ​

Née en 1903 à Genève, Ella Maillart se montre vite aventureuse et débrouillarde. Le déclic pour le voyage et les récits se produit en Russie, à 27 ans. Portrait d'une héroïne des années 1940.

10 héroïnes Maillart

Ella Maillart a participé aux Jeux olympiques de 1924, seule femme dans sa discipline, la voile.

La Mayo

«Une seule chose compte, c’est l’engrenage magnifique qui s’appelle le monde.» Ces mots d’Ella Maillart la guideront sa vie durant. Née en 1903 à Genève dans une famille bourgeoise, elle se révèle rapidement aventureuse et débrouillarde. Elle va régulièrement skier avec sa mère danoise, chose peu courante à cette époque. A 10 ans, elle apprend à barrer un voilier sur le Léman. Cette passion la porte jusqu’aux Jeux olympiques de 1924, où elle sera la seule femme à concourir dans cette discipline.

Ella Maillart publie notamment dans «L’illustré» des reportages, avec ses images, sur l’Inde en 1951, comme «Seule aux Indes. Genève-Bombay-Trivandrum».

Mais elle veut aller plus loin, découvrir l’ailleurs, surtout quand il se dérobe. Elle a 27 ans quand, 200 dollars en poche, elle part pour la Russie, pays encore très fermé dont elle ne parle même pas la langue. Une révélation qui lui inspire son tout premier livre, «Parmi la jeunesse russe. De Moscou au Caucase» (1932). Ses pérégrinations ne font que commencer: en 1934, elle repart, à la conquête cette fois de la Mandchourie alors sous occupation japonaise.

Une reportage d'Ella Maillart sur l'Inde pour «L’illustré» en 1951 avec ses images: «Nehru chez lui».

Elle y rencontre Peter Fleming, frère de Ian, l’auteur des «James Bond». Avec cet aventurier et écrivain écossais, elle explore l’Asie centrale. Elle prend beaucoup de notes et de photographies, qui seront des sources d’inspiration pour ses nombreux livres, tels que «Oasis interdites» (1937). En 1938 a lieu une autre rencontre fondamentale, avec la journaliste zurichoise Annemarie Schwarzenbach: le coup de foudre en tout cas amical est instantané. L’année suivante, le duo quitte Genève en Ford, direction Kaboul.

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Ella Maillart au Turkestan soviétique en 1932.

Paul Popper/Popperfoto

Quand la guerre éclate, Annemarie rentre, Ella reste en Afghanistan. Elles ne se reverront jamais, mais la Genevoise rendra hommage à leur aventure dans «La voie cruelle» (1947). A son retour, elle découvre le village valaisan de Chandolin, qui deviendra un point d’ancrage dans sa vie de nomade. Elle s’y éteint en 1997. Mais sa mémoire demeure, à Chandolin où une exposition permanente lui est consacrée, au Musée de l’Elysée à Lausanne auquel elle a confié ses archives. Et reste une inspiration pour beaucoup de celles et ceux qui rêvent, encore et toujours, de partir.

Par Capucine Diez publié le 10.09.2021