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© CHANTAL DERVEY / VQH

«Enlever le C donnerait le coup de grâce au PDC»

Publié mercredi 8 juillet 2020 à 08:46
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Publié mercredi 8 juillet 2020 à 08:46 
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Connu pour ses positions de droite, Jean-Marie Fournier estime que changer le nom de son PDC conduirait la faction à sa perte. Le cousin de Jean-René ne voit pas non plus d’avantage à fusionner avec le Parti bourgeois démocratique (PBD). Coup de sang. 
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Notre coup de fil au promoteur de Veysonnaz n’est pas innocent. On devine que l’article du Nouvelliste intitulé «Suppression du C moins taboue» n’a pas dû lui plaire. Le quotidien valaisan commente un sondage assurant que 48% des membres du Parti démocrate-chrétien (PDC) cantonal seraient prêts à renoncer au C chrétien. «C’est plus qu’attendu», souligne le journal.

«Tout ça, c’est de la propagande», balaie d’un revers de main Jean-Marie Fournier, qu’on a rejoint sur une terrasse sédunoise. Comme on le supputait, le patron de la station de Nendaz-Veysonnaz ne partage pas l’avis des caciques de son parti, interrogés par le quotidien valaisan. «Le PDC du Valais doit clairement se distancier du PDC Suisse. Que ce soit pour l’affaire du nom ou de n’importe quel autre dossier, c’est très rare que nous soyons sur la même longueur d’onde», assure celui qui revendique avec fierté son statut de conservateur.

Avant d’aller plus avant dans la discussion, Jean-Marie Fournier nous tend son téléphone portable. Sous le titre «Chronologie d’une débâcle», on lit que six cantons – Uri, Schwytz, Nidwald, Obwald, Appenzell Rhodes-Intérieures et Valais – vivent depuis cent septante ans avec une Constitution fédérale qu’ils n’ont jamais voulue. «Lors des trois votations populaires sur la Constitution fédérale (1848, 1874, 1999), ces cantons l’ont refusée à la majorité», note l’auteur de l’article, avant de conclure: «En comparaison, si un pays n’accepte pas le contrat de l’Union européenne, il la quitte.»

- Que voulez-vous dire en nous montrant cet article?
- Jean-Marie Fournier: Que la souveraineté des cantons reste la clé de voûte de notre démocratie. Et en Valais, un PDC à 35% a les moyens de tracer son propre sillon. Il n’est pas obligé d’adhérer à toutes les initiatives qui passent, et encore moins aux plus stupides.

- Changer de nom en est une selon vous?
- Absolument. Comment peut-on se chercher une identité alors que les racines du parti remontent à la création de l’Etat fédéral, en 1848? Le C incarne les valeurs que nous défendons. L’enlever équivaudrait à amputer une partie de l’histoire de notre mouvement, à révoquer ses fondements. Ce serait le coup de grâce.

- Carrément?
- A mon avis, oui. Cela renforcerait les divisions. Très vite, nous descendrions sous les 10% au niveau national et notre siège au Conseil fédéral serait remis en cause. Idem pour le Valais, où la majorité au Conseil d’Etat serait menacée. Pire, avec le temps, le parti finirait par disparaître et ses membres se dilueraient dans les autres groupes.

>> Lire l'interview de Marie-France Roth Pasquier (PDC/FR)

- D’où l’idée de fusionner avec le PBD pour renforcer le centre…
- C’est quoi le centre? Il défend quoi le centre? Rien. Ces tentatives de bouleversement sont des artifices masquant l’inertie des dirigeants. Certes, de temps en temps, nous bataillons pour donner 200 francs aux familles, histoire de montrer qu’on existe. Alibi. Nous manquons de fond politique, d’initiatives porteuses d’espoir pour la jeunesse et la société. Pour masquer ces insuffisances, on fait diversion avec des projets absurdes. Nous n’avons pas à fusionner avec qui que ce soit. Le PDC doit garder son indépendance et nouer des alliances au gré des circonstances. Ce n’est pas en reniant nos valeurs et en aseptisant le parti que nous remonterons la pente.

- Quelles sont vos propositions pour stopper l’érosion qui atrophie vos rangs depuis trente ans?
- Défendre nos valeurs et assumer nos convictions. Ce n’est pas le mot «chrétien» qui nous fait perdre des adhérents. Avec le temps, le parti s’est fondu dans la masse. Il fait un bec à gauche puis un bec à droite pour essayer de plaire à tout le monde, plutôt que s’affirmer et s’imposer. C’est là que le bât blesse.

- Enlever le mot «chrétien» éviterait les railleries et les attaques lorsque surviennent des affaires ennuyeuses, comme celles qui ont touché Christophe Darbellay et Yannick Buttet. «Le parti de la famille et de la religion, c’est un peu faites comme on dit, mais pas comme on fait», disent vos adversaires…
- C’est une affaire d’interprétation. Le mot «chrétien» n’inclut pas la perfection et le PDC n’a pas le monopole des faux pas. L’erreur fait partie de la vie. Il y a des crimes plus horribles que de faire un enfant à une autre femme que la sienne ou de commettre un geste déplacé.

- Vous vous qualifiez de conservateur, on a envie de vous dire ultra-conservateur…
- Pour quelle raison? Les médias collent des étiquettes sur le front des gens sans faire preuve de la moindre réflexion. Ce sont des âneries pour noircir du papier. Je suis conservateur pour les choses qui marchent bien, mais volontiers progressiste pour faire en sorte que certaines situations s’améliorent. Ne cherchez pas midi à 14 heures.

- Que diriez-vous à Gherard Pfister, le président du PDC suisse, qui défend le changement de nom et la fusion avec le PBD?
- Qu’il fait fausse route et que si ces bouleversements interviennent, ils condamneront le parti. Je cherche à comprendre comment on peut cheminer sous la même bannière et avoir des visions aussi diamétralement opposées.


Les 5 repères de Jean-Marie Fournier

1. La famille. La chance de rencontrer Barbara, mon épouse, en 1986, peu après le décès de mon père. Son indéfectible soutien, et celui de nos formidables filles, Ivana et Estelle, ont largement contribué à la réussite de mes projets.

2. L’ami. Je ne dis pas son nom. Il n’apprécierait pas. Mais il se reconnaîtra. Un collaborateur devenu ami fidèle, présent à mes côtés depuis 1991. Je lui dois beaucoup.

3. Le FC Sion. Le club cher à mon cœur, même si j’en ai refusé la présidence après le décès de monsieur Luisier. Un étendard pour le canton, une marque.

4. Veysonnaz, le Valais, les 4 Vallées. Mon attachement à mes racines a été le fil conducteur de ma vie. Ma plus grande fierté? Avoir empêché la Compagnie des Alpes, l’Etat français en somme, de s’emparer du domaine des 4 Vallées.

5. La race d’Hérens. Elle fait partie du patrimoine, de l’ADN du Valais. J’ai une trentaine de vaches depuis très longtemps. Comme le FC Sion, je défendrai cette race jusqu’à ma mort.


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