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© Didier Martenet

Eric Stauffer, de trublion genevois à baron valaisan

Publié samedi 8 juin 2019 à 12:01
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Publié samedi 8 juin 2019 à 12:01 
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L’ex-trublion de la vie genevoise a posé ses valises en Valais. A 1300 mètres d’altitude, il voit la vie différemment, a pris du recul, perdu du poids, mais ne s’est pas assagi pour autant. Il a ouvert ses portes à L’illustré.
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«Les béni-oui-oui ne font pas long feu en Valais, lance-t-il, le geste impérial. Les Valaisans, il faut les respecter mais il faut aussi marquer son territoire!» Du Stauffer dans le texte. L’ancien tribun du MCG, le parti populiste qui l’a fait connaître au-delà des frontières genevoises, semble avoir déjà marqué le sien. Nous sommes aux Mayens d’Arbaz, au-dessus de Sion, dans le chalet où il habite avec sa femme, Roshni, et son fils depuis un an. «Je vis dans une carte postale», se réjouit l’ex-trublion.

Didier Martenet
Il adore aller pique-niquer sur les hauteurs d’Anzère avec son quad flambant neuf.

Le look n’est pas encore tout à fait montagnard, éternelle chaîne en or autour du cou et ce côté Aldo Maccione en campagne qui a fait sa réputation. L’homme soutient qu’il a changé. «J’ai perdu une dizaine de kilos, je bouge plus, je coupe mon bois.» Face à lui justement, une dizaine de troncs témoignent qu’il y avait, avant son arrivée, une large bande d’arbres face au chalet. Ils avaient le mauvais goût de masquer la vue. «Certains menaçaient même la construction!» Poutzés, les sapins, «en toute légalité, par un employé communal».

Il ajoute, goguenard, qu’il a fait du même coup une belle affaire, la valeur du chalet a franchi la barre du million. Mais un coup aussi à se mettre les écolos à dos, si on ajoute la piscine à contre-courant qu’il a commandée, le jacuzzi XL qui attend sur la terrasse et la Range Rover, la jeep dernier cri, la Harley-Davidson et le quad flambant neuf «pour aller pique-niquer sur les sommets». Il rigole. L’écologie n’a jamais été son fer de lance.

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Business en famille. Dans son chalet, avec son épouse, Roshni, qui va lancer son site de vente en ligne pour les femmes, et son assistante personnelle, Perrine Tricaud.

Il explique qu’après sa déconfiture à Genève, lorsqu’il a tenté de revenir en vain en politique avec un nouveau parti (Genève en marche), l’envie du changement l’a saisi. «C’était Arbaz ou Dubaï. La firme internationale où travaillait mon épouse délocalisait là-bas. Mais je ne me voyais pas vivre à 55°C au milieu du désert ni à -2°C avec la clim!»

Une plainte pénale

Eric Stauffer, c’est indéniable, est soluble dans un canton où avoir une grande gueule est plutôt un viatique. A peine arrivé, il a filé voir le PDC pour offrir ses services. Econduit. Pas si compatible aux yeux du grand parti. Le Genevois a moyennement apprécié les propos peu amènes envers lui, tenus dans la foulée par son ex-président. Il a dégainé son arme favorite, la plainte pour calomnie. «On peut me critiquer, mais me traiter de menteur, jamais, au grand jamais! J’avais donné quatre jours à Serge Métrailler pour s’expliquer. Comme, dans un excès de courage, il a répondu aux abonnés absents, j’ai déposé plainte!» Ça, c’est fait.

Mais pourquoi n’a t-il pas été voir l’UDC, plus proche de ses idées? Pas assez de place sous le soleil valaisan pour Freysinger et Stauffer? Il balaie la remarque. «Oskar Freysinger a mal géré sa carrière de magistrat. Aujourd’hui, c’est un has been.» Ça, c’est dit.

Toujours cash

Le Genevois reste cash, ne comptez pas sur lui pour mettre de l’eau dans son vin, surtout dans un canton viticole, lui qui qualifie au passage la présidente du MCG – qui l’avait battu d’une voix, précipitant son départ en claquant la porte – de «charmante gallinacée». Mais il l’assure, encore faut-il le croire, n’avoir plus réellement envie de repartir au charbon avec la création d’un nouveau parti. «Un mandat de conseiller national, c’est ce qui me conviendrait. J’ai 54 ans, il me reste grosso modo treize ans avant 70 ans et le début des bobos. Je veux profiter au maximum de la vie!»

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Devant son écran XXL au salon, négocié à moitié prix dans une grande surface, Eric Stauffer a gardé le sens du commerce, même en altitude.

Une vie qui a failli basculer d’ailleurs lorsqu’on lui a découvert un cancer des testicules à l’âge de 33 ans. Le jeune homme avait refusé alors les 45 séances de rayons proposées par les médecins. Et misé sur sa pugnacité. Un épisode qui explique aussi peut-être les emportements, certains dérapages et surtout l’envie de presser la vie comme un citron pour en extraire tous les plaisirs.

Rebondir encore

On profite de lui demander où en sont ses projets d’implantation d’une industrie pharmaceutique dans le canton, lui qui s’est vanté dans la presse valaisanne de créer 400 emplois en dix-huit mois. Rien à l’horizon, ce d’autant que la firme GMC, Global Medpharma Consulting, au nom de laquelle il disait agir, a été dissoute en août 2018. Il évoque une simple stratégie juridique pour mieux rebondir.

Ce week-end, il a rejoint le magnat brésilien avec qui il collabore, invité sur son yacht et au Grand Prix de Monaco. Les Stauffer ont voyagé en jet privé. Quand on lui demande comment il peut assurer un tel train de vie (son fils est scolarisé dans une école privée à Lens, il a offert à ses deux fils et à sa femme un séjour à New York avec vol en première classe pour les 40 ans de cette dernière), il évoque la vente de sa société de téléphonie à Sunrise.

Didier Martenet
Décoration. Le bouddha rappelle les origines indiennes de sa femme. Le nain fait plus local.

Aujourd’hui, toutes ses sociétés, actives ou inactives, sont logées à Grimisuat, dans un bâtiment en travaux nouvellement acquis. «Roshni aura aussi ses bureaux ici, elle lance Feminashopping, un site internet qui regroupe tout ce dont une femme peut avoir besoin dans sa vie. L’objectif est de s’approprier 25% du marché suisse en deux ans.» Leur notaire, c’est Michel Zen Ruffinen, l’ancien secrétaire général de la FIFA. «Quand on rencontre une personne comme Eric, c’est difficile de l’oublier», sourit l’homme de loi, dont les bureaux sont voisins.

«Déplacer des montagnes!»

«J’ai toujours su que j’avais un fan-club en Valais depuis que j’ai déjanté Micheline Calmy-Rey en direct sur le plateau d’Infrarouge!» rigole Stauffer. Oui, il a des amis ici et tient à les montrer. Comme Nicolas Ducommun, CEO et capitaine de Starjet Aviation et pilote de Christian Constantin. L’homme ne tarit pas d’éloges envers son pote Eric. «Il est fidèle en amitié, il m’a souvent rendu service, notamment à Cointrin. Si tu ne le connais pas, tu l’écoutes et tu te dis: «C’est qui, ce mythomane?» puis tu lis la presse et tu te rends compte que c’est vrai!» Rires des deux hommes attablés à la terrasse d’un restaurant italien au centre de Sion.

Didier Martenet
Avec son ami Nicolas Ducommun, patron de Starjet à Sion, une compagnie avec qui le Genevois vole régulièrement.

Stauffer a garé sa jeep comme à Naples, patrie de sa mère, c’est-à-dire sauvagement au bord du trottoir, et se lève juste à temps pour éviter une bûche. Le voilà qui détaille ses faits de gloire comme un ancien militaire, avec cette exagération qui semble inscrite dans son code génétique. A l’écouter, la planète entière connaît son nom et il n’aurait ni plus ni moins sauvé le parc éolien valaisan de la débâcle, grâce à son rôle d’intermédiaire avec les Services industriels de Genève.

Un fait qui sera néanmoins confirmé, certes avec plus de modération, par le responsable de la société en question. «Je ne le connais pas assez, mais j’aime sa liberté de ton», confie à son tour Christian Constantin, qui partage avec le Genevois quelques traits de caractère. Les deux hommes se sont déjà croisés. Mais le célèbre promoteur doute d’un avenir politique possible dans le nouveau canton d’adoption du Genevois. «Cela impliquerait de devoir déplacer des montagnes!» Eric Stauffer a déjà fait disparaître une petite forêt. Les montagnes, qui sait?


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