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Votation fédérale

Est-ce vraiment une bonne… e-idée?

Les internautes le vérifient chaque jour: il faut sans cesse s’identifier. Et cela induit des abus: des géants numériques comme Facebook et Google exploitent nos données personnelles. La votation du 7 mars propose de restreindre ces dérives via une identité numérique facultative. Quatre personnalités pèsent le pour et le contre de cette loi sur les services d’identification électronique.

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Hintergrund zu E-ID Story

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter défend le texte sur l'identité numérique facultative soumis au vote des Suisses le 7 mars.

Andrey Armyagov / Alamy Stock Photo

C’est quoi l’e-ID?

C’est un login polyvalent pour internet. Quand on fait des achats en ligne ou quand on s’adresse à l’administration par voie électronique, nous devons nous identifier sur internet. Le Conseil fédéral propose donc la création d’une e-ID qui permettra de simplifier et de mieux protéger ces procédures d’identification. Les données de l’e-ID seront enregistrées par des fournisseurs privés contrôlés par la Confédération. C’est cela qui suscite les critiques les plus virulentes. Mais même si ce projet de loi est accepté le 7 mars par le peuple, la demande d’obtention d’une e-ID sera facultative.

«Nous laissons vite des traces sur internet. Effrayant!»

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter (PLR), 57 ans, explique pourquoi elle défend le projet d'identité numérique facultative.

- Dans quelle situation avez-vous pris conscience que vos données étaient enregistrées?
- Karin Keller-Sutter: Je partais en vacances en Sicile avec ma famille... J’ai donc cherché des billets d’avion sur Google. Et j’ai reçu automatiquement des offres de vols vers Catane. Je me suis dit: «Waouh, je laisse des traces sur internet. C’est presque effrayant!»

- De quelle manière vous inscrivez-vous en ligne sur des services web? 
- En principe, toujours avec l’adresse de courrier électronique.

- Combien de mots de passe utilisez-vous?
- Un grand nombre! Je dois les écrire et les conserver de telle sorte qu’on ne puisse pas facilement les trouver. J’utilise deux ou trois mots de passe pour plusieurs logins.

- Quelle est votre règle en matière de protection de vos données personnelles sur internet?
- Je suis toujours prudente et je ne donne mes données que lorsque je suis obligée de le faire, quand je veux vraiment commander quelque chose et qu’il n’y a pas d’autre moyen de le faire. Et bien sûr, j’ai déjà posté des photos sur Instagram. Les gens peuvent donc voir que je fais du ski à la montagne. Et alors?

- Quels sont, selon vous, les principaux avantages d’une carte d’identité électronique?
- Nos identités électroniques seraient enfin certifiées et contrôlées par l’Etat, qui garantit la protection des données. Je trouve pénible de devoir me connecter sans cesse. Tout serait bien plus simple et plus efficace avec l’e-ID. Pendant la pandémie, nous avons tous réalisé à quel point le numérique est important. Faisons enfin un pas en avant!


 

«L'identité électronique offrira une meilleure protection»

Céline Amaudruz (UDC/GE)

Céline Amaudruz: «D’un point de vue pratique, l’e-ID facilitera l’utilisation de l’outil internet au quotidien.»

Alessandro della Valle

La conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE), 41 ans,
est également favorable à l'instauration d'une identité numérique facultative. Elle dit pourquoi.

- Quels sont, selon vous, les principaux atouts et/ou dangers d’une identité électronique?
- Céline Amaudruz: Dans une société en phase de numérisation, internet est de plus en plus utilisé pour la gestion des affaires courantes: comptes bancaires, trafic des paiements, polices d’assurance, prévoyance professionnelle, déclaration fiscale, requêtes administratives ou encore conclusion de contrats. L’identité électronique offrira une meilleure protection contre les abus et les escroqueries dont peuvent être victimes les utilisateurs d’internet. D’un point de vue pratique, l’e-ID facilitera l’utilisation de l’outil internet au quotidien avec la réduction du nombre de mots de passe et des procédures d’enregistrement fastidieuses. Une identification électronique reconnue au niveau national permettra, grâce au contrôle de l’identité par la Confédération et à une protection des données renforcée, que les utilisateurs puissent effectuer des achats et obtenir des prestations de manière simple et sûre.

- Combien de mots de passe utilisez-vous dans votre pratique du monde numérique?
- Environ 10, avec un protocole de connexion différent si possible.

- Avez-vous déjà fait des expériences inquiétantes sur le plan de la protection de vos données personnelles sur internet?
- Non, hormis des tentatives de connexion suspectes à ma boîte aux lettres qui m’ont été notifiées.

- Faites-vous régulièrement des achats en ligne?
- Je ne suis pas une adepte des achats en ligne de manière générale. J’aime me rendre dans les commerces de proximité et voir les produits. Avec la période que nous vivons, j’ai évidemment fait plus d’achats en ligne.


 

«Les données des utilisateurs doivent rester entre les mains de l’Etat»

Max Hofmann.

Max Hofmann: «Nous nous sommes toujours opposés à la privatisation de tâches aussi sensibles.»

Paul Seewer

Max Hofmann, 56 ans, secrétaire général de la Fédération suisse des fonctionnaires de police est opposé au texte soumis à votation le 7 mars. Il en dit les raisons.

- Quels sont, selon vous, les principaux inconvénients d’une carte d’identité électronique?
- Max Hofmann: Je précise d’abord que la Fédération suisse des fonctionnaires de police est tout à fait favorable à l’introduction d’une identité électronique. Dans ce monde numérique, c’est même une nécessité. Les signalements de personnes disparues ou de vols mineurs pourraient par exemple être enregistrés en ligne avec l’e-ID de manière très pratique. Mais le problème, pour nous, c’est que nous nous sommes toujours opposés à la privatisation de tâches aussi sensibles. Le traitement et le stockage des données des utilisateurs doivent absolument rester entre les mains de l’Etat.

- Combien de mots de passe utilisez-vous dans vos pratiques numériques?
- Entre trois et cinq.

- Sur quelles plateformes de médias sociaux êtes-vous enregistré?
- Sur LinkedIn. Et toujours avec une adresse e-mail et un mot de passe. Jamais via Facebook. D’ailleurs, je n’ai pas ouvert de compte sur ce réseau social.

- Dans quelle situation avez-vous remarqué que vos données étaient utilisées sans votre accord?
- Quand on me propose des produits après que j’ai navigué sur le web. Mais je trouve cela avant tout comique. Si ces suggestions ne m’intéressent pas, je les ignore. Internet, c’est aussi une affaire de compétence personnelle et de bon sens.


 

«Il faut des garanties d’impartialité»

Roger Nordmann (PS/VD)

Roger Nordmann: «Des entreprises commerciales n’offrent pas les garanties nécessaires d’impartialité.»

Alessandro della Valle

Le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD), 47 ans, avance ses arguments contre le projet d'instauration d'une identité numérique facultative.

- Quels sont, pour vous, les principaux atouts et/ou dangers d’une carte d’identité électronique?
- Roger Nordmann: L’avantage principal serait d’accéder de manière sécurisée aux services publics en ligne: remplir sa déclaration d’impôts, commander un extrait de casier judiciaire ou gérer les échanges avec l’école des enfants. Et que cette e-ID ait la valeur d’une signature papier, y compris envers des privés pour des contrats. Mais pour que cela marche, il faut le plus haut degré de confiance et de sécurité possible. Des entreprises commerciales n’offrent pas ces garanties d’impartialité, et c’est le gros problème du projet soumis au vote. Seul l’Etat peut les donner.

- Combien de mots de passe utilisez-vous sur internet? 
- Un par site, sauf pour mes abonnements aux journaux, pour simplifier et parce que le dommage ne serait pas grave si on me le volait.

- Sur quelles plateformes de médias sociaux êtes-vous actif?
- Principalement Twitter, parce que j’apprécie la brièveté des messages. Et Facebook, sur lequel je suis moins à l’aise. Dans les campagnes, j’aime bien YouTube, parce que ça permet de faire des vidéos explicatives. Je suis en train de quitter WhatsApp pour Signal, beaucoup plus respectueux de la sphère privée.

- Avez-vous fait des expériences inquiétantes sur internet?
- Oui, deux exemples: si je cherche un renseignement sur un sujet, disons des fixations de skis de randonnée, je suis ensuite bombardé de pubs d’alpinisme... J’ai en outre plusieurs fois eu la désagréable impression que le contenu de mes conversations WhatsApp était analysé et utilisé lui aussi pour cibler la pub qui s’affiche sur mon écran. Mais impossible à prouver.

Par Philippe Clot et Schweizer Illustrierte publié le 26 février 2021 - 09:00