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Equipe suisse de football

Et si nos champions de 2009 réitéraient l'exploit à l'Euro 2021?

Et s’ils ouvraient la voie à l’équipe de Vladimir Petkovic? Granit Xhaka, Haris Seferovic et Ricardo Rodriguez, champions du monde des moins de 17 ans en 2009, ont déjà démontré que les Suisses pouvaient décrocher le trophée suprême. Ils vont lutter pour concrétiser cet espoir à l'Euro qui débute ce 11 juin.

L'équipe de Suisse des moins de 17 ans

En 2009, l’équipe de Suisse des moins de 17 ans était sacrée championne du monde. Douze ans plus tard, Granit Xhaka, Ricardo Rodríguez et Haris Seferović se voient bien triompher à l’Euro.

Jamie McDonald/FIFA/ Getty Images

Le capitaine parle d'une voix ferme. Ricardo Rodríguez et Haris Seferovic sont tout aussi sérieux quand Granit Xhaka déclare: «Il ne fait aucun doute que nous pouvons reproduire lors de l’Euro l’exploit réalisé en 2009 au Mondial des moins de 17 ans. Le moment est arrivé. Si nous donnons tout et que la chance est de notre côté, la Suisse peut décrocher le titre.»

Ils sont résolus et confiants, des qualités que l’on ne prête que rarement aux sportifs suisses. En 2018, au Mondial en Russie, alors que l’équipe était partie avec de grands espoirs, elle a pourtant été éliminée sans gloire en huitièmes par la Suède, après avoir bousculé de grandes nations, le Brésil (1-1) et la Serbie (2-1). Une fois de plus, les Suisses s’inclinaient avant les quarts.

Nati

A Lagos en 2009, Ricardo Rodríguez (à g.) et Haris Seferovic laissent exploser leur joie devant une caméra de télévision.

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Pourtant, le petit Danemark a décroché le titre en 1992, dix jours après avoir été convié à prendre part au tournoi, car la Yougoslavie avait été bannie en raison de la guerre. Mieux: la Grèce, au Portugal en 2004, est allée jusqu’à remporter la finale en battant le pays hôte, avec une équipe qui ne brillait pas par l’élégance de son jeu. Ce titre demeure la plus grande sensation dans l’histoire de l’Eurofoot. Il est vrai que la Grèce pouvait compter sur Dellas (Roma) ou Karagoúnis (Inter).

Or la Suisse possède aujourd’hui Xhaka (Arsenal), Shaqiri (Liverpool), Zakaria, Sommer, Elvedi, Embolo (Mönchengladbach), Seferovic (Benfica), Akanji (Dortmund), Rodriguez (Torino), Freuler (Atalanta), Mbabu (Wolfsburg). Autant de grandes ligues. Alors pourquoi pas la Suisse? Elle a toujours échoué, par manque de chance ou d’audace.

Chez les jeunes, c’est une autre chanson: champions d’Europe des moins de 17 ans en 2002, demi-finalistes des moins de 21 ans la même année. En 2004, demi-finalistes des moins de 19 ans. En 2011, finalistes de l’Euro des moins de 21 ans. En 2015, finalistes du Mondial féminin des moins de 17 ans. Mais avant tout champions du monde des moins de 17 ans en 2009!

Nati

Catastrophe côté suisse: on joue la 122e minute en prolongations, en huitième de finale du Mondial 2014, quand une tête de Džemaili (No 15) frappe le poteau du gardien argentin Romero. L’Argentine l’emporte finalement 1-0.

Reto Oeschger

Le plus grand succès remonte à près de cent ans, avec l’argent des Jeux de Paris, en 1924. Vingt-deux nations avaient participé. Entraînée par le Britannique Duckworth, l’équipe de Suisse avait perdu en finale, 3-0 contre l’Uruguay. Elle reçut le titre officieux de championne d’Europe. Ce trophée prend probablement la poussière dans les caves de la fédération. Hormis cet exploit unique, la réalité du football suisse se résume à 11 participations aux Coupes du monde avec quatre éliminations lors des qualifications, quatre huitièmes et trois quarts, la dernière fois en 1954, en Suisse.

Lors de l’Euro, en quatre participations, le meilleur résultat est le huitième de 2016, en France. Les échecs au Mondial 2006, en Allemagne, et à l’Euro 2016 furent consommés lors des tirs au but. Le plus haut fait intervint en 2014, avec ce huitième perdu d’un rien contre l’Argentine de Messi, future finaliste. Une constatation: depuis près de 70 ans, la Suisse a pris part à une douzaine de compétitions majeures, sans jamais se hisser parmi les huit premiers.

Ricardo Rodriguez, Granit Xhaka, Haris Seferovic

Ricardo Rodríguez, Granit Xhaka et Haris Seferovic (de g. à dr.) en avril au Säntispark de Saint-Gall, lors d’une interview vidéo avec L’illustré Sport.

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Les juniors suisses en revanche ont connu le succès d’une manière impressionnante en 2009. La jeune Nati a successivement battu le Mexique, le Japon et le Brésil. Elle a défait l’Allemagne en huitième de finale, l’Italie en quart, la Colombie en demi et enfin le pays hôte, le Nigeria, en finale devant 60 000 spectateurs. «Je ne me souviens plus exactement de la manière dont l’attaque s’est déroulée, si ce n’est que Buff a centré et que j’ai pu marquer de la tête le but de la victoire», raconte Haris Seferovic.

Les jeunes d’alors, devenus pros, préfèrent ne pas révéler la manière dont ils ont célébré ce premier titre helvétique lors d’un Mondial. «Il y a certainement eu des libations au bar de l’hôtel, dit Ricardo Rodríguez, mais sans excès. Nous devions rejoindre notre camp à Lagos le lendemain, puis repartir pour la Suisse.» Xhaka se souvient parfaitement des atouts de l’équipe: «Nous étions extrêmement compacts et orientés vers l’offensive. Avec Haris et Nassim Ben Khalifa, nous disposions de formidables attaquants. A cette époque, je n’étais encore qu’un petit jeune alors que Ricci était déjà une machine à courir.»

Les années ont passé. Granit Xhaka, Ricardo Rodríguez et Haris Seferovic, à 28 ou 29 ans, ont derrière eux de belles carrières hors de nos frontières. Xhaka est devenu le capitaine et le leader de la Nati. Seferovic, encore: «Chacun pense que si l’on a réalisé un exploit, il suffit de se laisser porter vers le haut. C’est agréable d’être champion du monde, mais aussi dangereux. Si les conditions requises font défaut, l’ascension est ensuite difficile. Pour nous trois, les choses sérieuses ont réellement commencé en 2009, avec des attentes qui s’étaient élevées d’un cran.» Ils sont demeurés les mêmes footballeurs, précise Rodríguez, «mais nos rôles se sont considérablement modifiés au sein de l’équipe A. C’est un jeu très différent à ce niveau, face à des adversaires d’un tout autre calibre.»

Nati

15 novembre 2009, Abuja (Nigeria). Ricardo Rodríguez (à g., devant), Haris Seferović (au milieu, accroupi) et Granit Xhaka (t-shirt jaune) célèbrent avec leurs coéquipiers le titre de champion du monde des moins de 17 ans. Ils viennent de battre le pays hôte par 1-0.

Jamie McDonald - FIFA

La montée en équipe nationale n’a pas été une simple formalité pour les champions de 2009. A l’exemple de Nassim Ben Khalifa. «C’était un joueur clé en 2009. Malheureusement, il n’est pas parvenu à développer son potentiel. C’est extrêmement dommage», regrette Xhaka. Tout a été trop vite pour le Vaudois, parti à Wolfsburg pour s’asseoir sur le banc des remplaçants avant d’être prêté en Allemagne et en Suisse et des étapes en Turquie, en Belgique, à Lausanne, à Saint-Gall et à Grasshopper.

Les trois Suisses évoquent aussi des contre-exemples. Après le Mondial au Nigeria, plusieurs joueurs ont dépassé les plus folles espérances. En Allemagne, un certain Marc-André ter Stegen occupait les buts. Il est aujourd’hui à Barcelone un des meilleurs gardiens du monde, et son compatriote Mario Götze un des attaquants les plus redoutés. Koke et Isco sont devenus des stars mondiales avec le Real et l’Atlético Madrid. En Italie, El Shaarawy figure en équipe nationale, tout comme Ishak Belfodil en Algérie ou Jack Wilshere en Angleterre. Le gardien brésilien Alisson brille avec Liverpool. Ricardo Rodríguez, lui, se souvient de Neymar: «Nous avions entendu parler de lui comme d’un prodige. Finalement, un autre footballeur nous a encore plus impressionnés. Quand il jouait contre nous, Philippe Coutinho était exceptionnel.»

Ainsi Rodríguez, Xhaka et Seferovic sont de nouveau prêts à en découdre. Avec une interrogation: la Nati, avec plusieurs anciens champions du monde, peut-elle reproduire l’exploit de 2009 contre des équipes qui comportaient déjà des footballeurs de classe internationale? Oui, répondent-ils en chœur. «En premier lieu, les conditions extérieures doivent être favorables. Ce fut le cas autrefois avec un fantastique hôtel à Lagos ainsi que de bons lieux d’entraînement», dit Xhaka. «Ensuite, le groupe doit gagner en cohésion afin que tous soient intégrés et que les longs moments de vie commune ne deviennent pas problématiques», complète Seferovic. «Nous l’avons déjà vécu, conclut Rodríguez, et nous savons comment nous y prendre.»

La Grèce n’a jamais non plus fait partie de l’élite mondiale. C’est un indice, qui fait dire au capitaine de l’équipe, sérieux: «Une fois encore, nous sommes capables de réaliser un exploit. Je le crois fermement.»

Par Iso Niedermann publié le 11.06.2021
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