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© sedrik nemeth

Des étudiants à l'épreuve d'une si étrange rentrée

Publié mercredi 7 octobre 2020 à 08:54
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Publié mercredi 7 octobre 2020 à 08:54 
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Depuis un mois, les hautes écoles et universités romandes ont rouvert leurs portes. La pandémie a donné un caractère inédit à cette rentrée. Trois étudiants racontent comment ils la vivent.
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«Je suis contente d’être là, de faire fonctionner à nouveau mon cerveau.» Sous le masque, on devine son sourire. Comme de nombreux étudiants romands, Lara Bayer, 18 ans, a retrouvé le chemin des salles de classe il y a un mois. Pour la plupart d’entre eux, la pandémie les tenait éloignés de leurs camarades et de leurs professeurs depuis mars. Une situation inédite dans la vie d’un étudiant. Lara, elle, commence son parcours universitaire. Quand le covid a frappé ce printemps, elle s’apprêtait à terminer sa maturité gymnasiale. Très vite, elle a su qu’elle obtiendrait son diplôme sans passer par la case examens. «Je peux presque dire que je suis en vacances depuis ce moment-là, explique-t-elle. Après autant de temps à la maison, cela fait du bien de découvrir un environnement nouveau et de reprendre un rythme de travail.»

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«Les gens viennent suivre le cours et repartent. Avec le masque et les distances, personne n’ose vraiment faire le premier pas.» Lara Bayer, 18 ans, Université de Fribourg.

Des débuts académiques qu’elle s’était cependant imaginés bien différemment. Pour réduire les contacts, la Faculté de droit de l’Université de Fribourg a séparé les étudiants en deux groupes. Chaque semaine, Lara a donc accès au campus deux jours et étudie en ligne deux jours. «Comme je me déplace depuis La Tour-de-Peilz, je peux diminuer le nombre de trajets», relativise-t-elle. Une situation qui complique en revanche son intégration, malgré son tempérament très ouvert. «Franchement, c’est assez compliqué de se faire des amis. Les gens viennent suivre le cours et repartent. Dans l’amphithéâtre, avec les masques et les distances, personne n’ose vraiment faire le premier pas. Il y a de la frustration, car je voyais l’université comme une période de ma vie où j’allais pouvoir créer des liens.»

L’accueil des nouveaux a également été prétérité par l’annulation des traditionnels apéros de bienvenue et fêtes de début de semestre, courants à Fribourg. Une situation dont la direction de l’université est consciente: «Ils peuvent trouver toutes les informations dont ils ont besoin en ligne, explique Marius Widmer, responsable de la communication. Au niveau social, c’est évidemment plus compliqué pour eux, ce que l’on regrette. Mais nous devons tous nous adapter à la situation et il nous semble que les étudiants sont très compréhensifs.»

Anna Currat, 22 ans, est en troisième année d’ingénierie de la science de la vie à l’EPFL. Là-bas aussi, on a choisi de limiter le nombre d’étudiants présents simultanément. Ceux-ci sont séparés en trois grâce à un système typique de l’école polytechnique: pour connaître leur groupe, ils doivent diviser leur numéro de matricule par trois. Ils sont ensuite classés selon le reste de la division, qui ne peut être que de 0, 1 ou 2. «J’ai toujours eu de la peine à travailler chez moi, explique Anna. J’avais pour habitude d’étudier à l’EPFL, quitte à rester tard, de sorte à pouvoir oublier les cours une fois à la maison.»

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«Mon domaine d’étude est très lié au virus. Je pense que la pandémie ouvre des portes plus qu’elle n’en ferme.» Anna Currat, 22 ans, EPF de Lausanne.

Durant la période où les cours étaient donnés intégralement en ligne, c’est au niveau des séries d’exercices que la motivation a manqué et qu’elle a accumulé du retard. Sans conséquence dramatique, puisqu’elle a réussi ses examens. «Je suis peut-être passée à côté d’une partie de la matière, mais je ne pense pas qu’il va me manquer quelque chose pour la suite. C’est le but des ingénieurs que de s’adapter à la situation et de trouver des solutions», glisse-t-elle malicieusement.

Anna ne voit pas la pandémie comme un frein pour son entrée sur le marché du travail. «Mon domaine d’étude est très lié au virus. Je pense que la pandémie ouvre des portes plus qu’elle n’en ferme.» En cours de biologie, par exemple, les étudiants réalisent déjà des travaux sur le covid: «Une façon de rendre concrète la théorie que l’on voit en cours.»

Le pire cas de figure, à savoir une multiplication du nombre d’infections au sein de l’université et un retour à un enseignement entièrement en ligne, n’est pas à exclure. «Notre groupe de travail a tenu à anticiper ce risque au maximum, explique Daniel Chuard, délégué à la formation. Nous croisons les doigts pour que ce ne soit pas le cas, mais nous serions prêts à assurer immédiatement la prestation en cas de besoin.» Pour Anna, il s’agirait d’un coup dur: «J’ai vu combien j’ai été embêtée au printemps avec le retard accumulé. J’espère donc, le cas échéant, ne pas répéter mes erreurs.»

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«Cette période particulière m’a libéré du temps pour développer des projets à côté des cours.» Jonathan Gretz, 20 ans, HES-SO de Sierre.

Il en est un que le retour aux cours en ligne ne dérangerait pas. Jonathan Gretz, 20 ans, est étudiant en troisième année de bachelor à la HES-SO de Sierre. Cette période particulière lui a permis de développer ses projets à côté des cours. «Ici, nous n’avons pas la liberté académique. Quand nous sommes en classe, il y a souvent des périodes où je ne suis pas attentif. Avec les cours en ligne, à condition d’avoir une bonne discipline, il est possible de libérer plus de temps en dehors.» Du temps qu’il a utilisé, avec un collègue, pour créer une application permettant aux étudiants de commander leur repas de midi auprès de la cafétéria ou des restaurants entourant l’école. Ainsi, le repas de leur choix leur est servi dès la fin des cours. Ce qui permet d’économiser un temps précieux, la pause ne durant que quarante minutes. Ce genre de projet est en adéquation totale avec la façon dont Jonathan, entrepreneur dans l’âme, envisageait ses études: «C’est pour cette raison que je suis venu à la HES.»

A Sierre, contrairement à beaucoup d’universités, tout le monde suit les cours en classe. Masques, distances et hygiène des mains sont évidemment exigés. «Je pense que la HES a fait un travail remarquable, que ce soit au printemps ou lors de cette rentrée, explique Jonathan. Je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir perdu en qualité d’enseignement ou d’être passé à côté d’une partie de la matière.» Il émet cependant une réserve quant à la pertinence du port du masque. «On voit que les cas continuent d’augmenter. Surtout, dès que nous sortons du bâtiment, nous les enlevons et nous retrouvons souvent à moins de 1 mètre les uns des autres.»

S’il concède la difficulté au niveau social, Jonathan tire du positif de ces derniers mois, en ce qui concerne ses études. «Je pense qu’on a vu qui était passif ou, au contraire, actif durant cette période. Ce fut aussi une opportunité de se démarquer, pour se rendre le plus attractif possible pour le marché.»

En mars, quand le confinement a été imposé, les universités ont dû travailler dans l’urgence pour permettre aux étudiants de suivre les cours de chez eux. Une situation qui a donné un coup d’accélérateur considérable aux projets de numérisation des cours. «Nous avons mis en place en deux semaines ce que nous avions prévu de faire sur trois ans», explique Marius Widmer, de l’Université de Fribourg. A l’EPFL aussi, on mise beaucoup sur le blended learning, méthode hybride qui allie cours en ligne et ateliers en présentiel.

Davantage encore depuis l’expérience réussie de ces derniers mois. Bien qu’ils ne soient de loin pas totalement emballés par l’expérience des cours en ligne, nos trois étudiants sont plutôt favorables à ce système hybride. Une solution qui offre de la flexibilité et qui risque de se démocratiser dans les prochaines années. Tous trois s’accordent cependant sur un point: suivre un cours devant son ordinateur ne remplacera jamais l’expérience universitaire.


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