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© Theo Wargo/Getty Images

Le fabuleux destin des jumeaux milliardaires

Publié mercredi 31 janvier 2018 à 00:00
modifié lundi 14 mai 2018 à 15:48
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Publié mercredi 31 janvier 2018 à 00:00 
modifié lundi 14 mai 2018 à 15:48
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A lui seul, le bitcoin aurait déjà propulsé 35 personnes dans le club des milliardaires. Parmi eux, Cameron et Tyler Winklevoss, anciens champions d’aviron et meilleurs ennemis de Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. 
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Retour sur un phénomène, qui, pour certains, n'est qu’une escroquerie ou une simple bulle financière, mais où d’autres voient une révolution qui enterrera les monnaies actuelles. Ils sont jeunes (36 ans), beaux, célèbres et désormais riches à milliards.
Si leur nom vous dit quelque chose, c’est parce que vous les avez peut-être découverts dans le film Social Network, qui retrace la création de Facebook par Mark Zuckerberg. A moins, plus improbable, que vous ne vous souveniez de leur sixième place obtenue en deux sans barreur aux JO de Pékin, en 2008. On rembobine. Cameron et Tyler Winklevoss naissent le 21 août 1981, au sein d’une famille qui ne manque de rien, comme on dit. Les jumeaux ont une jeunesse dorée et font leurs études à Harvard, où ils se lient d’amitié avec l’un de leurs camarades de promo: le fondateur de Facebook. Lors d’une soirée, en 2003, ils confient à ce dernier l’idée de créer un réseau social pour mettre les étudiants du campus en réseau. Enthousiaste, Zuckerberg s’engage à développer le site, avant, une année plus tard, de lancer Thefacebook.com. Seul. Les jumeaux crient à la trahison. Commence alors une saga judiciaire qui se réglera à l’amiable, en 2008, par le versement de 65 millions de dollars de dédommagement par le patron de Facebook (20 millions en liquide et 45 millions en actions).

De 3000 dollars à 25 millions

Forts de leur butin, les «Winklevii», comme on les surnomme, n’abandonnent pas pour autant le monde des hautes technologies. Au contraire, ils se lancent à corps perdu dans le trading des cryptomonnaies, le bitcoin notamment. Alors que la plus célèbre des cryptodevises cote moins de 100 dollars, ils en achètent pour 11 millions de dollars, en 2013. C’est peu dire qu’ils ont le nez creux puisque quatre ans plus tard, début janvier, leur mise atteint 2,8 milliards de dollars. On raconte que pendant la même période, 33 autres acheteurs de bitcoins de la première heure ont également rejoint le statut de milliardaires. Parmi ceux-ci, un ancien ingénieur de la Silicon Valley, aujourd’hui rentier, qui a raconté sa folle histoire au magazine américain Forbes, sous un nom d’emprunt. M. Smith dit avoir entendu parler pour la première fois du bitcoin en 2010, par un ami, après que la cryptomonnaie eut bondi de 0,008 à 0,08 dollar en seulement cinq jours. «Cela a attiré mon attention, mais j’ai attendu plusieurs mois avant d’investir 3000 dollars», confie-t-il. Il acquiert finalement 20 000 bitcoins au prix de 0,15 dollar pièce, sous les railleries de ses collègues. Pendant trois ans, M. Smith continue à travailler et oublie presque son investissement. Jusqu’en 2013, année où la valeur du bitcoin commence à exploser. «Ça augmentait de 10% par jour. J’avais du mal à le croire. J’étais à la fois nerveux, excité, terrifié et confus», raconte-t-il.

A 150 000 dollars

A 350 dollars, il en vend 2000. Puis 2000 de plus à 800 dollars. En quelques jours, il amasse 2,3 millions de dollars. «C’est à ce moment-là que j’ai quitté mon boulot et que je suis parti faire le tour du monde», se souvient-il. Depuis, il en a encore revendu 15 000, faisant passer sa fortune à 25 millions de dollars. «J’en possède encore 1000, que j’envisage de vendre lorsque le prix du bitcoin atteindra 150 000 dollars», assène-t-il.

Au journaliste, M. Smith affirme n’avoir aucun regret d’avoir vendu trop tôt. «J’ai tout ce dont j’ai toujours rêvé. Je parcours le monde, je fais ce que je veux et je n’ai plus de souci d’argent. J’aurais été un imbécile de ne pas tirer profit de mon petit placement», conclut le nouveau riche, heureux et sacrément fier de son coup.

FREDERIC LAFARGUE
C’est à Keflavik, dans la campagne islandaise, que vos bitcoins seront peut-être «minés». L’Islande et sa fraîcheur, pour refroidir des centaines de serveurs reliés à des serveurs par des kilomètres de câbles. Bienvenue au cœur de la cybermonnaie.

Les cryptomonnaies, arnaque ou révolution?

Lorsqu’une classe d’actifs voit sa valeur multipliée par 100 000 et plus en quelques semaines, pas étonnant qu’elle enflamme les esprits et nourrisse tous les fantasmes. Quoi qu’on en pense, il faut admettre que l’émergence fulgurante des cryptomonnaies (il en existe désormais près de 2000) et de leur étendard, le fameux bitcoin, ébranle et interpelle désormais bien au-delà des milieux financiers. Juste pour le fun, sachez que le premier taux de change du bitcoin, dont le prix culminait à 20 000 dollars il y a trois semaines, était de 0,001 dollar en octobre 2009. A cette époque, on pouvait donc acquérir à peu près 110 000 bitcoins avec 100 francs suisses. Faites le compte! Vu sous cet angle, tout paraît simple. Grave erreur. Même s’il anime les conversations, même s’il est désormais passé de la science-fiction à la réalité et même si son univers est fascinant, le monde des cryptomonnaies demeure très mystérieux et souvent impénétrable pour le commun des mortels. Alors, bitcoin et cryptomonnaies: arnaque ou révolution?

C’est quoi, une cryptomonnaie?

2008. Un certain Satoshi Nakamoto, qui se révèle être un nom d’emprunt et que personne ne connaît aujourd’hui encore, publie sur Internet un PDF de huit pages qui décrit le fonctionnement d’une monnaie qu’il vient d’inventer: le bitcoin (https://bitcoin.org/bitcoin.pdf). Ceux qui lisent et relisent ce document finissent par comprendre que cette monnaie virtuelle repose sur un réseau décentralisé d’ordinateurs fonctionnant en peer-to-peer. En clair, un réseau où les utilisateurs sont à la fois clients et serveurs, au sein duquel les mouvements se font sans l'intervention d’intermédiaires. Ni pièce, ni billet, ni banque, ni banque centrale. Le système est autonome et «fabrique» lui-même les bitcoins, dont le nombre est fixé à 21 millions jusqu’aux alentours de 2140.

Comment ça marche?

La monnaie est créée à l’occasion d’opérations dites de minage, effectuées par des membres du réseau. Ces «mineurs» mettent les capacités de calcul de leur ordinateur au service du bitcoin pour valider puis réunir, sous forme de blocs liés les uns aux autres (la blockchain), chaque transaction sous forme cryptée. Autrement dit, cette chaîne de blocs est l’équivalent d’un grand livre de comptes où est inscrit qui a payé quoi, combien, quand et à qui. Basé sur une alchimie mathématique et informatique extrêmement complexe, cette chaîne de blocs est réputée infalsifiable. Pour recevoir des bitcoins ou une autre cryptodevise, un utilisateur doit posséder une adresse composée d’une chaîne de 27 à 34 lettres et chiffres. Il stocke ensuite son avoir dans un portemonnaie virtuel appelé aussi wallet.

Est-ce sûr? Heu, oui. Normalement…

Pas besoin d’être «mineur» pour se procurer une cryptomonnaie. On peut en acquérir via des plateformes en ligne qui font l’intermédiaire avec les réseaux précités. Ou, plus compliqué, en installant un logiciel et la base de données qui va avec. Une chose est certaine cependant. Une fois en possession de l’«argent», ou plutôt des clés donnant accès à votre «argent», mieux vaut conserver son wallet et son code en lieu sûr. Code volé ou égaré égale cryptomonnaies perdues. Et puis, le bitcoin et ses «descendants» restent très convoités par les hackers. En témoignent les nombreuses arnaques informatiques recensées sur des sites proposant d’acquérir ou de vendre des cryptomonnaies. Les «braquages» sont courants aussi. Le plus célèbre d’entre eux remonte à février 2014, quand le site Mt. Gox, deuxième plus grande plateforme de cryptomonnaie du monde, fait faillite après que des pirates ont détourné plus de 650 000 bitcoins lui appartenant. En 2016, près de 120 000 bitcoins sont volés à plusieurs particuliers par des hackers, parvenus à se connecter à la plateforme Bifinex, à la suite d'une faille de sécurité.

Ce que pensent les experts

Malgré ces avertissements et le spectre de la régulation du système par les Etats, malgré les critiques de plus en plus virulentes contre cette technologie terriblement énergivore (une transaction en bitcoins demande 3994 fois plus d’énergie qu’une carte de crédit), Adrien Treccani n’en démord pas. Pour lui, l’avenir de la monnaie virtuelle est tout tracé. «Dans cinq ans, tout le monde dans notre pays y aura investi quelques centaines de francs», estime le CEO de la société Metaco SA, à Vevey, qui vient de lancer avec fracas la première plateforme de conservation de cryptomonnaies conçue pour les banques. Le Vaudois rejoint ainsi l’avis d’un poids lourd de la finance helvétique. Ex-directeur d’UBS et de Credit Suisse, Oswald Grübel estime lui aussi que la récente hausse du bitcoin et des cryptomonnaies n’a rien d’une bulle mais indique clairement que beaucoup de gens n’ont plus confiance dans leur banque centrale et dans la monnaie papier. Quant à la volatilité, Adrien Treccani ne s’en inquiète pas. «Depuis 2012, j’en ai vu des bien pires que ces dernières semaines. Elle se stabilisera quand il y aura plus de liquidités et une utilisation plus universelle de ce nouveau marché. D’ici là, des «cryptos» qui n’apportent aucune plus-value auront disparu, d’autres se seront imposées. Je n’imagine pas voir le bitcoin ou l’ethereum disparaître, par exemple.»

L’avertissement de Pascal Broulis

Dans Blick, Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie 2001, voit carrément le bitcoin et les autres comme autant de monnaies favorisant l’évasion fiscale, le terrorisme et le blanchiment d’argent. Une déclaration qui démontre que l’Américain n’en a pas compris les enjeux, analyse Adrien Treccani. «Avec leur grande traçabilité, les cryptomonnaies sont au contraire beaucoup plus transparentes que le cash et la monnaie fiduciaire. En réalité, elles sont tout sauf idéales pour les criminels.» Grand argentier du canton de Vaud, Pascal Broulis confie ne pas craindre le phénomène mais lance d’emblée une mise en garde. «C’est une révolution au sens du modèle de paiement. Elle permet de contourner les intermédiaires qui se sucrent sur votre dos. Je trouve ça intéressant quand bien même je ne mettrais pas toute ma confiance dans une technologie. Votre monnaie peut être hackée ou disparaître. Cela dit, en tant que démocrate, j’estime qu’il faut contrôler ce système au plus vite. Les Etats y travaillent et les cryptomonnaies vont se faire rattraper plus rapidement que ne le prévoient ceux qui les créent. Il ne faut pas croire que vous êtes un citoyen libre sans compte à rendre à la collectivité. Dans nos Etats, la main des impôts finance la main des prestations. Si vous possédez pour 10 000 francs de cryptomonnaies, sachez que vous devez les déclarer au fisc, qui les taxera via l’impôt sur la fortune à leur valeur arrêtée au 31 décembre. Les cryptomonnaies auront bientôt les mêmes règles que les autres.» La ruée vers l’or est bel et bien lancée, mais le gendarme veille…

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