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Comment faire fructifier vos économies

L’époque de taux d’intérêt rémunérateurs étant définitivement révolue, il faut dénicher d’autres pistes et prendre un minimum de risques pour rentabiliser son épargne. Les filons de nos experts pour bien placer son argent.

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Selon nos experts, 5 ans constitue l’horizon temps minimum nécessaire pour placer judicieusement son capital. DR

Mesdames, Messieurs, chères lectrices et chers lecteurs! Sur la base d’un rapport de Credit Suisse publié en octobre dernier, nous avons le plaisir et l’avantage de vous informer que vous êtes, ou plutôt que nous sommes, nous, les Suisses, les plus riches du monde! Loin devant les Australiens et les Américains.

En effet, selon la banque aux deux voiles, notre fortune moyenne par adulte culmine à 527'000 francs. Cela peut faire sourire ou grincer, mais ce sont les stratèges de l’établissement – dont on ne saurait mettre en doute le sérieux – qui l’affirment. Mieux, selon eux, 61% des adultes helvétiques possèdent des actifs supérieurs à 100'000 dollars et 11% d’entre eux sont carrément millionnaires en dollars (la statistique est donnée en dollars, allez savoir pourquoi). Quant à la richesse des ménages, elle a augmenté de 39% entre 2000 et 2018, assure le rapport.

Autant dire qu’il y a dans ce pays beaucoup d’argent à placer ou à investir. Mais comment faire fructifier ses économies alors que les taux d’intérêt de l’épargne sont au plancher, voire négatifs, et ne devraient pas remonter de sitôt? Comme le disait Coluche, la réponse est contenue dans la question. Le binôme «épargne-rendement» étant devenu caduc, il est donc nécessaire d’ajouter un peu de risque pour au moins se protéger de l’inflation et, pourquoi pas, engranger un chouïa de boni. Reste à savoir par quels biais y parvenir. Cette équation, nous l’avons soumise à divers experts de la finance avec, comme base de calcul, une somme à placer variant entre 10'000 et 100'000 francs. Voici le fruit de leurs réflexions…

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  Guillaume Long

Plutôt téméraire ou peureux?

D’abord, tous ces spécialistes ès finances commencent par préciser le sens du mot «risque», partant du postulat qu’il existe autant de profils d’investisseurs qu’il y a d’épargnants. «Selon que vous ayez 25, 40 ou 60 ans, et que vous disposiez – ou pas – d’un matelas de précaution solide pour faire face à des besoins inattendus, le risque pris ne sera pas le même que si vous êtes susceptible d’avoir besoin de vos sous à tout moment», préviennent-ils en chœur. Idem si vous n’avez ni l’envie ni les nerfs pour supporter les soubresauts et les sautes d’humeur cycliques de l’économie, des marchés financiers ou de l’immobilier. Vous l’aurez compris, le placement présumé intéressant dépendra essentiellement de votre horizon temps et des haut-le-cœur que vous êtes prêts à subir. C’est sur cette base que vous conseillent nos planificateurs financiers.

«Cash is King!»

Nous avons contacté cinq d’entre eux pour réaliser ces pages. Et, ô surprise, les deux premiers, actifs dans la région lémanique et qui tiennent à leur anonymat, nous ont tenu un discours pour le moins iconoclaste. Comme disent les Anglo-Saxons, «cash is king!», claironne tout de go le premier d’entre eux. «Si vous avez des économies, placez-les dans une banque notée triple A ou en sécurité dans un coffre et ne les touchez plus. Vous serez au moins sûr de les retrouver dans dix ans.» C’est dit! «Les marchés de toutes sortes sont devenus si compliqués, si surévalués, si manipulés que ce qui représentait un risque mineur ou moyen il y a quelques années est devenu un risque majeur aujourd’hui», invoque le second, avant d’enfoncer le clou: «L’immobilier? Les taux sont certes historiquement bas, mais, à l’inverse, les prix des objets sont historiquement hauts. Il faudrait une baisse d’une vingtaine de pour-cent pour se lancer», estime-t-il.

Phase 1: optimiser!

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«Optimiser ses dépenses fixes peut permettre de financer une part de son 3e pilier ou un rachat dans son 2e pilier», selon Mara Perrino. Didier Martenet/ L'illustré

Fondatrice et directrice de MAPE Conseils, à Lausanne, Mara Perrino n’est pas si péremptoire et restrictive. Il n’empêche que sa politique de gestion repose sur une prudence extrême. «L’immobilier excepté, j’écarte tous les produits et les options de placement susceptibles de faire perdre de l’argent à mes clients», confie-t-elle. Du coup, cette politique du risque zéro a-t-elle encore un intérêt? En fait, notre interlocutrice s’est spécialisée dans ce qu’on pourrait appeler le conseil ciblé et l’optimisation fiscale pour tous. «J’entends souvent des gens dire qu’ils n’ont pas les moyens de racheter des parts dans leur 2e pilier (LPP) ou d’ouvrir un compte 3e pilier, deux placements entièrement déductibles du revenu sur la déclaration d’impôts. Pourtant, même avec 0 franc d’économie, il y a souvent une possibilité de faire quelque chose», assure la gestionnaire. Comment? «En épluchant et en optimisant les dépenses fixes telles que primes maladie, primes auto, primes RC ménage, incendie, intérêts hypothécaires s’il y en a et, enfin, en s’assurant que les déductions fiscales autorisées sont correctement répercutées. Tout compte fait, on parvient souvent à économiser plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de francs qui servent ensuite à financer le rachat LPP ou le compte du 3e pilier.»

L’immobilier «raisonnable», comme elle le dit, est une seconde option pour elle. «Un studio, ici ou, pourquoi pas, à l’étranger, représente une alternative intéressante. Avec 20% ou 30% de fonds propres, ce type d’objet produit un bon rendement, que l’on peut estimer entre 3% et 6% par an. Mais on ne peut naturellement pas écarter un risque de dévaluation, de difficulté d’encaissement des loyers, sans oublier l’entretien», rappelle Mara Perrino.

à partir de 10'000 francs

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«Il faut investir en francs suisses pour éviter le risque de change et être attentif aux frais et autres commissions qui mangent le rendement», selon Jérôme Schupp. Miguel Bueno

Analyste financier auprès de la société Prime Partners, à Genève, Jérôme Schupp élargit le champ d’action. Pour lui, un investisseur peut faire fructifier ses économies à partir de 10'000 francs déjà. «Il peut souscrire un fonds multi-actif qui lui donnera accès tant aux actions qu’aux obligations internationales, ainsi qu’à l’immobilier et à l’or, tout cela au travers d’un seul produit. Cela permet d’être ainsi très diversifié et donc de limiter les fluctuations de prix dudit produit.»

Maintenant, si quelqu’un dispose de plusieurs dizaines de milliers de francs, il peut, en complément d’un fonds multi-actif, investir une partie de son capital sur un ETF (Exchange Traded Fund, ndlr), plus communément appelé tracker. Quèsaco? «C’est un fonds indiciel coté en bourse qui réplique la performance d’un indice, par exemple le SMI (Swiss Market Index, qui regroupe les 20 principales valeurs du marché helvétique, ndlr). Au lieu d’acheter une action de chacune des 20 entreprises, ce qui serait bien trop onéreux, vous acquérez un ETF, qui offre une bonne diversification. Autre avantage de ce produit: la commission de gestion est faible, 0,2%, contrairement à celle d’un fonds de placement, qui s’élèvera à 1,5%. Deux conditions à observer strictement toutefois: primo, toujours rester en francs suisses, pour éviter les risques de change et, secundo, avoir un horizon d’investissement d’au moins cinq ans, dix dans l’idéal», expose le financier du bout du lac, remarquant que les ETF en francs suisses ne se limitent pas au SMI.

«Il en existe sur d’autres indices étrangers ou sur divers secteurs d’activité comme la technologie, la santé, les matières premières, les métaux précieux, etc. La personne qui, par contre, recherche des actions en direct devrait alors se focaliser sur les grandes valeurs suisses comme Nestlé, Novartis, Roche ou encore Swiss Re, qui ont en plus l’avantage de payer des dividendes élevés, jusqu’à 6%. En ce qui concerne les obligations, les rendements sont actuellement très bas, voire négatifs en francs suisses ou même en euros. Par contre, un fonds obligataire sur la dette d’entreprises asiatiques serait également un bon complément aux investissements déjà mentionnés. A l’inverse, les investisseurs plus prudents pourraient compléter leurs positions avec un investissement en or, via un ETF, dont la Banque cantonale de Zurich est la spécialiste. L’or a le mérite de représenter une valeur refuge en cas de krach boursier mais l’inconvénient de ne rapporter aucun intérêt ni dividende», souligne le cadre de Prime Partners.

Le sourire de l’Asie…

En résumé, les atouts de l’ETF sont multiples, aux dires de notre consultant. «C’est un investissement passif, qui ne demande pas de passer du temps à le surveiller et qui permet surtout de diluer le risque. Il y a certes un minimum de connaissances à avoir avant d’en acquérir, mais certainement pas plus que pour un investissement immobilier», récapitule Jérôme Schupp.

Enfin, malgré leurs coûts, quelques fonds de placement, toujours en francs suisses, méritent qu’on s’y intéresse. Dans le domaine immobilier, par exemple. «Un autre produit est actuellement en vogue: des fonds obligataires en francs suisses sur des entreprises asiatiques, dont la performance atteint 3% à 4% par année.»

Cinq comptes plutôt qu’un

Logiquement, le directeur romand de VZ, leader dans la planification des retraites, nous livre ses précieux conseils pour tirer le maximum de rentabilité du 2e et du 3e piliers, dont les primes sont entièrement déductibles du revenu. Comme ouvrir jusqu’à cinq comptes par personne. Et pour cause: «Les hommes pouvant retirer leur 3e pilier à partir de 60 ans et les femmes dès 59 ans, mieux vaut faire des retraits périodiques. L’impôt étant soumis à un taux progressif, retirer 20'000 francs par année pendant cinq ans coûtera moins cher que de retirer 100'000 francs d’un coup. La différence d’impôts se chiffre en milliers de francs, explique Roland Bron. En Suisse romande, le taux d’imposition, canton et commune cumulés, varie entre 2% et 14%.» Question récurrente: où ouvrir ces comptes? Auprès d’une banque ou d’une assurance? Auprès d’une banque, pour Roland Bron. «Mélanger l’épargne et le risque n’est pas conseillé. Mieux vaut faire une assurance risque pur en parallèle si nécessaire.»

A noter, pour être tout à fait complet, qu’un homme peut retarder jusqu’à 70 ans (69 ans pour une femme) son retrait du 3e pilier. «A condition d’avoir un revenu, même faible, soumis à l’AVS. Dans ce cas, la personne peut continuer à cotiser», précise notre spécialiste. Les comptes de 3e pilier donnent actuellement très peu d’intérêts (environ 0,2%). Si l’horizon de placement est de cinq ans au minimum, il est préférable de faire fructifier son capital par le biais de fonds de placement.

Cryptomonnaies: non, mais…

Autre option très intéressante pour Roland Bron: opérer des rachats dans le 2e pilier. «Si on tient compte de l’avantage fiscal que cela entraîne, le rendement d’une telle opération varie souvent entre 4% et 8% par an.» Mais avant cela, il s’agit de vérifier la solidité de votre caisse de pension, prévient le conseiller. «Le degré de couverture indique l’état de santé de l’institution. Celui-ci ne devrait pas être inférieur à 100%», estime ce dernier, avant d’ajouter: «Il n’est pas inutile de rappeler que le 2e pilier peut être nanti auprès d’un institut financier pour l’achat de son propre logement. En totalité jusqu’à 50 ans puis, au-delà, à hauteur du capital accumulé jusqu’à 50 ans ou, si celui-ci est supérieur, de la moitié du capital accumulé au moment du nantissement.»

Pour terminer, quid des cryptomonnaies, type bitcoin, qui ne cessent de faire parler d’elles? «Après une analyse approfondie, nous déconseillons cette option à nos clients. Le secteur demeure très spéculatif et l’utilisation des monnaies numériques est encore très limitée et exige des connaissances étendues. De plus, en Suisse, ces monnaies ne reposent sur aucune disposition légale et ne sont pas autorisées comme moyen de paiement officiel. Cela dit, si quelqu’un veut malgré tout se lancer, c’est à ses risques et périls», conclut Roland Bron. Mais, comme le relève Jérôme Schupp, «tout ce qui sort du cash comporte un risque...»


«Nous constatons toujours les mêmes erreurs»

En vingt-deux ans de conseil financier, Roland Bron a réalisé des milliers d’entretiens et analysé autant de dossiers. Il pointe les pièges à éviter.

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Roland Bron, directeur de VZ (VermögensZentrum) SA Suisse romande. François Wavre | lundi13

«Lorsqu’un dossier génère un rendement plus faible que la moyenne avec pourtant des risques plus élevés, il y a généralement un problème dans le processus de placement», résume le boss romand de VZ, la principale société indépendante de conseil financier de Suisse. Fort de sa longue expérience, l’expert met le doigt sur les quatre chausse-trapes dans lesquelles tombe le plus souvent l’investisseur non averti.

Le manque de diversification. «A cause d’un attachement à un pays, à une région du monde ou encore à une foi inébranlable dans un secteur, la personne concentre son placement sur un ou quelques titres. Cette stratégie équivaut à un pari et, comme on le sait, les paris ne sont pas toujours gagnants.»

La perte de maîtrise de la stratégie de placement. «C’est l’une des principales erreurs que nous constatons. Lorsque surviennent une crise ou simplement des turbulences, l’investisseur panique ou surréagit et se défait de ses positions le plus souvent au pire moment. S’écarter de la stratégie sur la base de réactions émotionnelles ou de réflexions tactiques est rarement satisfaisant.»

Le mauvais choix. «L’investisseur non averti se laisse parfois appâter par des promesses de rendements plus élevés que la moyenne. Dans la presque totalité des cas, ces derniers ne sont pas garantis et sont souvent liés à des produits complexes et opaques, comme des hedge funds, ou entraînant des frais élevés qui mangent tout ou partie du rendement.»

Le manque de conseil et de suivi. «Ce n’est pas toujours à la portée d’un non-initié d’avoir la vue d’ensemble ou de sentir la profondeur des marchés financiers ou d’un autre secteur d’investissement. Nous voyons des portefeuilles de titres dont l’évolution historique comporte un nombre important de risques inconscients. Il faut également veiller à vérifier et à adapter le concept de placement aux différentes phases de la vie ainsi qu’à l’évolution de ses besoins.»


Par Rappaz Christian publié le 1 juillet 2019 - 09:44, modifié 18 janvier 2021 - 21:09