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Tout un roman(d)

Fanny Smith a transformé sa dyslexie en force

Si rapide sur les pistes, la gagnante de la Coupe du monde de skicross 2019 ralentit devant un texte: elle est dyslexique et dysorthographique. Elle a fait de cet obstacle une force.

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Fanny Smith

Fanny Smith a fait de sa dyslexie une force.

Sedrik Nemeth / L illustre

«D’abord, je vois la dyslexie comme un obstacle rencontré dans ma vie, rien de plus, et j’encourage tous ceux qui en souffrent à faire pareil. Depuis toute petite, j’ai toujours essayé de transformer cette faiblesse en atout, sans m’apitoyer.

J’ai un grand frère, ma mère est enseignante. Dans ma famille, on s’est vite rendu compte qu’il y avait un problème, que tout allait être compliqué pour moi à l’école. Vers 10 ans, à l’âge où on commence à lire et à écrire des dictées, la lecture est devenue un moment de tension. Je repérais le début d’un mot mais j’inventais la fin. J’allais lentement, je butais sur les syllabes, je devais les décortiquer. Un tel souci peut paraître incompréhensible, c’était pourtant mon quotidien. Lire à haute voix créait une pression supplémentaire.

La pire situation survenait quand j’étais appelée à le faire en classe. Je le ressentais comme une punition et priais pour que le prof ne prononce pas mon nom.

Honnêtement, je pense que je n’ai jamais pu terminer un seul des livres qu’on nous a donnés à lire à la maison. Je n’ai le souvenir que de la série des «Mimi», avec laquelle j’ai eu un certain plaisir. A l’époque, un livre était le pire cadeau qu’on pouvait me faire.

Aujourd’hui encore, si je reçois un long message, il y a une chance sur deux pour que je le mette de côté et l’examine plus tard. Je ne m’attaque à des ouvrages entiers que pendant mon mois de vacances, en mai.

Mes proches ont essayé toutes les techniques pour m’aider, de la logopédie aux solutions plus alternatives. Même pendant les congés, je n’arrêtais pas de m’entraîner. Ma mère a tenté le «journal de vacances», mon père, lui, avait des méthodes rigolotes: il me faisait réciter des poésies en posant un pied sur un tabouret, pour la concentration.

C’est le paradoxe avec moi. Je suis lente pour lire alors que je fais tout très vite, et pas seulement sur la piste. Je réfléchis à toute vitesse et ma grand-mère disait par exemple que je préparais une tasse de thé en un clin d’œil. Comme je n’ai pas un caractère patient, la dyslexie est sans doute plus frustrante pour moi que pour une personne au tempérament relax.

Quant à la dysorthographie, elle tient aussi à la difficulté du français. Les «o» et les «eau», quelle galère! Jeune, il m’est arrivé de passer deux heures sur un mail. Puis je l’envoyais et je n’y pensais plus. Comme disait mon père: «Fanny, il vaut mieux qu’il parte avec des fautes que pas du tout.»

Au final, je n’ai jamais rien manqué à cause de la dyslexie. Elle m’a peut-être même amenée à prendre les bonnes directions. L’environnement a aussi son importance. Si j’ai un conseil à donner à un enfant avec le même problème, c’est: «Ne lâche rien, ce n’est qu’une toute petite partie de ta vie! Touche à tout ce qui te passionne et donne-toi les moyens d’y parvenir.»

Au début, le skicross n’était qu’une idée farfelue; mes parents n’auraient jamais pu payer une telle carrière. Et j’ai été championne du monde. Chez nous, on répétait sans cesse: «Tout est possible.» Dyslexique ou pas.»

>> A suivre: irrésistible cette saison, la Vaudoise de 28 ans vise le titre aux Mondiaux de skicross, du 11 au 13 février à Idre Fjäll (Suède).


Sa dernière grande émotion

Fanny Smith et sa grand-mère

Fanny Smith et sa grand-mère Betty un jour de départ en vacances en Crète, ici au restaurant du Lacustre à Lausanne, en 2018.

Julie de Tribolet

La championne a perdu sa chère grand-maman Betty, sa «Super Mamy», en novembre dernier. «Elle s’est envolée. Elle était ma compère, ma confidente, ma plus grande supportrice. Elle fera toujours partie de moi», glisse-t-elle, citant Victor Hugo: «Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis.»

Par Marc David publié le 27 janvier 2021 - 08:51