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Le portrait

Flavie Capozzi, le feu au lac

Objectif: traverser le lac Léman dans sa longueur, soit 72 km de nage sans interruption. Pour relever ce défi, la Vaudoise de 21 ans a subi un entraînement extrême et développé un mental d’acier. A l'approche de la grande traversée, rencontre avec cette sportive au caractère forcément bien trempé.

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Flavie Capozzi s’entraîne en maillot ou en combinaison en néoprène. Le jour du départ, elle s’enduira les bras de graisse de chèvre pour se prémunir du froid. Didier Martenet

Deux paquets de barres de céréales à moitié entamés, un lingot de pâte de dattes, un bac à légumes débordant de Pom’Potes. A Gland (VD), l’appartement de Flavie Capozzi est rempli de réserves d’énergie. De l’énergie, elle en aura bien besoin. Car à 21 ans, cette jeune fille s’est lancé un défi de taille: traverser le lac Léman dans sa longueur, du Bouveret à Genève, le 23 août. Soit 75 km, ou trente heures de crawl sans répit.

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Pour gagner du temps et ne pas briser son rythme, son coach lui tend une gourde d’eau. Vingt minutes plus tard, Flavie Capozzi pourra bénéficier d’un en-cas. Didier Martenet

Ce pari fou, Flavie en a toujours rêvé. «Lorsqu’on roulait sur l’autoroute qui longe le Léman, je disais à mon papa qu’un jour je ferais la traversée à la nage.» «Challenge accepted!» A 15 ans, elle gravit la deuxième marche du podium de la traversée en largeur du Léman. Mais elle voit grand: elle vise la longueur.

C’est une phase difficile qui poussera cette Nyonnaise à enfin concrétiser son projet. «J’avais besoin de me raccrocher à un but, à un projet fou qui me permette d’augmenter ma confiance en moi.» Un défi personnel donc, mais pas seulement. Elle nage aussi pour la bonne cause, en faveur de deux associations: Handi-Capable, qui œuvre pour les enfants touchés par un handicap, et l’ARFEC, pour ceux atteints d’un cancer.

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Sa combinaison en néoprène permet à Flavie Capozzi de résister au froid du lac. Didier Martenet

«Née avec des palmes»

Après s’être entourée d’un coach et d’une équipe médicale, le ton est donné. Depuis un an et demi, Flavie vit, mange et rêve lac. «Je ne dirais pas que je suis fier d’elle, car c’est un sentiment commun à tous les parents, confie son papa, Luigi, les yeux rivés sur sa fille qui enchaîne machinalement les crawlées, à 3 mètres du bateau. C’est de l’admiration que je ressens, car mettre sa vie de jeune de côté souligne sa force mentale.»

Fini les soirées, les apéros et les vacances, place à la rigueur. L’entraînement, militaire, se compose de deux semaines intensives, avec parfois des journées de 25 km de nage, suivies d’une semaine plus calme. Le ravitaillement aussi est millimétré, calqué sur des cycles de 20 minutes. Lorsque son coach ne lui tend pas sa gourde avec une perche, il lui donne une compote, ou une banane. Pas de pause donc, car le 23 août, il ne sera pas question de dormir.

>> Voir le portrait de Flavie Capozzi en vidéo:

Portrait

Flavie Capozzi, la grande traversée

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A 21 ans, la Glandoise Flavie Capozzi va tenter de devenir la plus jeune femme à avoir traversé le lac Léman dans sa longueur. Un défi physique et mental.  

Sur le mur de sa cuisine, les photos familiales en bord de mer et à la piscine traduisent la passion de cette fille «née avec des palmes», comme aime à le rappeler son père. Bébé nageur à 3 mois, Flavie a ensuite pris des cours pour renforcer ses bases en natation, des bases acquises en vacances. «Je me souviens quand on était à Charm el-Cheikh, elle s’accrochait à mon dos et on plongeait voir les poissons», raconte son papa. Une passion aquatique qui ne l’a jamais quittée puisque, après avoir participé à des compétitions de triathlon de 10 ans à 17 ans, elle est aujourd’hui professeure de natation.

«Echappatoire»

Bien qu’elle considère le sport comme sa «drogue» et son «échappatoire», Flavie en a bavé. A commencer par les exigences de son coach, patient mais dur. «Je l’ai poussée à bout, jusqu’à ce qu’elle ait mal aux bras, aux jambes, au mental, pour qu’elle connaisse la douleur.» Simuler une panne d’essence pour lui faire tirer le bateau, minimiser le nombre de kilomètres parcourus, s’abstenir de compliments: son entraîneur regorge d’imagination pour la tester. Comme ce jour où il lui concocte un entraînement surprise, sur le lac. «Il est venu me chercher en fin d’après-midi et m’a fait nager, sans me donner aucune indication. J’avais froid, j’étais en pleurs, fâchée», avoue la sportive au franc-parler. Après dix heures d’efforts, dans la nuit et le froid, direction la piscine pour enchaîner avec une journée de travail. «Oui, il y a des jours où je l’ai détesté, où je ne pouvais plus le voir.»

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La jeune femme est parvenue à récolter des dons pour deux associations en faveur des enfants. Par ailleurs, un t-shirt gratuit a été créé pour l’occasion. Didier Martenet

Graisse anti-froid

Mais pour une traversée de trente heures, affronter le froid reste le plus grand défi. Réticente au début, Flavie n’a pas eu d’autre choix que de prendre 15 kg, soit une réserve de graisse suffisante pour résister aux températures d’un lac qui chute parfois à 8 °C. Son alimentation a par ailleurs nécessité un apprentissage de A à Z: «Avant, je sautais des repas, il y a des jours où une pomme me suffisait. Ma nutritionniste m’a appris à manger régulièrement.» Mais quand on a accumulé 1500 km d’entraînement dans les bras et les jambes, grossir, c’est compliqué. «Je me suis déjà levée en pleine nuit pour manger des cookies, et si j’ai envie d’enchaîner cinq McDo le week-end, je le fais», s’amuse-t-elle.

Des efforts pourtant tombés à l’eau puisque, il y a trois mois, après une intoxication alimentaire, elle a perdu près de 10 kg. Alors pour éviter l’hypothermie le jour J, elle s’enduira les bras de graisse de chèvre, un isolant thermique efficace, et piquera des sprints.

«Un volcan»

Les sacrifices, les pleurs et l’épuisement ne sont pas parvenus à décourager cette sportive compétitive. Car sa personnalité contraste avec les deux bouddhas qui siègent dans le salon de son deux-pièces et demie. Flavie, c’est «un volcan, explosive», d’après son père, et «une persévérance et un mental d’acier», selon son coach. Echouer? Hors de question. «Je suis prête physiquement et mentalement. Même si je dois perdre un doigt durant cette traversée, j’y arriverai.» Et lorsqu’on la voit nager seule, au milieu du Léman, avec ses longs faux ongles blancs qui s’effritent sous l’humidité, on veut bien la croire.


Par Olalla Pineiro publié le 16 août 2019 - 17:02, modifié 18 janvier 2021 - 21:05