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© lundi13

La folle journée de la Verte Léonore Porchet

Publié mercredi 23 octobre 2019 à 08:53
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Publié mercredi 23 octobre 2019 à 08:53 
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Parmi les nombreuses candidates vertes aux élections fédérales, 
la jeune femme semblait toute désignée pour l’emporter. Elle a pourtant tremblé avant 
de décrocher le quatrième siège 
de la députation vaudoise. Retour sur 
une journée hors normes.
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Ce dimanche 20 octobre, il est presque 22 heures quand, enfin, les résultats de la ville de Lausanne tombent. Et changent la donne: avec 30 777 suffrages, Léonore Porchet reprend la quatrième place de la liste verte. Avec les deux sièges supplémentaires décrochés par son parti dans le canton de Vaud, la voilà élue.

Dans la pénombre des coulisses du plateau de la RTS à Genève, dans le silence imposé par le direct, la jeune femme bondit, se jette dans les bras de son compagnon. Laisse couler ses larmes. Le dénouement d’une journée qui a vu son élection menacée par une climatologue inconnue au bataillon.

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«Léonore Porchet, chronique d'une élection à suspense

L’accession au National de Léonore Porchet ne devait pourtant pas faire un pli. Très engagée dans la grève des femmes, fortement médiatisée en raison de son activisme au Grand Conseil et de son charisme, la jeune femme – elle a eu 30 ans cet été – avait, semble-t-il, un boulevard devant elle. Dès la matinée de dimanche, Darius Rochebin l’avait appelée pour lui demander de se rendre disponible pour le plateau du 19h30. Mais la politique, même en Suisse, réserve des surprises.

Nouveau statut

La journée avait bien démarré, par un brunch dans un café lausannois avec des proches, dont sa camarade de parti Séverine Evéquoz, entrée avec elle au Grand Conseil en 2017. «Il y a quatre ans, lors des dernières élections fédérales, on était là pour porter d’autres candidats et nos valeurs. Il n’y avait pas d’enjeu personnel et donc aucune pression. Cette fois-ci, Léonore est dans les papables.» «J’ai un autre statut, concède l’intéressée, mais je m’interdis d’être trop confiante, même si ma vie peut changer drastiquement aujourd’hui.» Sa mine réjouie, ses éclats de rire montrent pourtant sa confiance. Une confiance partagée par Adèle Thorens, qui, trois heures plus tard, arrivera en larmes au Café du Simplon, QG des Verts vaudois pour la journée. «Je suis sûre que Léonore sera élue. C’est une magnifique collègue, une bosseuse qui a aussi un côté lumineux.»

Niels Ackermann / Lundi13
16h27. Allez, on pose...

Pourtant, dès le début de l’après-midi et 16% des listes dépouillées, le suspense est au rendez-vous. Derrière Adèle et l’indéboulonnable Daniel Brélaz, deux nouvelles venues passent devant notre candidate: Sophie Michaud Gigon, conseillère communale auréolée du label FRC, dont elle est secrétaire générale, qui s’avoue «abasourdie», et Valentine Python, inconnue au bataillon médiatique. Ne reste plus qu’à demander à cette consultante scientifique de La Tour-de-Peilz, 13e de la liste et entrée chez les Verts l’an dernier, de se présenter un peu. «Cela fait quinze ans que nous, climatologues, tirons la sonnette d’alarme. J’ai voulu aider le parti à préciser son discours, mais je ne pensais pas que ce choix serait plébiscité à ce point», avouera-t-elle. Avant de filer appeler son époux pour le préparer à son éventuelle élection à Berne.

Comment expliquer ce choix qui a créé la stupéfaction au sein même des Verts? D’une part, la caution scientifique de la profession de Valentine Python. D’autre part, peut-être, la figure d’une Léonore Porchet parfois décrite comme «clivante». Une posture rejetée par l’intéressée. «J’ai gagné la majorité des objets que j’ai déposés au Grand Conseil. J’ai des valeurs fortes qui ne vont pas changer, même si je suis bien entendu prête au compromis.» Pour elle, que les Verts n’aient jamais été aussi à gauche, selon l’étude 2019 de l’institut Sotomo de Zurich, n’est pas un problème. «Il n’y a pas de choix à faire entre écologie et politique sociale. Préserver l’environnement, on ne peut pas le faire que pour les riches. Je suis pro-taxes si elles sont utilisées à des fins sociales. Ecoféministe? Oui, j’assume ce terme. Le changement sera féministe ou ne sera pas.»

Doutes

Léonore Porchet raconte avoir décidé de s’engager en politique à la suite de l’arrivée de Christoph Blocher au Conseil fédéral fin 2003. «Que cet homme qui avait fondé un lobby pro-apartheid en Suisse (le Groupe de travail d’Afrique du Sud avait été fondé en 1982, ndlr) devienne ministre à la place d’une femme (Ruth Metzler, ndlr), j’avais trouvé ça terrible.» Depuis, son activisme ne s’est jamais démenti, que ce soit contre les 4x4 en ville, le harcèlement de rue ou le droit à l’avortement.

Sur le plan personnel, elle tente d’être «le plus cohérente possible», par exemple en se privant de viande. «Mais, insiste-t-elle, on vit dans une société où cette cohérence est impossible. En tant que consommateur, on arrive au bout de la chaîne, quoi qu’on fasse, on a un impact ridicule. Il faut responsabiliser ceux qui produisent.» Elle essaie, plaide-t-elle, de «changer le système de l’intérieur». Cuisinée par notre photographe sur ses motivations profondes, elle se dira «profondément animée par le sens du bien commun, par la volonté d’essayer d’améliorer la vie des gens. Etre élue, c’est un honneur, comme de faire des lois pour 600 000 Vaudois.»

Niels Ackermann / Lundi13
21h39. Le passage en plateau se fait attendre.

«Avec des résultats comme ça, Cassis, on le met loin! Loin, loin, loin!» Les exclamations de joie des Verts, notamment des Jeunes venus nombreux suivre la progression des scores, viennent agrémenter le temps qui s’étire. Emaillé de piques envers Jean-François Rime, UDC évincé par les Verts à Fribourg, ou le PDC Claude Béglé. Toujours devancée par Valentine Python et talonnée par l’avocat Raphaël Mahaim, lui aussi élu au Grand Conseil, Léonore Porchet tente de faire bonne figure. «Céline (Vara, ndlr) rentre aux Etats? C’est taré! Je lui fais un message!» Mais avoue commencer à s’inquiéter. Certes, Daniel Brélaz l’a promis, il se retirera en cours de législature. «Bon, que ce soit Valentine ou moi qui siège dans deux ans, ça va très bien. Même si ça a moins de panache. Et si Valentine est catapultée ce soir à Berne... Je suis contente pour elle, mais de Dieu!» Entre les deux, pas d’animosité. «T’as toujours 300 suffrages de plus que moi», taquine l’une. «Désolée», grimace l’autre.

Clameur

«Ce n’est qu’un début», se console l’une de ses plus proches amies, l’ancienne conseillère communale Géraldine Bouchez. «Léonore a fait une super campagne. Et elle a l’avantage d’être jeune.» Les gestes envers la Lausannoise se font plus réconfortants, une main qui serre l’épaule, un câlin en passant.

A 18 heures, la clameur: «Seize sièges! Seize sièges de plus, les gars!» Dont deux sièges supplémentaires pour Vaud. «Là, ça devient un peu pénible», glisse la jeune femme. Plus de nouvelles du journal télévisé, mais confirmation qu’elle est attendue sur le plateau de la RTS pour la soirée bilan des élections.

>> Lire aussi l'article«Ces étoiles montantes candidates aux fédérales» et toute la série consacrée à cette thématique fin septembre.

«Comme un Suisse-Serbie!»

Dans le train, après un coup de fil à Adèle Thorens pour s’enquérir d’un éventuel mot d’ordre, elle parvient encore à plaisanter, aidée par son compagnon qui, depuis le matin, veille sur elle avec bienveillance et humour. «J’avais déjà prévu de faire une campagne de fou pour le second tour d’Adèle aux Etats. Là, je vais redoubler d’efforts!» Avant de replonger le nez dans son smartphone pour répondre aux amis qui, depuis Le Caire ou Strasbourg, suivent les résultats sur le Net.

En coulisses du plateau télévisé, l’atmosphère s’alourdit. Faute d’être élue, Léonore Porchet se voit priée de patienter, reléguée à une heure plus tardive. Avant de s’entendre chuchoter par un technicien en régie: «Toi, tu ne passes plus.» Avant que, une énième fois, la page web des élections vaudoises ne soit frénétiquement actualisée et que le résultat de Lausanne ne retourne la situation. «C’était comme regarder un Suisse-­Serbie», rigole à moitié son amoureux. Léonore Porchet obtient au total 30 864 suffrages, contre 30 314 pour Valentine Python, qui siégera donc elle aussi dès la prochaine session parlementaire, en décembre, si Adèle Thorens est élue aux Etats le 10 novembre.

Avant de monter dans le train du retour, Léonore Porchet appellera Adèle Thorens puis ses parents dans le canton de Vaud et en Valais, ainsi que sa sœur. «Lessivée mais très heureuse», la jeune femme va organiser cette semaine son avenir professionnel: elle souhaiterait continuer à travailler à temps partiel pour l’agence de communication lausannoise qui l’emploie. Mais cette fois, c’est fait. «Je suis conseillère nationale», souffle-t-elle.

Niels Ackermann / lundi13
21h53. Le soulagement de Léonore Porchet (Verts/VD) en apprenant au bout du bout de la journée d'élections fédérales qu'elle sera conseillère nationale.

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