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© Blaise Kormann

La footballeuse qui veut briller en Europe avec le Servette

Publié jeudi 22 octobre 2020 à 08:06
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Publié jeudi 22 octobre 2020 à 08:06 
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Le Servette FC Chênois féminin deviendra en décembre le premier club romand à disputer la Ligue des champions féminine. Avec dans ses rangs l’attaquante française Léonie Fleury. Découverte.
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Récupération de balle dans son camp, petit coup d’œil pour voir que la gardienne est trop avancée et frappe. Léonie Fleury a le sens du timing. Elle a choisi le tout premier match du Championnat suisse de football féminin – contre le FC Bâle et diffusé en direct sur la RTS, le 12 septembre dernier – pour faire parler d’elle. Et de quelle manière! Cette inspiration géniale et ce lob de plus de 50 mètres lui ont valu un joli coup de projecteur. «On m’en parle beaucoup. Même au travail, des clients me félicitent. C’est évidemment gratifiant.»

Blaise Kormann
Fortes de leurs performances la saison dernière, les filles du Servette FC Chênois se savent attendues.

Arrivée au club il y a un an, la joueuse française, originaire d’Annecy, incarne la fabuleuse progression du Servette FC Chênois féminin. En tête avant l’interruption du championnat en raison de la pandémie, les filles du bout du Léman ont entamé la nouvelle saison sur les mêmes bases. Après huit journées, leur premier poursuivant pointe à quatre longueurs. Elles sont les nouvelles grandes dominatrices du football féminin en Suisse. Une rareté pour le football romand, dont le dernier titre de champion, hommes et femmes confondus, remonte au Servette de Castella, en 1999.

Récompense de leur beau parcours: Léonie Fleury et ses coéquipières disputeront la Ligue des champions féminine en décembre. «On va y aller avec fierté et, surtout, avec de l’ambition. On verra ce que le tirage nous réserve. Même en cas de gros poisson, nous partirons pour gagner.»

DR
Léonie Fleury, à l’âge de 10 ans, sous le maillot de son premier club, l’US Annecy-le-Vieux.

De l’ambition. Un attribut qui caractérise bien Léonie Fleury, jeune fille aussi ravissante et décontractée que sûre de son fait. Son histoire d’amour avec le ballon rond connaît des débuts contrariés. Pour son premier entraînement avec une équipe féminine, à l’âge de 8 ans, elle n’accroche pas. Deux ans plus tard, à force de jouer dans la cour de récréation, elle se redonne une chance, cette fois avec les garçons. «J’étais la seule fille du club, ce n’était pas toujours facile, admet-elle. Avoir commencé avec les garçons a été une bonne école. J’ai été obligée de me faire violence pour m’imposer. Cela m’a beaucoup apporté au moment d’intégrer une équipe féminine.» L’histoire est lancée. Elle la mènera jusqu’à l’AS Saint-Etienne, où elle effectue son premier match en D1 française, à 16 ans seulement. Puis dans deux autres clubs français, avec toujours la même contrainte: «J’ai passé ces années éloignée de ma famille. Il y a eu des moments de doute, en particulier lors de mon passage à Soyaux, dans le Sud-Ouest, durant lequel je les voyais tous les trois mois. J’avais 19 ans et j’ai tout remis en question.»

Quand Servette lui fait une offre l’été dernier, elle n’hésite pas. Paradoxalement, sa première expérience à l’étranger lui permet d’exaucer son souhait de rentrer à la maison. Tous les jours, Léonie pendule entre Annecy et Genève, où elle travaille comme serveuse dans un restaurant de 9 heures à 17 heures avant d’enchaîner avec le foot. «Je sens clairement la différence d’état de fraîcheur à l’entraînement selon l’intensité de ma journée. C’est un programme chargé, mais plusieurs de mes coéquipières ont des horaires plus exigeants encore.» Pour l’instant, il n’est pas possible pour une joueuse du Servette de vivre de sa passion. Elles sont défrayées mais n’ont pas de réel salaire. La Women’s Super League est cependant en pleine expansion et tend vers le professionnalisme. «Le fait que ce soit télévisé depuis cette année est un bon signe. Le nombre de sponsors augmente, explique Léonie. Que ce soit à Servette ou ailleurs, devenir professionnelle est un objectif dans ma carrière.»

Blaise Kormann
Léonie travaille à plein temps comme serveuse dans un restaurant genevois.

En termes de jeu, le Championnat de Suisse n’atteint pas encore le niveau des pays voisins. Notamment de la France, qui compte, avec Lyon, le PSG ou Bordeaux, certaines des meilleures équipes européennes. «Le style de jeu est très différent. Le niveau technique est plus élevé en France. Par contre, c’est plus physique ici, en particulier chez les équipes alémaniques. Le championnat se renforce chaque année avec des joueuses étrangères, toujours plus nombreuses.» Au Servette, le contingent est composé à 70% de joueuses suisses, mais, à l’image de Léonie, quelques joueuses étrangères ont intégré l’équipe ces dernières années.

De plus en plus apprécié à sa juste valeur, le football féminin n’a pourtant de loin pas gagné son combat. Les remarques péjoratives existent encore. Celle qui revient le plus souvent? «Des garçons nous disent qu’ils nous battraient facilement si on faisait un match. Mais les moqueries se font de plus en plus rares, on sent qu’il y a du progrès.» Un changement de mentalité peut-être induit par la vague violette qui a secoué la Suisse ces derniers mois. «Bien sûr qu’il y a un lien. La femme s’impose!» Dans ce combat, Léonie a également un rôle de modèle à jouer, elle qui est suivie sur les réseaux sociaux par de nombreuses jeunes filles. «Ce n’est pas quelque chose que je cherche absolument. Après, si je peux inspirer des jeunes, c’est évidemment un plaisir.» Son parcours aura en tout cas laissé une trace concrète dans le club de ses débuts. A l’US Annecy-le-Vieux, où sa carrière est suivie par tous, son papa a créé la section féminine du club il y a trois ans. A la grande fierté de sa fille.


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