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© Peter Hapak / trunkarchive.com

«Game of Thrones»: Peter le Grand

Publié vendredi 12 avril 2019 à 15:58
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Publié vendredi 12 avril 2019 à 15:58 
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L’Américain Peter Dinklage est le plus primé de toute l’équipe de «Game of Thrones». Alors que la série culte arrive à son dénouement, gros plan sur un acteur qui rejette le carcan et les clichés liés à sa petite taille.
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Et si c’était lui qui montait sur le Trône de fer? Les connaisseurs de Game of Thrones me prendront pour une folle. Les autres, que la série phénomène de la chaîne américaine HBO laisse de marbre, doivent savoir que les fans attendent deux réponses. Qui survivra à la huitième et dernière saison qui débute mi-avril? Et qui, quiiiiii, montera sur ce trône qui met les écrans à feu et à sang depuis 2011?

Qu’un nain bien né mais (attention, spoiler) rejeté par son père – qu’il tuera, oups, d’un carreau d’arbalète sur le séant des toilettes –, haï par sa sœur, trahi par son amour, relégué au rang de conseiller par la blonde prétendante au trône se retrouve roi des Sept Royaumes, voilà qui aurait de la gueule.

Marc Hom / trunkarchive.com
Sous les traits de Tyrion Lannister dans la saison 8 de «Game of Thrones», qui se conclura le 19 mai prochain.

Pour Peter Dinklage, le rôle de Tyrion Lannister aura été en or massif. Dans un récit débordant de personnages, de péripéties et plombé par une certaine lourdeur, chaque apparition du «Mi-homme» aux répliques bardées d’humour et de finesse est une bouffée d’air frais. Les fans sont conquis. Mais l’acteur est aussi capable de se montrer déchirant, comme dans la magnifique scène du procès lors de la saison 4. Une performance qui lui vaudra son deuxième Emmy Award (pendant des Oscars pour la télévision américaine). Systématiquement nommé pour le meilleur second rôle depuis le lancement, il en a reçu un troisième l’année dernière.

Un rôle bourré de paradoxes

Ce personnage, dont il ne savait rien quand il a rencontré les cocréateurs, David Benioff et Dan Weiss, l’Américain a bien failli le refuser, comme il nous l’a confié à New York la semaine dernière. «Je n’étais pas trop partant, déjà parce que je n’étais pas fan de ce genre que l’on appelle l’heroic fantasy. Je m’entends encore dire à David: "Je ne me vois pas jouer le nain de service avec une barbe, un drôle de couvre-chef et des chaussures pointues!" D’autant que j’avais déjà joué un nain dans "Le monde de Narnia: le prince Caspian". J’avais sué comme un diable derrière ma longue barbe rousse pendant le tournage en Nouvelle-­Zélande et je m’étais dit que plus jamais on ne m’y reprendrait! Bref, quand David m’a expliqué que Tyrion serait complexe et bourré de paradoxes, à la fois un héros et un méchant, qui plus est un grand jouisseur, amateur de femmes, j’ai tout de suite signé.» Il éclate de rire.

Cette rencontre reste, plus de dix ans plus tard, son meilleur souvenir de l’aventure. Le triomphe, on le sait, sera au rendez-vous. Mais les années de galère et ses proches – il a fondé une famille avec Erica Schmidt, metteuse en scène de théâtre – lui permettent de garder la tête froide. «Plus jeune, je n’étais pas très bien. Je crois que si j’avais alors connu la gloire ou la reconnaissance que je vis aujourd’hui, tout serait très différent.»

Etre un acteur à part entière

C’est à Morristown, bourgade du New Jersey, qu’il a vu le jour en 1969. Son père est courtier en assurances, sa mère enseigne la musique. Il est le seul membre de la famille atteint d’achondroplasie, la forme la plus courante de nanisme. «Mais on m’a toujours traité de la même manière que mon frère aîné (aujourd’hui violoniste à Broadway, ndlr). Et j’attends la même chose des gens qui m’embauchent pour un rôle ou qu’il m’est amené de rencontrer dans la vie.»

Acteur à part entière

Il a eu, dira-t-il, une enfance relativement heureuse grâce aux siens. La colère et la frustration engendrées par sa différence, il va les transcender grâce à la scène. Attirer les regards d’accord, mais pour d’autres raisons que son mètre 32. «Une fois sur scène, c’est moi qui prenais le contrôle et décidais du moment où l’on devait me regarder.» Peter Dinklage sait ce qu’il veut, depuis toujours: être un acteur à part entière. Qui a certes comme signe particulier d’être de petite taille, mais dont le talent parviendra à faire oublier le handicap. Pas un acteur nain.

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L’acteur est marié avec Erica Schmidt, metteuse en scène de théâtre.

Les nains ont trouvé une place à Hollywood, mais dans des rôles de faire-valoir ou de clowns tragiques. La perpétuation d’une fascination pour ces midgets exhibés dans les cirques. Ainsi, les interprètes des Munchkins qui accueillent Dorothée dans «Le magicien d’Oz» (1939) sont moins payés que le chien et pas même crédités au générique. Pour Dinklage, pas question de jouer des rôles comme celui de Mini-Moi dans les insupportables «Austin Powers» (l’interprète, le nain Vernon Troyer, s’est suicidé l’année dernière).

Une exigence que Dinklage va payer cher, tirant le diable par la queue des années durant à New York. Il faudra son acharnement pour que sa carrière décolle. Et des rencontres clés: le metteur en scène Tom McCarthy le choisit pour incarner, dans une pièce off-Broadway (la scène de théâtre alternative de New York), Tom Thumb, un nain exhibé au XIXe siècle dans le cirque Barnum. Et récrira pour lui le rôle de «The Station Agent», bijou du cinéma indépendant sorti en 2003.

«Vous pouvez dire non»

En 2012, alors qu’il reçoit un Golden Globe, il monte sur scène, prononce les remerciements usuels. Hésite. Repense aux exhortations de son épouse: «Fais-le savoir. Ce n’est pas correct.» Et se lance. «Je voudrais mentionner un monsieur, en Angleterre, qui occupe mes pensées. Il s’appelle Martin Henderson. Tapez son nom dans Google.» L’homme en question, de petite taille, a été gravement blessé après avoir été soulevé et jeté à terre par un poivrot dans un bistrot. Un mois auparavant, l’équipe anglaise de rugby a fait scandale en s’amusant au «lancer de nains» dans un bar néo-zélandais.

Après son discours, Dinklage dénonce dans le New York Times le fait que se moquer des nains soit «l’un des derniers bastions de préjugés acceptables». Mais souligne aussi la responsabilité de ses pairs. «Vous pouvez dire non. Vous pouvez ne pas être un objet de risée.» Pas question de se transformer en porte-parole pour autant; il joue dans sa propre cour, contrairement à son contemporain britannique Warwick Davis (Willow, les «Harry Potter»), militant de la cause. «Je ne peux pas m’exprimer pour la société. Mais si vous voulez vraiment que les choses changent, il faut viser très haut: une femme présidente, des patronnes de studios.»

Nick Briggs/ +447778646602/nick@
Peter Dinklage a salué l’auteur de la saga, George R. R. Martin, pour avoir humanisé les personnes de petite taille dans son récit.

Des rencontres cruciales

Le talent de l’unique star américaine de la série n’est plus à prouver. «Mais même depuis, je continue à recevoir des scénarios médiocres, ou alors des propositions cantonnées à l’univers de la fantasy, et si ce n’est pas "Game of Thrones"… Cela ne m’intéresse pas si ce n’est pas complexe. Pourquoi devrais-je jouer un rôle spécifiquement écrit pour quelqu’un de ma taille? Si, dès la première page, cela vous saute aux yeux, alors c’est de la paresse», dit-il.

Aujourd’hui, la star peut investir dans des projets qui lui tiennent à cœur. «La beauté de GoT, c’est que cela m’a donné la responsabilité et la possibilité de promouvoir des projets qui m’intéressent.» Il a coproduit le téléfilm HBO «My Dinner with Hervé», sur les derniers jours de l’acteur français Hervé Villechaize, pour l’incarnation duquel on lui prédit un nouvel Emmy.

Le rôle de Tyrion va, il le sait, lui coller à la peau. «Mais il m’a tellement apporté, tellement donné, il serait ingrat aujourd’hui de le snober. Ce qui serait regrettable en revanche, c’est qu’on me propose toujours le même type de rôle. Nain, c’est ma condition physique, je ne peux pas soutenir le contraire. Pour autant, je suis un homme avec des émotions, une histoire, une vie, un destin. Ce que je recherche, ce sont des personnages capables de se transcender.» C’est tout ce qu’on lui souhaite.


Le phénomène «Game of Thrones» en chiffres

Lancée en 2011, la série de HBO a conquis des millions de téléspectateurs dans le monde entier. Retour sur un succès planétaire.

1 œuf de dragon a été offert comme cadeau de mariage à George R.R. Martin en 2014. Les deux autres font partie de l’exposition itinérante qui se tient à Belfast (Irlande du Nord), dans les studios de la série, jusqu’au 1er septembre 2019.

4: le nombre de décapitations dans le pilote.

-28°C: la température la plus basse lors du tournage de la saison 7 en Islande.

© Helen Sloan
 

500'000: En dollars et par épisode des deux dernières saisons, le salaire des cinq stars (Peter Dinklage, Lena Headey, Kit Harington, Emilia Clarke et Nikolaj Coster-Waldau).

© Helen Sloan
 

71,6%: la probabilité pour un personnage de rendre l’âme. Elle baisse un peu pour les femmes. Ce qui laisse un mince espoir à Daenerys Targaryen.

4: les épisodes écrits par George R.R. Martin, auteur des livres de la saga. Le premier tome est paru en 1996 (en 1998 en français sous le titre «Le trône de fer») mais, depuis 2011, les fans attendent désespérément les deux derniers.

38: le nombre d’Emmy Awards récoltés jusqu’ici, sur un total de 132 nominations. Seule l’émission «Saturday Night Live», lancée en 1975, fait mieux.

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500: le nombre de figurants utilisés pour «La bataille des bâtards», l’épisode 9 de la saison 6.

9 mois: la durée du tournage de la saison 8, entre octobre 2017 et juillet 2018, pour six épisodes.

12 ans: l’âge de Maisie Williams quand elle a été choisie pour incarner Arya Stark, en 2009. Sa mère lui interdisait encore de lire les livres.

90 millions: en dollars, le budget de la dernière saison, soit 15 millions par épisode, contre 6 millions pour la saison 1. 


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