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Grossesses de stars: des mises en scène savamment orchestrées

Comment les personnalités maîtrisent-elles la communication d’un heureux événement qui passionne presse et public? Décryptage des enjeux se cachant derrière la mise en scène de cette période si particulière.

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Rihanna enceinte de son premier enfant

«Quand j’ai appris que j’étais enceinte, je me suis dit: il n’est pas question que j’aille faire du shopping dans les allées maternité. J’aime trop m’habiller, choisir mes vêtements. Je ne vais pas laisser cette partie disparaître parce que mon corps change», confiait Rihanna en avril dernier au magazine «Vogue».

Jacopo Raule/Getty Images

Lorsque Rihanna, star de la chanson et milliardaire depuis l’année dernière grâce à ses marques de cosmétique et de lingerie, a annoncé qu’elle attendait son premier enfant avec son compagnon le rappeur A$AP Rocky, la planète people a tremblé. Depuis la révélation de sa grossesse au moyen d’une paparazzade savamment orchestrée dans les rues glaciales de New York et jusqu’à son accouchement le 13 mai dernier, l’interprète de «Umbrella» n’a laissé échapper aucune occasion de dévoiler son ventre de plus en plus rond dans des tenues très loin des vêtements estampillés «maternité», y compris en couverture du célèbre magazine «Vogue».
 

La presse s’est largement épanchée sur cette grossesse qui, selon de nombreux spécialistes, a cassé les codes et redéfini la place des femmes enceintes dans la société. «Son message est clair, elle n’a aucune intention de se cacher et se fiche éperdument de ce que les gens peuvent penser de son corps ou de ses vergetures. C’est un message puissant à une époque qui prône l’acceptation de soi», analyse Karine Hernandez, cheffe de la rubrique internationale du magazine «Voici». Mais avant Rihanna, de nombreuses stars ont vu dans cette période de leur vie une occasion de raconter qui elles étaient et de faire passer un certain nombre de messages.

Le 29 décembre 1968, l’icône du cinéma italien Sophia Loren donnait naissance à son premier enfant, à Genève. Après plusieurs fausses couches, l’actrice et son époux, le grand producteur italien Carlo Ponti, de vingt ans son aîné, se décident à consulter le professeur Hubert de Watteville, sommité mondiale et spécialiste de l’infertilité à la tête de la maternité de l’hôpital cantonal.

S’ensuit une grossesse sous haute tension que la star passe en partie alitée. Assaillie par les paparazzis depuis de nombreuses années, elle voit sa chambre d’hôpital farouchement gardée par des gendarmes bien décidés à assurer sa tranquillité. Quelques heures après la naissance du petit Carlo junior, l’actrice acceptera cependant de bonne grâce d’être exhibée dans le hall de la maternité, telle une véritable madone.

Sophia Loren photographiée le 29 décembre 1968 pour la naissance de son premier enfant.

Conférence de presse pour Sophia Loren, avec le petit Carlo junior, et son mari Carlo Ponti, le 4 janvier 1969 à Genève. Le professeur Hubert de Watteville a aidé l’actrice à tomber enceinte et à mener à terme sa grossesse après de nombreuses fausses couches. Le médecin deviendra le parrain du bébé.

Mondadori / Getty Images

Vingt-trois ans plus tard, en 1991, l’actrice Demi Moore, alors mariée à Bruce Willis, pose entièrement nue à sept mois de grossesse en une du magazine «Vanity Fair». Une couverture réalisée par la célèbre photographe Annie Leibovitz qui avait créé l’hystérie. Certains distributeurs avaient en effet tout bonnement refusé de vendre le magazine, tandis que d’autres l’emballaient dans du papier, comme c’était alors le cas pour les revues pornographiques. Une levée de boucliers qui n’a pas empêché le cliché d’entrer au panthéon des 100 images les plus influentes de l’histoire, selon le fameux magazine américain «Time», et d’être copié par d’innombrables stars.

En posant enceinte, et nue qui plus est, Demi Moore a transgressé un certain nombre de codes alors en vigueur à Hollywood: «Elle a été la première à se mettre en scène de manière ultra-sensuelle, sexuelle même, et à trancher radicalement avec l’image angélique et pudique alors accolée aux femmes enceintes, explique Karine Hernandez. Elle s’est aussi rebellée contre le diktat de la minceur qui voulait que les stars apparaissent toujours minces et cachent leurs rondeurs de grossesse. C’était une démarche ouvertement féministe, qui, je pense, a ouvert la voie pour les suivantes.»

Demi Moore enceinte à la une de «Vanity Fair»

Demi Moore fait la une de «Vanity Fair» en août 1991. Une couverture d’anthologie signée Annie Leibovitz, qui a depuis immortalisé avec son regard unique les grossesses de la tenniswoman Serena Williams, du mannequin Ashley Graham ou encore de Rihanna en avril dernier.

Vanity Fair

Poser pour un magazine, c’est contrôler son image et avoir la main sur l’histoire que l’on souhaite raconter, ce que les anglophones appellent le storytelling. C’est aussi une manière efficace de couper l’herbe sous le pied des paparazzis. En 2008, l’actrice américaine Angelina Jolie donne naissance à Shiloh, premier enfant né de son union avec Brad Pitt, dans un hôpital en Namibie.

Si un certain nombre de photographes font le voyage, ces derniers repartiront bredouilles, puisque c’est l’actrice qui vendra les premières photos de son nouveau-né à deux magazines pour une somme avoisinant les 10 millions de dollars.

Selon Karine Hernandez, si l’on peut trouver discutable le fait de gagner autant d’argent grâce à l’image d’un enfant âgé de quelques jours seulement, Angelina Jolie a pourtant fait ce choix afin de protéger son bébé: «En prenant ainsi les devants, elle a gardé la main sur sa maternité et sur l’image de sa fille. Elle était bien consciente que, quoi qu’elle fasse, il y aurait des photos qui circuleraient et sur lesquelles elle n’aurait aucun contrôle. Elle a donc donné à la presse et au public ce qu’ils demandaient et, cerise sur le gâteau, elle a reversé l’entier des gains à une association. A l’arrivée, on a une belle histoire en parfaite cohérence avec son image de marque.»

Angelina Jolie et Brad Pitt photographiés avec leur fille Shiloh

10 millions de dollars: C’est le prix auquel Angelina Jolie et Brad Pitt ont vendu les premières photos de leur fille Shiloh, somme reversée à des associations caritatives. Deux ans après, ils ont vendu les premières images de leurs jumeaux pour 14 millions de dollars.

DR

Pour revenir à Rihanna, qui a donné naissance le 13 mai dernier à un petit garçon, s’il ne fait aucun doute que sa grossesse sexy et décomplexée a contribué à faire évoluer le regard que porte la société sur la maternité, il ne faudrait pas oublier pour autant qu’elle est avant tout une femme d’affaires (son dernier album remontant à 2016). Ses marques, Fenty Beauty et Savage X Fenty, qui se revendiquent inclusives et mettent en avant des modèles aux morphologies, carnations et âges variés, n’auraient donc pas pu trouver meilleure ambassadrice. Comme on dit, «business is business».

Et Instagram dans tout ça? La plateforme, propriété de Facebook, a-t-elle changé la manière dont les stars communiquent de manière générale et sur leur grossesse? Pour le sociologue spécialiste des communautés virtuelles Olivier Glassey, en ce qui concerne les grandes stars comme les actrices ou les chanteuses, le réseau social ne constitue qu’une vitrine parmi d’autres au service de leur storytelling. «Instagram donne une impression de spontanéité – même si c’est loin d’être le cas – qui permet aux personnes qui suivent une star comme Rihanna de se sentir plus proches d’elle, comme si elles étaient «admises» dans le cercle intime avec lequel on partage traditionnellement les événements comme une grossesse», conclut le spécialiste.

Mais, au-delà des aspects de communication individuelle et d’image de marque, chacune de ces histoires, et il en existe encore bien d’autres, entre en résonance avec son époque et nous offre un éclairage sur les enjeux de société d’hier et d’aujourd’hui. Au fond, c’est peut-être pour cela que le sujet continue inlassablement de passionner les foules.


Les grossesses (imaginaires) de Jennifer Aniston


Parfois, la presse people annonce en une des grossesses… qui n’existent pas. En 2021, l’actrice Jennifer Aniston, dont les tabloïds ont annoncé des dizaines de fois, à tort, la grossesse, confiait en avoir beaucoup souffert. «Est-ce que je peux avoir des enfants? Ils n’en savaient rien. C’était vraiment blessant et tout simplement méchant.» L’actrice avait également dénoncé à cette occasion la pression exercée sur les femmes pour qu’elles deviennent mères.

L'actrice Jennifer Aniston a souvent fait la une des magazines pour ses grossesses imaginaires

L'actrice Jennifer Aniston a beaucoup souffert des nombreuses fausses annonces de grossesse la concernant. 

DR

Le cas des «royal babies» britanniques


De tout temps, les nouveau-nés des têtes couronnées ont été présentés au public, en premier lieu pour que chacun puisse voir de ses yeux celui ou celle qui sera un jour appelé(e) à régner.

Pour Maud Garmy, journaliste et spécialiste de la couronne britannique, les cas récents de Kate Middleton et de Meghan Markle sont emblématiques de ce que l’on pourrait appeler «deux salles, deux ambiances»: «D’un côté, on a Kate qui reproduit parfaitement le schéma lancé par la princesse Diana: elle choisit le même hôpital, elle se plie à l’exercice hyperviolent de la sortie de la maternité quelques heures seulement après avoir accouché, et va même jusqu’à choisir pour ces occasions des tenues qui rappellent fortement celles de la mère du prince William, décédée en 1997.» Une volonté de rendre hommage et d’incarner un idéal de princesse «parfaite», dont Meghan Markle va radicalement se distancier.

Kate Middleton à la naissance de son premier enfant

Kate a parfaitement reproduit le schéma lancé par la princesse Diana.

Anwar Hussein/Getty Images

En effet, si, à l’époque de la naissance de leur premier enfant, le duc et la duchesse de Sussex faisaient encore partie de la famille royale, cela n’a pas empêché Meghan d’imposer ses choix, notamment en prévenant d’avance la presse que l’enfant à naître ne serait pas présenté sitôt sa naissance et en accouchant dans un autre hôpital que celui qui avait accueilli sa belle-sœur et Lady Di. «Il est certain qu’elle ne voulait pas subir ce à quoi Diana et Kate se sont pliées. Le message qu’elle a voulu faire passer, c’est: «Je montre ce que je veux, quand je veux, et je fais les choses à ma manière sans me soucier du qu’en-dira-t-on», une attitude très américaine qui rompt avec la tradition», analyse Maud Garmy.

Meghan Markle et la famille royale photographiés à la naissance de Archie

Meghan, contrairement à Kate, a fait ses propres choix concernant sa grossesse. 

EPA SussexRoyal / Keystone
Par Margaux Sitavanc publié le 11 juin 2022 - 08:04