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L'histoire

Helen Güdel, une vie d'artiste

Auteure de livres pour enfants, l’illustratrice Helen Güdel a quitté Berne il y a une trentaine d’années quand elle est tombée amoureuse d’un paysan d’altitude installé dans le village de Törbel (VS). Un vrai voyage dans le temps.

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Helen Güdel est toujours en train de peindre. Elle dessine actuellement pour un commanditaire indien. Le motif du renard décorera bientôt la doublure d’une veste.

Helen Güdel est toujours en train de peindre. Elle dessine actuellement pour un commanditaire indien. Le motif du renard décorera bientôt la doublure d’une veste.

Hansruedi Rohrer

Si Helen Güdel a trouvé domicile dans le village de montagne de Törbel (VS), c’est par amour. L’amour de la nature et l’amour pour un paysan, Bruno Hosennen. Cet ermite n’aimait pas la compagnie, il ne saluait personne. Il n’a rien vu du monde que ses montagnes. Il a pourtant conquis le coeur de cette citadine, qui a grandi à Zurich. Jeune célibataire, elle a travaillé trois ans à Paris et deux ans à San Francisco, comme secrétaire.

Devenue une peintre demandée, elle s’est intéressée à cet homme replié sur lui-même. «Il était monstrueusement fort», se souvient Helen Güdel en tirant sur sa cigarette. Mais il se méfiait de cette étrangère qui passait ses vacances d’été avec son mari et ses trois fils sur les hauteurs de Viège. Elle peignait sans arrêt. Plus tard, il lui a avoué qu’un jour il avait eu peur de ses lunettes qui s’obscurcissaient à la lumière du soleil. Il pensait qu’elle était une sorcière.

Couleurs de l’automne


Après vingt-cinq ans de mariage et avec trois fils adultes, Helen Güdel tire un trait sur son ancienne vie pour se lancer dans une existence nouvelle, auprès de Bruno Hosennen. Bien qu’elle n’ait aucune expérience de paysanne, elle donne un énergique coup demain pour les foins, jusqu’à en avoir des callosités sur les paumes. Elle aime la nature, le travail physique. Sa saison préférée est l’automne. «Ces couleurs et cette lumière! » Elle aime aussi la période des vendanges. Tous les habitants du village ont quelques pieds de vigne au bas de la vallée, dont ils tirent leur vin. La peintre trouve sa propre méthode pour récolter le raisin. Elle s’assied entre les rangs, coupe les grappes et descend la pente en glissant sur le fond de son pantalon. Personne d’autre ne fait cela, mais elle n’a «jamais eu mal au dos», dit-elle. Elle apprécie moins le printemps. A environ 1500 m, l’hiver reste longtemps présent. Le changement de saison est tardif mais explosif. «Le printemps, c’est quand les gens se disputent », se rappelle-t-elle.

Il y a trente ans, le système d’irrigation fonctionnait encore avec des bisses qui descendaient l’eau de fonte et de source de la montagne. Quand on bloquait le dispositif, l’eau inondait les pâturages, ce qui permettait à l’herbe de pousser. Chaque paysan ne pouvait toutefois abreuver son terrain qu’un certain laps de temps. Si l’un ou l’autre trichait, le dernier n’avait plus d’eau pour lui, ce qui entraînait d’éternelles querelles.

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Par Nina Huber publié le 4 juin 2023 - 09:10