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Stars romandes de la BD

Hélène Becquelin: «J’ai découvert qu’en parlant de soi, on pouvait toucher plein de gens»

En ado décalée en Valais ou en mère débordée, la Lausannoise Hélène Becquelin creuse avec tendresse et humour une veine autobiographique.

Hélène Becquelin travaille ses dessins au pinceau comme à la tablette graphique.

Régulièrement, Hélène Becquelin se dit qu’elle va arrêter la bande dessinée. «Non mais c’est obscène! On touche 10% sur le prix d’un livre! On n’arrête pas de dire que c’est super, qu’il y a plein de filles! Mais c’est parce qu’il n’y a pas un rond! C’est comme ce que m’a répondu [le dessinateur genevois] Tom Tirabosco quand je lui ai dit «C’est fou comme ce milieu est sympa»: «Ben oui, parce qu’il n’y a pas d’argent! Ah! ah!» Le personnage est planté en ces quelques phrases, ce franc-parler rieur qui fait que les médias raffolent d’elle.

C’est vrai, elle est chaleureuse, drôle, sautant du coq à l’âne, d’une anecdote à l’autre, jusqu’à ce que le photographe qui s’impatiente finisse par me pousser hors de la pièce, dans l’appartement lausannois qu’elle partage avec son mari, «Momo», leur fille aux études et trois chats. Leur fils a quitté la maison, alors elle a repris sa chambre pour avoir son espace à elle.

Elle peut y rester des heures, des jours, à dessiner en solitaire. Cela ne l’empêche pas de parler des autres, de la «formidable solidarité» du collectif féminin La bûche, une centaine de dessinatrices réunies, à commencer par Fanny Vaucher et Léandre Ackermann, «vous les citez, hein?» De s’extasier sur l’équipe du Palp Festival, qui collabore étroitement avec les dessinateurs en les conviant à Bruson (VS) pour croquer concerts et ambiance. «Ça fait quatre ans que je monte, c’est juste bestial!» Et de raconter comment Beth Ditto, arrivée en limousine, a vite fini par se détendre. «On buvait des verres en bas et on lui lançait des cigarettes à son balcon!»

Détails destin

Nichés dans un tiroir de son atelier lausannois, un clitoris en tricot et un utérus en laine cardée. Pendant son temps libre, Hélène Becquelin aime tricoter, broder, créer de ses mains.

Blaise Kormann

La musique, elle ne peut «pas vivre sans». Elle en a écumé, avec Momo, des concerts, et ce n’est pas fini. Elle cite à toute vitesse des noms plus underground les uns que les autres, que nous renonçons à noter. Dans son dernier ouvrage autobiographique, «1979», elle évoque son ennui d’adolescente solitaire qui rêve de devenir bédéiste et la découverte jubilatoire de la musique punk, face à la disco de sa sœur et du rock de son grand frère.

Une fratrie déjà évoquée dans les deux tomes d’«Adieu les enfants» (Ed. Antipodes), avec des souvenirs rejaillis au décès de son frère. Elle salue le journal Le Temps qui a publié ses souvenirs en feuilleton d’été, l’Espace Richterbuxtorf à Lausanne qui les a exposés en 2017. Un réseautage et une exposition médiatique dont elle sait l’importance.

Le frère, c’était Philippe, alias Mix & Remix, dessinateur de presse réputé, mort subitement en 2016. Etait-elle dans son ombre? La question la mettrait presque en colère. Ils ne faisaient pas du tout la même chose, souligne-t-elle. Elle regrette qu’il se soit épuisé à croquer l’actualité, lui qui était, dit-elle, un peintre de grand talent. «J’aime pas le dessin de presse», tranche-t-elle.

Tous deux avaient quitté le Valais pour étudier les Beaux-Arts à Lausanne. A l’époque, la «petite punkette» n’ose pas saluer le grand Hugo Pratt quand elle le croise dans la rue. Elle travaille comme graphiste pour des agences de publicité, décide de se mettre à son compte avec l’arrivée des enfants. Pour eux, elle recommence à dessiner sur un coin de table à la cuisine, puis lance un blog avec l’aide de son mari. Ses scénettes d’«Angry Mum» (maman en colère), sur sa vie quotidienne de mère débordée, décollent. «Ça me faisait du bien. Et je me suis rendu compte qu’en parlant de choses autobiographiques, on pouvait toucher plein de gens.»

Hélène Becquelin

Hélène Becquelin a longtemps travaillé sur la table de la cuisine familiale, où elle a bien voulu prendre la pose.

Blaise Kormann

Très active sur les réseaux sociaux (son compte Instagram), elle a posté un dessin par jour pendant le semi-confinement. Ceux qui la mettent en scène avec Momo ont cartonné. Ces temps-ci, elle prépare son prochain livre, dans sa veine autobiographique. «Scénariser, c’est la partie la plus dure. Le dessin, c’est le dessert.» Elle aime changer de technique, avec toujours chevillée au corps l’envie d’améliorer son trait. «Le jour où j’arrête de progresser, ce ne sera pas cool.» Elle n’est pas près de poser ses pinceaux.

>> Derniers ouvrages parus: «100 femmes qui ont fait Lausanne» (illustrations), et «1979», Editions Antipodes

>> Voir le site d'Hélène Becquelin: www.helenebecquelin.ch

Par Albertine Bourget publié le 04.06.2021