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Hypertension artérielle: démêler le vrai du faux

Portrait d’une pathologie sournoise, mais qui se soigne, avec le Dr Grégoire Wuerzner, médecin-chef du service de néphrologie et d’hypertension du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

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Touchant une personne sur trois, l’hypertension artérielle s’installe le plus souvent sans donner lieu au moindre symptôme. Le problème: ses effets sont délétères sur le long terme.
L’hypertension artérielle…

… repose exclusivement sur les valeurs mesurées au cabinet médical.
FAUX De plus en plus, les mesures effectuées à domicile sont des alliés du diagnostic. Et pour cause, on ne parle pas d’hypertension artérielle en se basant sur une valeur isolée, mais bien sur une moyenne, associant idéalement mesures au cabinet médical, à domicile et/ou sur 24 heures.

… augmente avec l’âge.
VRAI La proportion de personnes touchée par l’hypertension passe d’une sur trois dans la population générale à deux sur trois passé 60 ans. Pour comprendre ces chiffres, rapide détour sur les forces en présence. Reflet de la pression sanguine exercée sur la paroi des artères, la tension artérielle fluctue au rythme des pulsations cardiaques. La pression systolique (le premier chiffre annoncé lors de la mesure) représente la pression maximale, lorsque le cœur, en se contractant, expulse le sang dans les artères. A l’inverse, la pression diastolique (le second chiffre) correspond à la tension minimale qui y est mesurée au moment où la pompe cardiaque se remplit de sang. Or avec le temps, les parois des artères ont tendance à perdre en élasticité et à moins bien absorber les afflux sanguins. C’est donc surtout la pression systolique qui augmente avec l’âge. L’hypertension rencontrée chez les plus jeunes concerne généralement la pression diastolique.

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… est le plus souvent d’abord asymptomatique.
VRAI Dans près de 90% des cas, et sauf valeurs particulièrement élevées, l’hypertension artérielle s’installe progressivement, sans signe apparent. Dans un cas sur dix seulement, elle peut se manifester par des maux de tête, des acouphènes ou des palpitations. La traquer n’en est pas moins essentiel. Et pour cause: lorsqu’elle est trop élevée, la tension artérielle accélère le vieillissement de la paroi des artères. Plus rigides et de ce fait moins à même d’absorber les flots sanguins engendrés par les battements cardiaques, les artères imposent des pressions trop élevées aux organes qu’elles irriguent. Particulièrement délétère pour le cœur, le cerveau, les reins et les yeux, l’hypertension artérielle accroît à terme le risque d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral, d’insuffisance rénale et d’atteinte oculaire sévère. On observe ainsi par exemple que, dans 80% des cas, les victimes d’accident vasculaire cérébral souffraient d’hypertension artérielle. D’où l’importance du dépistage: le contrôle de la tension artérielle est recommandé tous les ans dès l’âge de 40 ans, en cas de valeurs supérieures à 130-139/85-89 mmHg ou d’IMC* supérieur à 25.

… épargne davantage les femmes.
VRAI Jusqu’à la ménopause. Si l’hypertension artérielle touche dans un premier temps davantage les hommes que les femmes, les chiffres s’alignent dans les dix ans suivant la ménopause. Moindre protection par les hormones féminines? Implication d’hormones masculines (testostérone en tête) proportionnellement plus présentes après la ménopause? La piste hormonale est privilégiée, mais le mystère reste entier.

… se soigne généralement très bien.
VRAI Le plus souvent, si les valeurs sont élevées (on parle d’hypertension artérielle sévère au-delà de 180 et/ou 110 mmHg), que d’autres facteurs de risque sont présents (surpoids, diabète, tabagisme, etc.) ou que l’hygiène de vie a déjà été améliorée sans résultat probant sur la tension artérielle, un traitement s’impose. Le point positif? Une vaste panoplie de médicaments à disposition. Et le plus souvent, passé une phase d’ajustement, les résultats sont au rendez-vous, tant en termes de valeurs que de diminution des risques cardiovasculaires. Dans des cas extrêmes et spécifiques, une intervention ciblée sur les artères rénales peut être envisagée.
* Indice de masse corporelle (IMC): le poids divisé par la taille au carré, kg/m2

*Rédigé en collaboration avec Planète santé


Bon à savoir

L’hypotension artérielle doit-elle elle aussi inquiéter?
Définie par des valeurs inférieures à 90 mmHg de pression systolique ou de 60 mmHg de pression diastolique, l’hypotension artérielle, si elle ne provoque pas de symptômes (syncopes ou présyncopes) et s’observe chez une personne en bonne santé, est plutôt considérée comme protectrice d’un point de vue cardiovasculaire. Elle ne représente alors aucun danger en soi et laisse présumer une saine élasticité des artères. De plus, la pression systolique ayant tendance à augmenter avec l’âge, bénéficier d’une tension artérielle relativement peu élevée permet de partir de plus bas, un précieux avantage au fil du temps.


Par Laetitia Grimaldi* publié 10.12.2020
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