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Tout un roman(d)

Jacques Dutronc à Jean-Jacques Gauer: «T’es le taulier?»

En l’an 2000, l’hôtelier vaudois Jean-Jacques Gauer, alors à la tête du Lausanne Palace, fait la connaissance de Jacques Dutronc. Entre eux se noue une amitié qui les réunira sur la scène du Paléo.

Jean-Jacques Gauer

Jean-Jacques Gauer était en l'an 2000 à la tête du Lausanne Palace, il tient aujourd’hui l’Auberge du Raisin et le Major Davel à Cully (VD).

François Wavre | lundi13

«Claude Chabrol était venu dans la région tourner «Merci pour le chocolat». Isabelle Huppert séjournait au Lausanne Palace, mais Jacques Dutronc était en bas, au Château d’Ouchy, où il n’était pas très heureux. Quand mon ami le producteur et réalisateur Jean-Louis Porchet, qui coproduisait le film, m’a demandé si je pouvais loger Dutronc au Palace, j’ai dit oui, bien sûr. Depuis ma jeunesse, j’adore ce mec, ses chansons évidemment, son look, son humour, son côté sniper sur les plateaux télé...

Je n’étais pas présent quand il a fait le check-in, mais ce premier soir, il était assis au bar et je suis allé me présenter. «T’es le taulier?» il me lance. (ll éclate de rire.) Je lui demande ce qu’il veut boire: «Du Dom Pérignon.» Très vite, on débouche la troisième bouteille. Notre amitié s’est nouée là, au bar du Lausanne Palace. Pendant deux mois, on a passé des journées et des nuits ensemble. Ensuite, chaque fois qu’il était en Suisse, il venait me voir, on allait bouffer ensemble. En France, il parlait toujours de «[mon] palace à Lausanne», alors je lui avais fait imprimer des cartes de visite avec la mention «propriétaire» sous le nom de l’hôtel. Le magazine VSD avait repris l’information telle quelle. Mes explications n’avaient pas vraiment plu au fiscaliste de l’établissement!

Un jour de 2010, il était arrivé la veille, on avait bien bu. Il s’était levé un peu tard, on était six ou sept potes à boire une ou deux bières sur la terrasse. Il devait aller jouer au Paléo. Il se lève et, me voyant rester assis, me lance: «Qu’est-ce que tu fous, tu viens pas?» Moi: «Ben non, j’ai pas de billet.» Il me répond qu’il va tout organiser. Et nous voilà embarqués en bus, toute la bande, pour le festival. On a pu se garer tout près et s’installer dans la zone des artistes, à 10 mètres de la scène principale.

Jean-Jacques Gauer

Son actualité: son récit autobiographique «Excusez-moi, Monsieur, où sont les toilettes?» vient de paraître aux Editions Favre. Jean-Jacques Gauer tient aujourd’hui l’Auberge du Raisin et le Major Davel à Cully (VD).

Editions Favre

Jacques monte sur scène: «Excusez-moi pour le retard, j’étais chez mon pote Jean-Jacques au Lausanne Palace.» On était émerveillés d’être si près, c’était fantastique. Ce n’était plus un jeune homme de 20 ans, mais il avait une présence incroyable. A la fin, il recommence: «Ecoutez les mecs, je dois vraiment rentrer dans ma petite auberge du Lausanne Palace, finir cette sympathique soirée avec mon pote Jean-Jacques.» Un banquier de la Banque cantonale vaudoise, le principal sponsor du Paléo, m’a appelé. «Comment tu réussis, sans rien f…, à ce que la star du festival parle de toi comme ça?» «Une bouteille de Dom Pérignon!» je réponds.

Au fil du temps, je suis allé lui rendre visite en Corse, je suis aussi devenu pote avec [son fils] Thomas, un musicien hors pair. Son groupe, c’est les champions du monde. Après s’être produit au festival de jazz de Cully, ils ont fait un bœuf dans le caveau de l’Auberge du Raisin, chez moi, où ils logeaient, ça a fini à 7 heures du matin. Thomas a dû aller se doucher à l’aéroport. Ce qui me lie à eux? Le sens de l’humour, la dérision, la bonne bouffe. Quand on est ensemble, le temps passe vite. Bon, depuis le covid, c’est différent, on se voit moins, on voyage moins. Mais rencontrer des gens comme ça, ça a été la chance incroyable de ce métier que je fais depuis quarante-cinq ans.»

Par Albertine Bourget publié le 17 décembre 2021 - 15:08