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Jean-Stéphane Bron explore le quotidien lausannois dans la série «Ma rue de l'Ale»

Le cinéaste Jean-Stéphane Bron a planté cette fois-ci sa caméra au cœur de son quotidien, prenant le risque aussi pour la première fois de parler un peu de lui dans «Ma rue de l'Ale». Un vrai défi pour ce grand pudique.

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Jean-Stéphane Bron lors du tournage de sa série documentaire dans la rue de l'Ale à Lausanne

Dans «Ma rue de l'Ale», une série documentaire en quatre épisodes, le cinéaste Jean-Stéphane Bron brosse le portrait de sa rue lausannoise: la rue de l’Ale.

Laurent BLEUZE / RTS

«Pourquoi je suis cinéaste et pas ethnologue, journaliste ou psychologue? Peut-être parce qu’il y a un peu de ces trois métiers dans le mien. Ce qui me plaît dans le documentaire, c’est que les choses passent d’abord par une émotion, il faut que l’histoire me touche et, si elle me touche, c’est parce que d’une façon directe ou détournée cela me concerne. «Ma rue de l’Ale» a été un vrai défi. Comment faire trois heures de série TV sur 165 mètres?

Il fallait que ce soit rythmé, enlevé, très joyeux. J’habite cette rue depuis près de dix-huit ans. Je parle à la première personne dans chaque épisode, c’est ma voix qui amène le téléspectateur d’une histoire à l’autre, celle du bijoutier, du maraîcher, du concierge, de la mendiante, des bouchers de père en fils. Les gens ont pris le risque du dévoilement, de s’exposer, c’était cohérent que je le fasse aussi.

Parler de moi, c’est très difficile. Je me suis toujours un peu caché derrière mes protagonistes. Mais là, il fallait être à égalité avec les autres habitants, accepter de me mettre à nu, allant jusqu’à mettre des photos de mon enfance, montrer mon chez-moi, ce que je ne fais jamais! Ce documentaire est aussi un autoportrait caché. Chaque film me permet d’une certaine manière de poursuivre ma psychanalyse, je suis attiré par les personnages, les relations qui font écho à mes propres réflexions.

J’ai une petite fille, je me suis beaucoup reconnu dans Marco, le boucher qui va devenir père et qui me pose des questions à ce sujet.

La réalité n’est à mon sens qu’un point de départ dans le film documentaire. Il faut passer par toutes sortes de détours pour s’approcher de la vérité des personnages. Ce n’est pas parce que c’est spontané que c’est plus vrai que ce qui a été travaillé, répété comme dans une fiction. Et puis il faut arriver à être dans l’intime sans forcément être dans la vie privée.

Je voulais arriver par exemple à ce que Maricica, la mendiante, affiche son sourire attachant et malicieux malgré le fait que son métier, ce n’est pas de sourire. C’était tout le travail de lui faire prendre conscience qu’elle avait le droit de montrer une autre facette d’elle qu’un visage fermé. Depuis tout petit je suis doté d’une sorte d’hyper-perception, je ressens la vibration qui émane d’une personne à 20 mètres. Pendant un tournage, je n’ai plus de peau, mais c’est nécessaire pour me laisser traverser par les histoires.

Cette hyper-conscience me permet aussi de sentir très vite le truc intéressant, ce quelque chose qui va se passer. Parfois j’aimerais savoir m’en protéger, ce que je n’ai jamais appris, mais cela fait partie de moi.

Je suis reconnaissant aux habitants de la rue de l’Ale. Avant le film, je les rencontrais sans les connaître. Certains sont devenus des amis. Finalement, ce qui m’amuse, c’est que, que je parle de neurosciences, de crise financière ou de Christoph Blocher, j’expérimente toujours quelque chose qui me permet d’aller plus loin, de répondre à l’injonction: connais-toi toi-même!»


Mon actualité


«Ma rue de l'Ale», 4 épisodes de 45 minutes diffusés tous les vendredis depuis le 3 juin sur RTS 1 à 20h10 ou en replay sur le site de la RTS. Jean-Stéphane Bron a réalisé notamment les documentaires percutants «Le génie helvétique», «Cleveland contre Wall Street» ou «L’expérience Blocher».

Par Patrick Baumann publié le 19 juin 2022 - 08:31