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Au café du coin

Jeux Olympiques et entrepreneuriat au Café du Coin de «L’illustré»

Jeux olympiques, start-up, planification successorale. Dans l’Oberland bernois, au Café du Coin de «L’illustré», on parle d’entrepreneuriat et de ski. L’or brille au cou d’une jeune entrepreneuse.

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Kurt Reichenbach

On est au restaurant gastronomique Alpenblick à Wilderswil (BE). Dans les années 1980, les autochtones s’y retrouvaient pour suivre à la TV les exploits du champion local Urs Räber. Aujourd’hui, c’est le Café du Coin de «L’illustré» qui se réunit dans le charmant bistrot dédié à Urs Räber: Jürg Grossen, 52 ans, entrepreneur, conseiller national et président des Vert’libéraux, de Frutigen, Léa Miggiano, 27 ans, «Jeune entrepreneuse de l’année» et cofondatrice de Carvolution à Bannwil (BE), Simon Flückiger, 34 ans, CEO de l’enseigne de décoration d’intérieur Teo Jakob, Adrian Verdun, 56 ans, directeur régional d’UBS Berne, Iris Huggler, 52 ans, enseignante et créatrice d’événements, et Stephan Maeder, 56 ans, hôtelier au Carlton Europe d’Interlaken. Le modérateur est Stefan Regez, rédacteur en chef des magazines grand public de Ringier Axel Springer Suisse.

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Les restaurateurs Richard et Yvonne Stöckli (au centre), initient aux secrets de l’art culinaire les participants au Café du Coin.

Kurt Reichenbach

- Qui s’est levé à 4 heures ce matin pour suivre les JO de Pékin?
- Adrian Verdun: J’ai toujours réglé mon réveil pour les courses importantes. Notre fille de 15 ans est passionnée de ski, de sorte que je me sens très impliqué dans ce sport.
- Jürg Grossen: J’y ai été poussé par ma femme (il rit). Chez nous, il est normal de suivre les courses. Mais nous les regardons au lit, sur l’iPad. Ce n’est que pour la descente des hommes que nous nous sommes installés devant le téléviseur.
- Iris Huggler: Je passe mon tour. Ce n’est pas mon truc de me lever au milieu de la nuit pour un événement sportif.
- Léa Miggiano: Pareil pour moi. Et ce n’est qu’en matinée que j’ai appris que Lara Gut-Behrami avait gagné une médaille d’or.
- Stephan Maeder: Je suis peu intéressé par le sport de compétition. J’ai toujours bien aimé le ski, mais, depuis que nous avons un chien, je n’ai plus le temps.
- Simon Flückiger: Je ne règle pas forcément mon réveil sur les courses. Mais j’ai tout de même vu la victoire de Beat Feuz.

- Les JO de Pékin ont créé le débat. Ne ferait-on pas mieux de les organiser en Suisse, dans l’Oberland bernois?
- Stephan Maeder: J’aurais effectivement préféré qu’ils soient organisés dans un vrai paysage hivernal.
- Simon Flückiger: Sans public, il manque l’ambiance et les émotions au bord de la piste.
- Iris Huggler: J’ai participé à la candidature de Berne 2010, en vain. Cela dit, en Suisse, il y en a eu beaucoup qui ont essayé et échoué. Je crois que, dans notre pays, il faut renoncer aux JO.
- Jürg Grossen: Le CIO devrait se poser des questions fondamentales. Pour les Jeux d’hiver 2022, il n’y avait plus que la Chine et le Kazakhstan en lice. Toutes les candidatures raisonnables avaient été retirées. Pour moi, les JO d’hiver doivent être attribués à des régions de montagne, notamment aux Alpes, et il faut pouvoir exploiter durablement les infrastructures existantes. Dans de telles conditions, j’approuverais une candidature suisse.

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L’entrepreneuse Léa Miggiano a fait d’un besoin personnel une idée d’activité innovante.

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- Venons-en à l’entrepreneuriat. Stephan Maeder me disait tout à l’heure: «Un bon hôtelier est à la fois un entrepreneur, un comédien, un mentor et un hôte.»
- Simon Flückiger: C’est vrai pour d’autres professions aussi. Finalement, en tant qu’entrepreneur, je dois posséder les qualités les plus variées. Ce qui compte, c’est la passion. Moi, comme décorateur d’intérieur, j’aime proposer des produits durables et des meubles de qualité à nos clients. Et faire ainsi avancer les choses.
- Léa Miggiano: J’essaie de ne pas trop jouer la comédie. Ce serait trop me demander. Pour une jeune entrepreneuse dans l’automobile, c’est la curiosité qui compte. Ainsi qu’une certaine impatience et du rythme.
- Jürg Grossen: Quand je suis devenu entrepreneur à 25 ans, beaucoup m’ont prédit que ce serait difficile. Mon patron d’alors avait succombé à un accident d’hélicoptère. Ses héritiers m’ont transmis, ainsi qu’à un collègue, l’entreprise de planification électrique. Pendant des années, en tant que patron, je gagnais dans les 3500 francs et travaillais à 130%. A l’époque, j’ai dû jouer la comédie davantage que ce que je n’aurais voulu.

- C’est aussi le cas en politique?
- Jürg Grossen: Non, un politicien doit vraiment être authentique. Mais il m’est utile de connaître le monde de l’entrepreneuriat et de savoir ce que cela signifie de payer des salaires.
- Iris Huggler: Nous nous sommes lancés il y a près de trente ans avec de grands festivals comme le Trucker&Country à Interlaken. Ce n’était pas facile. Nous faisions tout pour amener des événements dans la région. Longtemps, cela n’a pas été rentable. Mais nous devions continuer, sans quoi nous aurions perdu beaucoup d’argent. Et, un jour, le vent a tourné.
- Jürg Grossen: Pour des entrepreneurs, la ténacité est décisive.
- Iris Huggler: C’était souvent frustrant parce que, dans la région, nous nous sommes heurtés à de fortes résistances. Notamment au Greenfield Festival 2006, avec Depeche Mode en vedette. On s’est pris un bouillon: une perte à 7 chiffres! Et la commune d’Interlaken nous a même encore adressé une facture de 3000 francs pour le service des objets perdus! Rétrospectivement, c’est presque surréaliste. Vous amenez des milliers de personnes dans la région et on vous met des bâtons dans les roues.

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Jürg Grossen, planificateur électricien aux préoccupations écologiques.

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- Simon Flückiger, votre parcours est lui aussi remarquable. A trente ans déjà, vous étiez CEO de Teo Jakob, dont vous êtes aujourd’hui co-propriétaire.
- Simon Flückiger: Il a fallu un peu de chance. J’étais au bon endroit, au bon moment. Au début, il y a eu une restructuration sévère. Les mesures à prendre et les licenciements faisaient mal. Lorsqu’ensuite mon prédécesseur a pris sa retraite, j’ai assumé davantage de responsabilités.
- Adrian Verdun: Quand je vous écoute, cela me rappelle les Etats-Unis. Là-bas, la culture d’entreprise a de l’avance sur nous. La jalousie joue un rôle nettement moindre et la propension au risque est bien plus appréciée.
- Léa Miggiano: J’ai aussi eu pas mal de chance. Mais il faut être prêt. Je dis toujours que la chance, c’est quand la préparation rencontre l’opportunité. L’idée de Carvolution est née de mes besoins personnels. J’avais besoin d’une voiture et j’ai examiné les offres de leasing. Elles ne me convenaient pas parce que je ne suis pas sédentaire et que mon horizon s’étend au mieux à trois ans. J’ai donc cherché comment obtenir une voiture à bon prix. Et j’ai découvert une lacune du marché. Mon idée existait déjà aux Etats-Unis. Mais savoir bien copier est aussi un art. Prendre une voiture chez Carvolution, c’est au fond comme l’emprunter à ses parents. Il suffit de la conduire et de la restituer propre à un moment fixé. Tout le reste est compris dans le prix.
- Adrian Verdun: Vous avez réfléchi en grand. Et cet exemple de création d’entreprise est plutôt inhabituel en Suisse. Normalement, un tel processus se déroule pas à pas. Et, après le démarrage, intervient la phase de consolidation.

- Adrian Verdun, UBS aurait-elle reconnu dès le début le potentiel de Carvolution?
- Adrian Verdun: J’y aurais cru dès le départ, bien sûr. Mais c’est toujours facile à dire après. En ma qualité de directeur régional d’UBS Berne, je m’engage en faveur des jeunes entreprises de la région. Nous voyons tous les jours de bonnes idées et nous accompagnons bien sûr volontiers des start-up prometteuses, notamment avec notre paquet UBS-Start-Business. Cela dit, pour Carvolution la notion de start-up n’est bientôt plus adéquate (il rit).
- Léa Miggiano: Mais, à mes yeux, l’idée de start-up reste cool.
- Adrian Verdun: Je le crois bien. Lorsqu’on accompagne, en tant que fournisseur de crédit, le rachat par les cadres dirigeants d’entreprises de tradition comme Teo Jakob, on dispose de plus de références que pour une start-up. C’est là que se situe pour moi la différence.

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Mieux qu’une poignée de main. Les participants au Café du Coin immortalisent leur présence par leur signature.

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- Parlons de planification successorale, de transmission d’entreprise. Pour bien des PME, c’est un point sensible.
- Stephan Maeder: Nous dirigeons notre hôtel depuis 2001 et j’espère bien qu’il me survivra. J’ai 56 ans et je devrais bientôt me préoccuper de ma succession.
- Simon Flückiger: Cela vous paraît difficile?
- Stephan Maeder: Je préférerais que l’hôtel demeure dans la famille. Mais mon fils a étudié à l’EPFZ, l’hôtellerie n’est pas sa tasse de thé. Ma fille, en revanche, serait, grâce à sa formation, parfaitement prédestinée.
- Iris Huggler: Je suis dans une situation privilégiée, car j’ai vendu mes parts à mes associés début 2020, peu avant l’irruption de la pandémie. J’ai vécu ma profession avec tant de passion et d’intensité que je voulais me retirer plus tôt. Mais finalement, je n’ai réussi à le faire qu’en partie.
- Jürg Grossen: Avec mon entrée en politique, je n’ai pas perdu ma passion pour mon premier métier de planificateur électricien. Nous avons récemment fondé une start-up dotée d’un produit qui alimente directement les pompes à chaleur et les voitures électriques avec l’électricité produite par des installations photovoltaïques.
- Léa Miggiano: Installez-moi ça!
- Jürg Grossen: Nous avons fait l’expérience de travailler avec les gens disponibles dans la région. Or, on ne trouve pas des planificateurs électriciens sous le sabot d’un cheval. C’est pourquoi nous formons des jeunes et nous les fidélisons à l’entreprise. C’est ainsi qu’au début mon associé et moi détenions chacun 50% des actions. Aujourd’hui, nous n’en avons plus qu’un quart. J’ignore si mes enfants ont l’intention de me rejoindre un jour. L’essentiel est que la philosophie de l’entreprise continue de vivre.
- Léa Miggiano (elle rit): Je vais devoir travailler encore un peu. Pour régler ma succession, c’est vraiment trop tôt.

- Adrian Verdun, en tant qu’hôte du Swiss Economic Forum, Interlaken est une fois l’an la capitale de l’économie suisse. Comment jaugez-vous la place économique du canton de Berne?
- Adrian Verdun: Le canton de Berne jouit d’une très grande diversité sectorielle. Le Jura est connu pour ses entreprises de haute technologie et pour l’horlogerie. La ville de Berne et son agglomération se distinguent dans les secteurs des technologies médicales, des entreprises informatiques innovantes et de l’administration. Dans l’Oberland bernois, le tourisme est la branche dominante. L’Emmental aussi compte des entreprises de stature internationale. Cela dit, aussi beau et diversifié soit-il, le canton de Berne ne fait économiquement pas partie des plus forts. Mais nous vivons selon notre dicton: «Là où on est, on fait le meilleur avec ce qu’on a.»


«Berne est un canton cher»

Dans le cadre de la table ronde de «L’illustré» et de la «Schweizer Illustrierte», l’indicateur de compétitivité d’UBS publié à la fin d’août met en lumière chaque canton que nous visitons. Aujourd’hui, le canton de Berne.

En comparaison cantonale, Berne se démarque par une structure sectorielle diversifiée et par un capital humain élevé grâce à l’immigration nette de jeunes diplômés. En outre, un marché de l’emploi relativement solide et des finances publiques saines renforcent sa compétitivité économique. Néanmoins, ce tableau d’ensemble masque les différences entre les régions du canton, qui comptent parmi les plus marquées de Suisse.

Ainsi, tout en haut de l’échelle, la capitale se caractérise par des infrastructures urbaines, par des secteurs d’activité attrayants, ainsi que par un haut niveau de formation. En revanche, l’accessibilité et la zone de rayonnement des régions alpines sont moindres, en raison des conditions naturelles. Les activités qui y sont implantées connaissent aussi une croissance moins forte.

Dans l’ensemble, cette diversité régionale se traduit par des perspectives de croissance à long terme relativement modérées. De même, toutes les régions bernoises doivent relever d’importants défis en matière de coûts. Avec ses taux d’imposition sur le bénéfice, qui sont les plus élevés du pays, ainsi qu’un fort niveau d’imposition sur les revenus des personnes physiques, Berne est un canton cher à la fois pour les entreprises et pour les ménages.

 

Bienvenue au Café du Coin

Le Café du Coin est une initiative promotionnelle de L’Illustré et de la Schweizer Illustrierte, en collaboration avec DEAR Foundation-Solidarité Suisse et UBS Suisse.

Par Thomas Renggli publié le 2 mars 2022 - 08:17