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© Mike Owen-ICC

Katy Perry, sur le chemin de la rédemption

Publié dimanche 17 mai 2020 à 12:55
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Publié dimanche 17 mai 2020 à 12:55 
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Cultivant une image excentrique dans un univers de bonbons acidulés multicolore, la chanteuse Katy Perry, enceinte, aspire à la paix intérieure. La méditation, sa mère, son futur mari et même le pape auront contribué à sa métamorphose.
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On l’imagine un peu givrée, s’égosillant sous une boule à facettes tout de fluo vêtue. Un brin puérile, à l’image de la pop fast-food qu’elle délivre. Katy Perry, 35 ans, cultive une image excentrique, comme Cindy Lauper avant elle. Un patchwork sonore et visuel empruntant autant à Lewis Carroll et son Alice qu’au rayon alimentation des supermarchés.

«Je me saoule, je me cure le nez, je jure, je pète! Je m’en fiche, je n’ai pas l’intention de devenir présidente des Etats-Unis», lançait-elle en 2008, à 24 ans. Une vraie gamine, jusque dans ses propos: «Je suis un mélange d’Amy Winehouse en plus grosse et de Lily Allen en plus maigre!» La seconde, outrée, se vengera en balançant en public son numéro de portable…

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Katheryn Hudson, future Katy Perry, à 15 ans.

Sa célébrité, Katy Perry jure ne pas l’avoir désirée. «Je n’ai jamais souhaité devenir célèbre, affirme-t-elle. C’est un effet collatéral du rêve qui était le mien. […] Moi, je voulais seulement faire de la musique, monter sur scène, exprimer ma vision du monde en chansons. Le reste m’a un peu échappé…» Lucide, elle a la décence de ne pas se plaindre.

Deuxième des trois enfants d’un couple de pasteurs pentecôtistes, Katheryn Elizabeth Hudson – son vrai nom – est née le 25 octobre 1984 à Santa Barbara (Californie), où elle a grandi. La famille est dévote. Mary Perry, sa mère, était catholique avant d’embrasser la foi de son mari. Katheryn chante à l’église. Chez les Hudson, on n’écoute que du gospel. Les petits sont privés de MTV. «Notre Madonna, c’était Amy Grant», se souvient Katy.

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La famille au complet avec (de g. à dr.) le petit frère David, Mary et Keith Hudson, les parents, pasteurs pentecôtistes, la sœur aînée Angela et Katy.

Pour payer des études aux enfants, les parents s’endettent. Il leur arrive de solliciter les banques alimentaires pour manger. A 13 ans, Katy reçoit sa première guitare. Elle suit toute sa scolarité obligatoire à l’école religieuse. C’est un vrai garçon manqué. Elle se cherche. La religion de ses parents l’étouffe. Un groupe rock, Queen, et surtout son chanteur, Freddie Mercury, vont la libérer: «La chanson "Killer Queen" m’a aidée à m’affirmer en tant que jeune fille de 15 ans. Freddie Mercury m’a donné confiance en moi.»

Personne n’est exempt de péchés. Mary, sa propre mère, aurait couché avec Jimi Hendrix! Quant à son père, il dissimule un passé de toxico.

Avec l’aide de deux rockers de Nashville, Katy Hudson sort un premier disque de gospel en 2001. Un échec. Elle a 17 ans, se rebaptise Katy Perry et débarque seule à Los Angeles. Le producteur Glen Ballard, proche de Céline Dion, l’embauche chez Columbia où, pendant trois ans, elle écrit pour d’autres, jusqu’à ce qu’un scout de Virgin Records, Jason Flom, l’attire chez Capitol. Sa chance est là.

Getty Images
Katy Perry soutenant les minorités sexuelles sur scène à Melbourne le 8 mars dernier, sa dernière prestation scénique.

Elle enregistre l’album «One of the Boys», qui déboule au printemps 2008. Carton mondial. Seuls ses parents sont consternés. «I Kissed A Girl», c’est un peu trop pour eux. «Ai-je déjà embrassé une fille? Bien sûr, se justifie la chanteuse. Ce serait trop hypocrite de chanter cette chanson sans cela.»

Craignant peut-être de voir ses parents rejoindre les rangs de ceux qui l’accusent de satanisme, elle s’efforce de les apaiser: «Je crois avoir un lien profond avec Dieu. Je prie tout le temps, pour la maîtrise de soi, l’humilité, etc., avec beaucoup de gratitude.»

Katy Perry devient un phénomène planétaire. Son troisième album, «Teenage Dream» (2010), place cinq titres, dont «California Gurls», au sommet des charts américains, ce qu’aucune femme n’avait réussi avant elle. Elle crée son propre label, Metamorphosis Music, en 2014. L’année suivante, ses clips «Dark Horse» et «Roar» dépassent le milliard de vues sur YouTube! Son business – notamment ses parfums – est florissant. Elle s’engage auprès de l’Unicef, soutient les victimes du sida, intègre enfin en 2018 le jury de l’émission «American Idol». La chaîne ABC débourse 25 millions de dollars pour l’avoir et prolonge son contrat en 2019.

Malgré tout, la grande Californienne (1 m 73) n’est pas une femme comblée. Après un premier amour avec Travie McCoy, du groupe Gym Class Heroes, Katy Perry rencontre le comédien anglais Russell Brand en 2009. Le duo, loufoque, se marie en Inde le 23 octobre 2010, mais quatorze mois plus tard, la chanteuse se fait larguer par SMS, un message envoyé, délicatesse suprême, le 1er janvier 2012. Elle aura ensuite d’autres flirts, mais son mariage raté l’a rendue dépressive. Elle songera même au suicide…

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Katy Perry dansant avec Orlando Bloom, père de sa future fille, après leurs fiançailles en février 2019

Popularisé par «Le Seigneur des Anneaux» et «Pirates des Caraïbes», Orlando Bloom, beau gosse, la séduit début 2016 et… la quitte au bout d’un an. Katy Perry sombre dans l’alcool.

En marge d’une tournée en Asie, elle va toutefois se reprendre. «Ma mère m’a demandé de l’accompagner à une messe, raconte-t-elle. Elle a chanté des chansons, ce qu’elle n’avait pas fait depuis quarante ans, et ça m’a bouleversée.» Dans cette église du bout du monde, Katy Perry se laisse envahir par l’émotion. Depuis quinze ans, elle pratique la méditation transcendantale, qui l’aide à se «réinitialiser», comme elle dit. La voilà mûre pour retrouver la foi. Orlando Bloom revient vers elle. Le 14 février 2019, il la demande en mariage.

VATICAN MEDIA FOTO / HANDOUT
Katy Perry lors de sa rencontre avec le pape François au Vatican, en avril 2019, en présence d’Orlando Bloom.

Une autre rencontre, au Vatican cette fois, chamboule sa destinée. Katy Perry est à Rome pour participer à une conférence sur la méditation. Le souverain pontife la reçoit. Illumination. «Je suis une grande fan du pape François, confie-t-elle. C’est un rebelle. Il ramène l’Eglise à l’humilité.»

Début mars 2020, mettant en ligne son nouveau clip «Never Worn White», la chanteuse annonce qu’elle est enceinte d’une fille, qui naîtra cet été.

Les préparatifs du mariage, prévu au Japon, sont torpillés par le Covid-19. En Australie pour une série de concerts, Katy Perry s’éclipse après avoir vécu vingt-quatre heures d’angoisse au Park Hyatt, à Sydney, l’hôtel où Tom Hanks et son épouse sont tombés malades…

Orlando Bloom, en tournage à Prague, parvient in extremis à rentrer en Californie. Il pourra consoler sa belle. Kitty Purry, son chat adoré, qui l’accompagnait depuis quinze ans, vient de trépasser.


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