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© Nicolas Righetti/Lundi13

Kucholl et Veillon au cirque, le «Vincentième» du Knie

Publié jeudi 29 août 2019 à 10:13
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Publié jeudi 29 août 2019 à 10:13 
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Vincent Kucholl et Vincent Veillon font tressauter de rire l’auguste cirque Knie, qui a entamé sa 100e tournée romande. Des coulisses à leurs roulottes, L’illustré les a suivis à l’occasion de la première représentation, à Genève.
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Le 23 août, deux heures avant la première représentation du cirque Knie à 
Genève, Vincent Veillon se met à jongler avec trois quilles, devant le chapiteau fièrement dressé sur Plainpalais. Il fait une chaleur de vacances, on entend la rumeur du trafic qui encercle la plaine et lui, il jongle. Il n’est plus le comique qui fait rire les foules depuis une dizaine d’années. Il est redevenu le petit garçon des Plans-sur-Bex (VD) qui passait le temps. «Comme il n’y avait pas grand-chose à faire dans mon village, je m’étais fixé deux buts: je voulais absolument savoir jongler et siffler.» Dans le spectacle, habillé en clown à tendance un tantinet dépressive, il mettra gaiement 
à profit ce reliquat de jeunesse chablaisienne: il jonglera pour de vrai, chez Knie.

Nicolas Righetti/Lundi13
Devant leur loge placée à côté de l’entrée des artistes, les Vincent s’arrosent gaiement...

A côté de lui, très concentré, très interpellé par le moment fort qu’il est en train de vivre, Vincent Kucholl s’exerce pendant de longues minutes à faire claquer son fouet. Sur la piste, il aura une redoutable vache à dompter, qu’il appellera Rhubarbe comme le célèbre chien du toxico de la Riponne, Jaquet, mais qui porte en réalité un nom de déesse, Circé. Aujourd’hui Kucholl a aussi 10 ans, maximum. Quand le Knie venait à Yverdon, il y allait chaque année, avec sa mère. Cela se passait toujours le week-end du Jeûne fédéral et il aimait plus que tout un moment particulier: «J’allais voir le démontage, le dimanche soir. Le chapiteau qui tombe, le chargement des trains. J’ai l’impression que j’ai vu cela des dizaines de fois, alors que ça n’a pas dû être plus de quatre ou cinq, mais le temps n’a pas la même amplitude quand on est petit. J’ai aussi rêvé d’être poursuiteur, pour voir le spectacle le plus souvent possible. J’ai acheté le cirque à découper, c’était dur, ma mère m’avait aidé. J’avais la roulotte girafe et la roulotte numéro 100. C’était fantastique, le cirque.»

Voilà: cette fois, Veillon et Kucholl entrent eux-mêmes dans le rêve. Ils ont leur visage impassible en grand sur l’affiche Knie, à côté de l’immuable clown au chapeau pointu.

>> Voir aussi la galerie de photos: Le Knie, c'est aussi eux

Nicolas Righetti/Lundi13
... Ce qu’ils répètent plus tard pendant le spectacle, costumés en garçons de piste.

Le téléphone à Géraldine

En début d’après-midi, ils sont arrivés de Lausanne avec leur voiture aux couleurs de l’émission «120 minutes». A l’entrée du cirque, ils ont donné un coup de fil à Géraldine Knie – «Cela se passe tout comme ça, ici. C’est du direct, un mélange de gros business et d’artisanat, on aime ça» – pour avoir les clés. Puis un préposé alémanique, avec le même accent que celui qu’ils parodient avec leur personnage Inäbnit, leur a fait la démonstration de leurs deux caravanes, des véhicules tip-top aux plaques saint-galloises. Là encore, ils ont eu l’air d’écoliers. «On a d’abord hésité à dormir à l’hôtel, Fredy Knie nous a laissé le choix, dit Kucholl. Puis on a changé d’avis: c’est trop bien d’être ici, avec notre maison qui nous suit!»

Nicolas Righetti/Lundi13
Peu avant d’entrer en scène, Vincent Veillon s’exerce. «Enfant, je voulais absolument savoir jongler et siffler.»

Le spectacle, ils l’ont rodé à Delémont, à Neuchâtel et à La Chaux-de-Fonds au mois de juin, lors de neuf représentations caniculaires. Ils ont pu évaluer l’immense écart qui sépare une scène de théâtre d’une piste de cirque, avec des spectateurs alignés à 270 degrés autour d’eux. «Au départ, on a vraiment été un peu flippés», lâchent-ils d’une seule voix. Leur ami et metteur en scène, Antonio Troilo, a eu la bonne formule: «Faites comme si le soleil allait vous brûler les fesses si vous restez trop longtemps au même endroit!»

Après avoir caressé leurs caravanes, ils ont déposé leurs quelques accessoires, qu’ils ont achetés eux-mêmes, à l’intérieur de leur loge, placée juste à côté de celle de Géraldine Knie et sa famille. Rien de sophistiqué: une échelle blanche, une brouette rouge, des grosses chaussures de clown et une palette de costumes, du policier au rasta.

Inquiétude

Et ils ont attendu l’heure de la représentation, comme à l’école, encore. Depuis leur décision de jouer au Knie, ils ne nient pas avoir regardé avec une certaine inquiétude la réaction de leur public, eux qui travaillent ensemble depuis dix ans et n’ont pas arrêté de se mettre en danger, de la radio à la télévision en passant par le théâtre. «Les gens allaient-ils penser que nous sommes en voie de ringardisation ou tout à coup «ultra-notabilisés»? s’est demandé Kucholl.

Et en fait, pas du tout. Tous les retours que nous avons sont pleins d’enthousiasme.» Veillon, qui reconnaît ne pas être un fou de cirque, acquiesce: «C’est une institution, un cirque national, c’est génial.» Déjà ils tissent des liens. «La famille Knie, c’est Top Models. Ils possèdent tous leur caractère tout en étant très accueillants. Tout le monde travaille à mort, dans un réel esprit saltimbanque. Les séances se font à l’improviste, dans le crottin.» Tout le monde se chambre, cela parle toutes les langues, surtout l’italien, à cause de l’importance de la famille Errani. Eux, ils ont tapé dans l’œil des Vincent: «Le mari de Géraldine, Maycol Errani, est aussi le chef technique. Il sait tout, jusqu’au poids du chapiteau. Le soir, il exécute le premier numéro avec son petit frère, enfile une salopette, serre un boulon, conduit un Caterpillar dans les coulisses, se change, fait un second numéro, se rechange, tandis que son frère vend des pop-corns à l’entracte. C’est dingue. Nous qui nous considérons comme des bosseurs, ils doivent nous prendre pour des tire-au-flanc, des Welsches qui ne savent que boire des verres.»

Nicolas Righetti/Lundi13
Vincent Kucholl en costard, pendant le final. «Depuis le début de la tournée, en mars, le spectacle n’a connu que des standing ovations», dit le patron, Fredy Knie (derrière).

Les acrobates au karcher

Ils se réjouissent et ils ont raison. Le soir de la première, avant même d’avoir articulé le premier mot, l’irruption de Kucholl en flic genevois dans les gradins déclenche une salve d’applaudissements. Comme si un copain débarquait chez Knie, selon le même processus affectif qui a dû présider aux succès d’autrefois de Marie-Thérèse Porchet, Emil ou Dimitri, dans le même lieu aussi mythique que familier.

A la fin de leurs quatre sketchs, où l’on apprend notamment que Gilles Surchat a une sainte trouille des clowns et que Jaquet nettoie les acrobates au karcher, la standing ovation dure longtemps. On s’en réjouit auprès du grand patron, Fredy Knie, qui nous recadre gentiment: «Je ne veux pas que vous pensiez que j’ai la grosse tête mais, depuis le début de cette tournée, en mars, il n’y a jamais eu autre chose que des standing ovations, Monsieur…» Les Vincent le font rire: «On avait l’œil sur eux depuis longtemps.» Et sa fille Géraldine ponctue: «Je les adore. Ils sont devenus des amis en peu de temps. Ils enrichissent notre 100e tournée tout en nous faisant rire en backstage.»

Et eux, à passé minuit, dans leurs caravanes flambant neuves, ils se regardent avec une paille dans l’œil, vaguement incrédules. Ils savent qu’ils n’ont toujours pas grandi.

>> Plus d'infos: Le cirque Knie, qui fête ses 100 ans, est à Genève jusqu’au 12 septembre. En Romandie, 
il passera ensuite par Nyon, Yverdon, Bienne, Lausanne, 
Sion, Vevey, Aigle et Fribourg. Infos sur www.knie.ch

Nicolas Righetti/Lundi13
Bien après minuit, ravis mais épuisés, Kucholl et Veillon débriefent encore, dans une de leurs deux caravanes personnelles.

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