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Eurofoot

La Nati, invisible aux yeux des médias français?

Entre les titres des quotidiens et les plateaux TV, la presse hexagonale n'évoque (presque) pas l’équipe de Suisse. Les Helvètes apparaissent comme les grands oubliés d’un match où ils ont pourtant très bien joué. Retour sur un oubli.

Unes de la presse française

Quelques unes de la presse française. La désillusion en point commun.

DR

Après la défaite face à la Suisse, les médias français semblaient focalisés sur leurs joueurs, au point d’oublier qu’une seconde équipe jouait sur le terrain. Lionel Pittet, journaliste sportif pour Le Temps, l’admet, la France a tendance à se centrer sur elle-même depuis cette contre-performance des Bleus. Toutefois, il nuance ce constat: «Cette concentration médiatique sur ses propres athlètes constitue un trait commun à tous les pays.» 

Les réactions des médias s’avéraient dès lors prévisibles. La défaite des champions du monde s’explique par un bon match d'une petite équipe telle que la Suisse mais également par un (très) mauvais match des joueurs français. Les Bleus étant largement favoris, il apparaît alors logique que les médias et les supporters s’intéressent surtout à ce qui n’a pas fonctionné. Par ailleurs, ce phénomène n’est pas propre à la presse française, ni même au football. 

D’ailleurs, si l’on observe d'autres titres européens, la victoire suisse s’efface généralement devant la défaite française. La Gazzetta dello Sport accable le jeune Mbappé: le quotidien sportif italien titre en une: «Ciao ciao Mbappé».

Le quotidien généraliste belge Le Soir avance quant à lui le terme de «Frexit». Du côté germanophone, Die Presse, quotidien autrichien, se focalise également sur la défaite, avec ce titre: «Les Bleus: Eine gewaltige Ohrfeige» (Les Bleus: une énorme gifle, ndlr). Et la liste des exemples ne s’arrête pas là. Du côté français, il faudra deux jours pour que des articles s'intéressent enfin à la Nati.

Et pour les autres sports? Selon David Lemos, journaliste et commentateur sportif à la RTS, une situation similaire au sein d’une autre discipline aurait provoqué la même réaction de la part du pays en question. «Si la Suisse perdait en quart de finale en Championnat du monde de hockey contre le Kazakhstan, la presse sportive suisse tenterait également de comprendre pourquoi l’équipe a perdu plutôt que de comprendre pourquoi les adversaires ont gagné», affirme-t-il.

«Etape alpestre»

On peut par contre reprocher aux médias et journalistes français une certaine perspective de victoire prétendument acquise avant le match joué et un oubli quasiment total de la réalité des performances helvétiques. L'Equipe ne présentait-il pas le match à venir comme une simple «étape alpestre» le jour même de la rencontre?

Tout comme son concurrent Ouest-France, grand quotidien du pays, il ne mettra en avant aucun joueur suisse dans son «équipe type».  Lors du match, la twittosphère (notamment sur le compte de L'Equipe) s’est enflammée en accablant Didier Deschamps ou les joueurs, sans souligner les prouesses suisses. Raymond Domenech, de son côté, se moquait ouvertement de la Nati avant le match dans l’émission L’Equipe d’Estelle, en affirmant que le seul moyen pour que la Suisse gagne soit que ses adversaires restent bloqués dans un ascenseur. Raté.

N’en déplaise aux supporters des Bleus, la Suisse affrontera bel et bien l’Espagne ce soir à 18 heures. Reste à observer, en cas de victoire des Helvètes, le comportement des médias espagnols: les titres se focaliseront-ils sur la défaite de leur pays ou sur la victoire suisse? La réponse semble évidente. 
 

Par Erica Berazategui publié le 2 juillet 2021 - 10:53