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Dans les coulisses de la rédaction

La nostalgie du journaliste sportif

Il y a vingt ans, on se battait pour couvrir un grand événement sportif. Aujourd’hui, y être dépêché relève presque de la punition. Et pas seulement à cause du covid.

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Le journaliste de L'illustré Christian Rappaz avec Ronaldo «Fenomeno», à Ulsan, trois jours avant la finale de la Coupe du monde 2002 remportée par le Brésil grâce à deux buts de… Ronaldo contre l'Allemagne.

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J’ai eu la chance d’être journaliste de sport dans un autre temps. Je parle d’un temps que les moins de 25 ans ne peuvent pas connaître. Une époque où existaient encore une certaine complicité et une confiance réciproque entre journalistes et athlètes. Epoque bénie à vrai dire, où un peu d’entregent et un brin de culot suffisaient à forcer les portes, même les plus lourdes. Durant vingt ans, entre 1985 et 2005, j’ai ainsi eu le bonheur d’enchaîner les rencontres et les interviews de prestige. J’en citerai quelques-unes, qui m’ont marqué, juste pour le plaisir d’en savourer les souvenirs. Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France (alors que j’étais encore stagiaire), Pelé, Laurent Fignon, dans sa chambre d’hôtel, à Bienne, au soir d’un contre-la-montre du Tour de Suisse. Ou encore l’Américain Greg LeMond, au lendemain de sa victoire dans le Tour de France 1989, assis par terre devant sa chambre d’hôtel. Sans compter les innombrables soirées passées à refaire la course en compagnie de Pascal Richard, Laurent Dufaux, Alex Zülle, Urs Zimmermann et consorts.

Idem dans le foot. A l’exemple de ce petit-déjeuner organisé entre les joueurs de l’équipe de Suisse et les journalistes, à… trente-six heures du match d’ouverture de l’Euro 1996, opposant la Nati à l’Angleterre, à Wembley. «Je ne crois pas que notre performance en ait souffert», nous disait à ce propos Kubilay Türkyilmaz, avec qui nous évoquions ce délicieux souvenir il y a peu. Et que dire de la Coupe du monde Corée/Japon de 2002... Un régal! En cinq semaines, j’ai pu accrocher Michel Platini, Franz Beckenbauer, Sepp Blatter, Arsène Wenger, Roberto Carlos et El-Hadji Diouf, la star sénégalaise de la compétition, à mon «palmarès». Des heures d’interviews, sans que l’interviewé montre le moindre signe de lassitude.

Malheureusement, ces opérations «portes ouvertes» n’ont pas duré. Elles s’arrêtèrent même brutalement au milieu des années 2000, lorsque les partenaires et les sponsors de calibre planétaire débarquèrent dans le sport de haut niveau, lequel comprit alors son intérêt à se vendre d’abord aux grandes chaînes de télévision.

Sur le plan suisse, l’Euro 2004 reste le dernier événement où les médias eurent encore peu ou prou accès à la Nati. Depuis, nos internationaux sont devenus aussi inaccessibles que les stars des Bleus, de la Mannschaft ou du Brésil. Finies aussi les interviews «one-one» avec le porteur du maillot jaune du Tour et les reportages sympas en dehors du camp de base des équipes. Accéder à leurs hôtels est d’ailleurs devenu mission impossible. Les interviews se résument à des conférences de presse express organisées devant les grands panneaux publicitaires des sponsors.

Là où un coup de fil suffisait à négocier une rencontre, il faut aujourd’hui passer par les multiples filtres mis en place par les fédérations et leur armada de communicants pour espérer décrocher une rencontre minutée et sous haute surveillance. Il y a belle lurette que le temps des aménités est révolu…

Par Christian Rappaz publié le 28 juin 2021 - 08:27