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La série «Tschugger», un phénomène désopilant

C’est LA série TV du moment. Encore une production américaine? Que nenni, elle nous vient tout droit d’outre-Sarine, où elle fait un carton. Aux manettes: David Constantin, un trentenaire touche-à-tout et talentueux. Rencontre.

«Tschugger»

David Constantin s’est d’abord fait un nom dans le milieu de la publicité avec des réalisations un brin trash et surtout très déjantées. «Une super école, j’ai appris énormément. Il faut être précis et rapide, installer un univers tout en composant avec les exigences des clients.»

Lukas Maeder

On vous voit hausser un sourcil, voire deux. Une production tournée en dialecte haut-valaisan, portée par des acteurs amateurs, serait l’objet télévisuel à ne pas manquer? Pourtant, vous auriez tort de passer à côté de «Tschugger» («flic» en patois), un petit bijou de comédie loufoque à l’humour irrévérencieux, aux dialogues ciselés et aux personnages hauts en couleur. Le tout ficelé dans une délicieuse atmosphère rétro.

Le pitch? Bax, un flic à la moustache folle et à la chevelure ébouriffée, s’ennuie ferme. Il a pourtant connu son heure de gloire par le passé avec l’arrestation très médiatisée du chanvrier Bernard Rappaz. Depuis, c’est le calme plat, entre les cours de sensibilisation dispensés à des élèves de la région et le visionnage de vidéos de promotion de la police cantonale sur TikTok. Jusqu’à ce qu’une tentative de meurtre vienne troubler le quotidien bancal du poste de police. Entre une rappeuse au talent discutable, des petits trafiquants de cannabis, un promoteur immobilier qui s’encanaille avec la mafia et une agente de Fedpol qui le tient à l’œil, Bax aura fort à faire pour mener son enquête.

«Tschugger»

Les aventures de pieds nickelés en terre valaisanne. Un petit air de «Fargo»? «J’adore l’univers des frères Coen, ils font bien évidemment partie de mes références, au même titre que le réalisateur Quentin Tarantino.»

Dominic Steinmann/SRF

C’est à Zurich, dans les bureaux de Shining Film, coproducteur de la série avec la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF) et le diffuseur en ligne Sky Show, que nous retrouvons son co-auteur, interprète et coréalisateur, David Constantin. Encore étourdi par le succès tant critique que public (33,9% de parts de marché en Suisse alémanique) rencontré par «Tschugger», le trentenaire souriant, au look cool et aux cheveux en brosse, apparaît plus sur la retenue que le personnage de loser flamboyant qu’il incarne à l’écran. «Je suis plus timide que Bax; je n’ai pas vraiment confiance en moi, alors que lui, il est très sûr de sa petite personne. Ça me fait du bien d’endosser ce rôle, car cela me pousse à sortir de moi-même et à m’affirmer. Il ne faut pas oublier que je ne suis pas acteur de formation.»

Pourtant, sa présence et son allure comique crèvent l’écran. «Nous avons auditionné quelques acteurs pour le rôle de Bax avant de nous résoudre à opter pour… moi. Je redoutais un peu de me voir à l’image. De plus, ce n’est pas forcément l’idéal de se retrouver derrière et face à la caméra. Mais nous avons fait des essais et avons finalement recruté un coréalisateur», relate celui qui a tracé sa route professionnelle sans plan de carrière mais au gré de ses envies et des opportunités qui se sont présentées à lui.

«Tschugger»

Les aventures de pieds nickelés en terre valaisanne. Un petit air de «Fargo»? «J’adore l’univers des frères Coen, ils font bien évidemment partie de mes références, au même titre que le réalisateur Quentin Tarantino.»

Dominic Steinmann/SRF

David Constantin a grandi à Salquenen, un village viticole valaisan, au sein d’une fratrie de quatre enfants. Son père, notaire, tournait des petits films amateurs que la famille regardait le dimanche. «C’est sans doute grâce à lui que mon attrait pour la caméra est né.» Adolescent, il monte un groupe de musique avec ses amis. «On rappait en dialecte haut-valaisan, personne ne comprenait rien, mais on nous disait que notre musique était super», s’amuse-t-il. Il se frotte à la caméra et tourne les clips du groupe. Maturité en poche, il s’envole à 18 ans pour New York et intègre une école de cinéma. Il y restera deux semestres. Retour en Suisse et détour par Lausanne, où il entame une nouvelle formation en histoire et esthétique du cinéma à l’Université de Lausanne. «Trop théorique», l’aventure tourne court. De guerre lasse, il entreprend une formation en économie à l’Université de Berne qu’il mènera à son terme. En parallèle, il tourne une première publicité à Riederalp pour le restaurant d’un cousin et réalise des petits films avec sa bande d’amis dont un se fera remarquer, Tschutter. Une websérie déjantée qui narre les exploits et surtout les déboires d’une petite équipe de football locale. «J’ai joué en 5e ligue. On était une équipe d’amateurs, mais on se prenait très au sérieux, comme si on évoluait en Champions League, rit-il. J’ai très vite saisi le potentiel comique de cette situation.» Un de ses amis envoie la série à 20 minutes. Carton plein, les épisodes atteignent des centaines de milliers de vues sur YouTube.

Son style fait mouche, il est engagé par la société de production Shining Film en tant que réalisateur publicitaire. Il fait la connaissance de la productrice Sophie Toth, qui sera sa compagne d’aventure au long cours. S’ensuivent une collaboration fructueuse, des mandats toujours plus importants où son univers unique, décalé et un brin trash fait des merveilles pour des clients comme Swisscom, Coop, Suisse Tourisme ou encore l’Office fédéral de la santé publique. «J’ai appris énormément avec la pub. Les effets comiques, le rythme. Tu as moins de temps pour installer ton univers, il faut être précis et rapide.»

«Tschugger»

En compagnie de Sophie Toth, productrice de la série. «On se connaît par cœur avec David, on travaille ensemble depuis neuf ans. Bien sûr, il y a des clashs. C’est normal quand on collabore de façon aussi intense.»

Lukas Maeder

Mais le binôme nourrit des envies de fiction et d’indépendance. Ils frappent à la porte de la SRF avec une première version de «Tschugger.» Refus net. Déçus mais pas abattus, ils décident de tourner quelques scènes du premier épisode à leurs frais. «C’était un risque pour nous car nous avons investi de notre poche. Heureusement, il s’est avéré payant. Mais il a fallu se battre pour imposer le ton, les décors et le «look and feel» de la série. On nous a demandé de faire des économies, de limiter les explosions par exemple, mais nous avons tenu bon. Nous savions exactement ce que nous voulions», raconte la productrice zurichoise.

Le résultat? Une comédie policière désopilante au ton et à l’atmosphère uniques, avec des cascades et des explosions dignes de grands films d’action. Un véritable ovni dans le paysage audiovisuel suisse qui séduit toutes les générations. La deuxième saison est en cours de montage, toujours ancrée dans les décors grandioses du Haut-Valais. «Je ne peux rien dire, je ne veux pas dévoiler l’intrigue.» Promis, no spoiler.

Une série à découvrir sur la RTS, le 15 février dès 20 h 45, et sur Playsuisse.

Par Alessia Barbezat publié le 11 février 2022 - 14:23