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#MeToo

La vague des lanceuses d'alerte romandes

Anonymes, les témoignages accablants de harcèlement sexuel, d’agression et de discrimination tapissent les réseaux sociaux et l’espace public. La parole des Romandes s’est enfin libérée. Etudiantes, employées, journalistes, elles se mobilisent et dénoncent. Florilège.

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Des femmes tiennent des pancartes "Ta main sur mon cul mon poing dans ta gueule" lors d'une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles ce samedi 23 novembre 2019 a Lausanne. La journee internationale pour l'elimination de la violence a l'egard des femmes est celebree le 25 novembre et soutenue par l'Organisation des Nations unies, ONU. (KEYSTONE/Laurent Gillieron)

Des femmes tiennent des pancartes "Ta main sur mon cul mon poing dans ta gueule" lors d'une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles le samedi 23 novembre 2019 à Lausanne.

keystone-sda.ch

A l’échelle de la Suisse romande, ça bouge dans tous les coins. De l’EPFL au CHUV, à Lausanne, en passant par l’Ecole professionnelle en arts appliqués de Fribourg, les étudiantes balancent. Elles ne sont pas les seules à se rebeller: les journalistes mais aussi les femmes actives dans plusieurs secteurs professionnels s’expriment à leur tour. Sur Instagram ou dans la rue, tous ces collectifs disent stop. Les femmes n’en peuvent plus de se taire, d’accepter une société où le harcèlement sexuel, les violences verbales et physiques ne sont pas décriées et punies. Certains témoignages font froid dans le dos. «On a reçu des messages qui parlent de viol. On est au-delà du débat sur les moeurs. Il s’agit de crime et cela requiert une réaction urgente!» s’alarme l’une des membres du collectif de la grève féministe à Fribourg.

Ces lanceuses d’alerte ont enclenché ces derniers mois un mouvement de mobilisation sans précédent: le compte SwissMediaToo est suivi par près de 8000 personnes, 5000 pour le compte Paye ton EPFL. Début février, après la parution dans La Liberté de l’histoire de Louise – élève du collège Gambach (FR) victime de remarques du corps enseignant parce qu’elle ne portait pas de soutien-gorge –, le hashtag #Balancetonprof s’est, lui, enflammé. «Ce qui nous choque, c’est que les cas touchent aussi des jeunes au cycle d’orientation ou en primaire.» Au milieu de ce tumulte, des mesures concrètes ont été prises à l’encontre de trois professeurs et du directeur de l’Eikon, l’Ecole professionnelle en arts appliqués de Fribourg, accusés d’actes déplacés.

Des femmes brandissent une pancarte lors d'une action de "solidarite feministe" du mouvement "Greve feministe Vaud" suite aux accusations d'harcelement sexuel au sein de la RTS dont  par son ancien presentateur vedette Darius Rochebin ce lundi 2 novembre 2020 devant le siege de la Radio Television Suisse, RTS. (KEYSTONE/Laurent Gillieron)

Des femmes brandissent une pancarte lors d'une action de "solidarité féministe" du mouvement "Grève féministe Vaud" suite aux accusations d'harcèlement sexuel au sein de la RTS.

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«Il est temps que toute une catégorie de gens se fasse entendre. Quant aux autres, qu’ils apprennent à se taire, déclare l’une des journalistes qui réagit à l’onde de choc à la RTS. Et s’ils sont ébranlés, c’est qu’on tape au bon endroit et qu’on est fortes!» Malgré cette nouvelle ère post-#MeToo, toutes conservent encore l’anonymat, par peur de représailles.

Les employées contre l’omerta au travail

Les employées contre l’omerta au travail
Depuis novembre 2020.

Dans le milieu professionnel, c’est encore très mal vu de signaler les comportements inappropriés, surtout ceux de sa hiérarchie. C’est pour cela qu’EntrepriseToo collecte moins de témoignages que d’autres initiatives similaires. Une vingtaine seulement, de crainte d’être reconnues et de subir les conséquences sur leur emploi. Pour l’instigatrice du compte Instagram, qui préfère taire son nom, il manque de vraies sanctions dans le milieu professionnel.

Instagram/entreprise_too
Les journalistes suivent le mouvement #MeToo

Les journalistes suivent le mouvement #MeToo
Depuis novembre 2020.

Les révélations du journal Le Temps sur les différentes affaires de harcèlement et de mobbing au sein de la RTS ont secoué l’opinion publique. SwissMediaToo naît en réaction pour dénoncer ce type de comportement dans tous les médias romands: 250 messages reçus, 180 publiés pour l’instant. A la RTS, une charte anti-sexisme a depuis été établie à l’interne, ainsi que des ateliers de formation. L’heure est à une nouvelle culture d’entreprise.

Instagram/swissmediatoo
Le vent de guérilla des élèves fribourgeoises

Le vent de guérilla des élèves fribourgeoises
Depuis février 2021.

Après le scandale autour du soutien-gorge de Louise, les langues se délient à Fribourg: 400 témoignages pleuvent sur les réseaux sociaux du collectif de la grève féministe qui les hébergent. Sexisme, voyeurisme, mains baladeuses, les déclarations touchent de nombreux établissements scolaires. En février, l’Ecole professionnelle en arts appliqués (Eikon) a suspendu trois professeurs et son directeur, accusés de harcèlement.

Instagram #BALANCETONPROF
La fin du silence dans les couloirs de l’Unil

La fin du silence dans les couloirs de l’Unil
Depuis février 2021.

Sur Instagram, les histoires du compte Paye ton Unil – qui met en lumière les problématiques autour des rapports de pouvoir, notamment entre doctorantes et professeurs – choquent. Depuis 2018, le collectif féministe de l’Université de Lausanne se bat pour lutter contre le sexisme et les injustices, mais «on ne s’est jamais senties vraiment écoutées jusqu’à présent», glisse l’une des membres. Pour elle, les infrastructures d’écoute existantes, comme le Bureau de l’égalité, ne sont pas suffisantes.

Insatgram/payetonunil
Le sexisme au CHUV accroché au mur

Le sexisme au CHUV accroché au mur
Depuis fin 2018.

En 2018, les messages des étudiantes du CHUV n’avaient pas rempli les flux des réseaux sociaux mais décoraient les murs de l’hôpital lausannois. En collaboration avec la direction qui souhaite implémenter une tolérance zéro, ces précurseures ont depuis mis en place un cours obligatoire sous forme de théâtreforum pour les élèves de 3e année. En parallèle, une antenne de soutien recense les cas (suivis de près par la direction de plus en plus impliquée). Clash a surtout inspiré d’autres collectifs.

ASSOCIATION CLASH
L’auditoire prend la parole ex cathedra

L’auditoire prend la parole ex cathedra
Depuis décembre 2020.

Fin novembre, des étudiants et étudiantes témoignent avec courage, face caméra, de cas de harcèlement et d’autres situations graves qui ont lieu pendant leur formation à l’EPFL. Lancés par Polyquity, une commission d’universitaires qui se battent pour l’égalité des genres sur le campus, 180 témoignages anonymes sur Instagram s’ajoutent à ces déclarations. Face au tollé, la direction réfléchit à la mise en place d’une task force spéciale.

Instagram/payetonepfl
Par Jade Albasini publié le 8 mars 2021 - 09:08