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Viticulture 

Le désarroi du milieu viticole face à la non-revalorisation des stocks 

L’hypothétique valorisation des stocks consécutive à la faible récolte qui se profile ne profitera pas aux producteurs de vin. «L'illustré» a fait le tour des réactions. 

DIDIER JORIS, SES DERNIERES VENDANGES

Dans sa cave à Chamoson, Didier Joris n’accueillera bientôt plus personne pour déguster ses nectars biologiques. Il semble en être le premier désolé.

SEDRIK NEMETH@

«Les comptes des années antérieures sont bouclés et définitifs. Tous nos fournisseurs de vendange ont été intégralement payés en temps et en heure et ce dossier ne sera pas rouvert.» C’est, en substance, les propos que nous ont tenus les deux encaveurs que nous avons contactés. Le Domaine Rouvinez, deuxième acteur valaisan de la branche avec ses cinq enseignes et ses 1260 fournisseurs – juste derrière Fenaco, qui a racheté Provins l’an dernier – et les Fils Maye, troisièmes, avec 250 fournisseurs. Si le discours a le mérite de la clarté, il douche les espoirs des vignerons qui rêvaient d’un petit complément de revenu via l’éventuelle revalorisation des stocks (près de 60 millions de litres dans le canton au 31 décembre 2020) dans la foulée de la très faible récolte qui se profile.

On parle en effet d’une vendange inférieure à celle de 2017, affectée par un grave épisode de gel (32,8 millions de kilos). Un rêve plutôt légitime au vu des prix pratiqués ces dernières années: 2,70 francs en moyenne pour le kilo de fendant, 4,20 francs pour le pinot par exemple. «Même 20 ou 30 centimes de versement rétroactif nous donneraient un bon coup de main», confie un producteur. «Il faut savoir que, malgré les grosses difficultés qu’elle a traversées, notre société a toujours honoré ses engagements. Depuis 2018, nous avons réajusté les quantités encavées, ce qui nous laisse très peu de stock», justifie Stéphane Maccaud, CEO des Fils Maye.

De son côté, l’encaveur sierrois estime avoir déjà fait sa part en achetant les raisins de 170 nouveaux fournisseurs «abandonnés sans ménagement par certains de nos concurrents en 2020», dixit Philippe Rouvinez. «De toute façon, si revalorisation il y a, ce qui n’est de loin pas acquis, la marge de manœuvre sera très faible en termes de concurrence. Idem d’ailleurs pour le prix de la vendange 2021. Même si la récolte est faible et que les grands distributeurs sont d’accord d’augmenter un peu, il ne faut pas s’attendre à ce que les prix explosent. Si nous allons au-delà de 3,30 francs le kilo de fendant ou de 4,80 francs le kilo de pinot, nous serons sortis du marché», prévient le codirecteur du domaine, aux côtés de son frère Frédéric.

DIDIER JORIS, SES DERNIERES VENDANGES

Est-ce vraiment la dernière cuvée de Didier Joris? Sa fidèle clientèle serait en tout cas inconsolable.

SEDRIK NEMETH@

«Nos crédits sont ouverts, mais…»
 

Les banques et l’Etat assurent offrir des financements à celui ou celle qui voudrait se lancer. Mais leurs conditions les rendent peu accessibles.

Selon Didier Joris, obtenir un crédit pour reprendre un domaine viticole relève de l’exploit, tant ce secteur en pleine déliquescence dresse les banques et même l’organe cantonal dédié au soutien de l’agriculture sur les pattes arrière. «Faux!» répondent en chœur les interlocuteurs que nous avons alertés. A commencer par Raiffeisen, feu la caisse paysanne.

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«Chez nous, il n’y a ni politique de branche, ni de règle en lien avec un secteur. Nous ne disons pas «plus de viticulture ou plus d’hôtellerie» parce que ces activités traversent une période difficile. Comme pour n’importe quelle demande, nous faisons une analyse spécifique et si les conditions sont remplies (de 35 à 40% de fonds propres par exemple), nous agissons», assure Florian Debons, président de la direction Raiffeisen Sion et Région, tout en reconnaissant que l’application du droit rural complique parfois les choses. «En général, nous nous associons avec le Crédit agricole, l’Office des améliorations structurelles de l’Etat pour monter les dossiers.»

Même son de cloche du côté de la BCVs, qui affirme accorder des crédits servant aussi bien à financer l’achat de vendange, de matériel d’exploitation qu’à l’acquisition ou à la rénovation de halles de production. «Mais dans les limites des règles prudentielles de la branche bancaire», précise le service de communication de l’établissement. «En vérité, tout est dans le «mais», ironise Didier Joris, qui a vu une repreneuse potentielle être écartée parce qu’elle ne possède pas de CFC d’agricultrice.

«C’est en effet l’une de nos conditions pour obtenir une contribution à fonds perdu ou un prêt sans intérêt de douze ans», confirme Laurent Maret, responsable du Crédit agricole. «Les deux autres ont trait à la taille de l’exploitation et à l’âge du demandeur ou de la demandeuse: 35 ans maximum pour le prêt octroyé par la Confédération (max. 270 000 fr.) et 45 ans pour celui accordé par le canton (max. 100 000 fr.)», poursuit ce dernier.

Malgré tout, Didier Joris n’en démord pas. «Derrière les beaux discours, tout est fait pour couler la viticulture.» C’est dit!

Par Christian Rappaz publié le 01.10.2021