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Le jour où Raymond Vouillamoz a rencontré deux mastodontes du rock

A 25 ans, alors stagiaire à la TSR, l’ancien patron des programmes de la chaîne romande va suivre Johnny Hallyday. Il vient d’engager un certain Jimi Hendrix. Souvenirs cultes.

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Raymond Vouillamoz

Raymond Vouillamoz vient de sortir son dernier roman «L’odrre n’a pas d’ipmrotncae» (Ed. De l’Aire).

Blaise Kormann
Didier Dana

«A la fin de l’été 1966, le cinéaste Claude Goretta est intéressé par le phénomène des chanteurs yéyé et leurs groupies. Il décide alors d’y consacrer un reportage pour «Continents sans visa», l’ancêtre de «Temps présent». Jeune journaliste de presse écrite, je suis engagé à 25 ans par la Télévision suisse romande où j’effectue un stage de réalisateur de trois ans avec l’homme d’images. Dès mon premier jour de travail, je me rends à Paris. Chic!

A cette époque, Johnny Hallyday se relève d’une tentative de suicide. On le suit en répétition avec son groupe pour une courte tournée dans le nord de la France et, en apothéose, une soirée de gala à l’Olympia destinée à promouvoir un nouvel album sur lequel sont enregistrés «Noir c’est noir» et «Je veux te graver dans ma vie».

Pause à la répétition. Johnny me tape d’une cigarette. «Tu habites Genève? Moi, j’y ai vécu deux ans, me dit-il (dès ses 13 ans, ndlr). J’ai suivi les cours de guitare classique de José de Azpiazu au Conservatoire.» Quelques jours plus tôt, fin septembre, un proche de Johnny avait, par hasard, entendu à Londres un guitariste américain débarqué en Europe depuis une semaine. Excité, bourré de LSD, ce quasi-inconnu jouissait d’une formidable réputation dans les milieux blues et rock. Johnny n’a personne pour sa première partie et il lui demande:
- Tu as un orchestre?
- «Yes man!»
- OK doc, je t’engage.

Voilà comment Hendrix a débarqué en France. Le premier spectacle a lieu à Nancy. Ce soir-là, la voix de cette future légende me fascine, mais l’observer pincer les cordes de sa guitare électrique avec les dents et le voir se rouler par terre me déconcerte. Un jour, Johnny, que nous suivions constamment, me fait remarquer: «Mon pote Jimi tire la gueule. Vous ne le filmez jamais.» Le caméraman André Gazut est d’accord d’immortaliser Hendrix en première partie. Cette séquence est hors sujet pour notre reportage, aussi je donne la bobine au guitariste psychédélique. J’ignore totalement ce qu’elle est devenue. Hendrix chante «Hey Joe». Ce futur classique est encore en chantier. Il manque l’intro.

Dans le documentaire de Goretta, on aperçoit furtivement le génie de la six cordes. Notamment au premier étage d’un restaurant. Attablés, Johnny et lui s’amusent à faire un concours de ronds de fumée, comme les mômes qu’ils sont: Johnny a 23 ans, Jimi presque 24. Ces images que j’ai conservées sont toujours visibles sur YouTube. A leurs côtés, on aperçoit le batteur Mitch Mitchell, Noel Redding, le bassiste, plus Chas Chandler, ex-Animals et manager de ce trio bientôt légendaire: The Jimi Hendrix Experience. Ils rient aux éclats des facéties des deux artistes, l’un confirmé, l’autre en devenir.

Trois ans plus tard, en août 1969 à Woodstock, Jimi Hendrix devenu une superstar exécutera l’hymne national américain, «The Star-Spangled Banner». Dans ce solo surréaliste, il imite le bruit des bombardements des B-52 de la guerre du Vietnam. Je n’étais pas l’un des 500 000 spectateurs de ce festival mythique, mais son écoute me file encore des frissons qui me prouvent que je suis encore vivant, contrairement à lui, mort prématurément à 27 ans, le 18 septembre 1970 dans une chambre d’un hôtel londonien d’un mélange de barbituriques et d’alcool.» 

 

 


Son dernier roman

Dans «L’odrre n’a pas d’ipmrotncae» (Ed. De l’Aire), l’auteur nous offre une vision d’aujourd’hui et de demain à travers deux héroïnes. Cette fiction nous fait voyager des bordels de Genève à la conquête de l’espace. A noter le joli dessin de couverture, œuvre d’Amélie, la petite-fille du romancier.

Par Didier Dana publié le 10 octobre 2022 - 09:21