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Abus sexuels

«Le silence ne profite qu’aux bourreaux, pas aux victimes d'inceste»

Il faut saluer le courage des victimes qui osent prendre la parole, tant l’inceste est «un tabou spécifique aux multiples répercussions». Explications de professionnels et pistes pour mieux protéger les plus jeunes.

De nombreuses raisons empêchent souvent les victimes d'inceste de parler.

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La lecture de La familia grande, le récit de Camille Kouchner, comme celle des témoignages que nous publions ici, sidère. C’est que l’inceste reste «un tabou spécifique, une atteinte fondamentale au lien social», souligne Pascal Roman, professeur de psychologie clinique, psychologue au CHUV et directeur de l’Observatoire de la maltraitance envers les enfants (OME) à l’Université de Lausanne. Les victimes le sont à plusieurs titres. Au traumatisme des actes subis s’ajoutent «l’impossibilité de les dénoncer en raison du lien et les risques attachés à la dénonciation, soit la destruction de ces liens familiaux». D’où le déni souvent vécu par les victimes ou leurs proches. «Il n’est pas nécessairement conscient, mais va renforcer la souffrance et l’extrême difficulté à se reconnaître comme victime.»

Chaque année, entre 30 000 et 50 000 enfants sont adressés à des structures spécialisées, dont 15% pour des maltraitances d’ordre sexuel, a estimé en 2018 l’étude «Optimus Suisse», à laquelle a contribué l’OME. Dans la grande majorité des cas, les auteurs sont des hommes, de la sphère familiale ou proche. Ces chiffres ne seraient que la pointe de l’iceberg. «On sait qu’il y a un écart très important entre le nombre de plaintes et les abus réellement commis», souligne Pascal Roman. L’étude a conclu que, si l’offre en matière de protection de l’enfant était développée en Suisse, elle ne correspondait «pas encore aux besoins réels des victimes» et a appelé à une meilleure sensibilisation des professionnels de la petite enfance et du corps enseignant.

>> Lire les témoignages de quatre Romandes victimes d'inceste

Patouch, association romande de prévention de la violence envers les enfants, intervient dans les écoles depuis vingt ans. Pour son président, Bernard Jaquet, «l’éducation sexuelle est nécessaire et présente la sexualité d’une manière positive. Notre message est complémentaire et indispensable. Il donne confiance en ses capacités et développe les compétences pour savoir ce que l’on ne veut pas et s’affirmer. Il propose, avec finesse et légèreté, des solutions aux problèmes de violences et aux abus. Un autre message, donc. On dit souvent aux enfants: «Ayez confiance dans les adultes!» Mais il y a des exceptions, et on oublie de le leur dire… Cela demande une vraie réflexion et une bonne formation. La prévention devrait s’inscrire dans le cursus scolaire obligatoire.» Sur le principe, la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) se dit pleinement d’accord. Et estime pour sa part que «le Code pénal ne va pas aussi loin qu’il le devrait en matière d’infractions à caractère sexuel. L’inceste devrait constituer une circonstance aggravante justifiant une peine plus lourde que celle qui est infligée au violeur «standard». De manière générale, il faut faire savoir que l’inceste existe même chez certaines personnes qu’on pensait exemplaires, comme Olivier Duhamel (agresseur présumé du frère de Camille Kouchner, ndlr), et qu’il faut en parler pour que cela cesse. Le silence ne profite qu’aux bourreaux, jamais aux victimes.»

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Pour demander de l'aide

 

• Les numéros de téléphone 117 (police) et 147 (aide et écoute) www.147.ch
conseils@147.ch

• L’association Espas
www.espas.info
contact@espas.info
0848 515 000

• L’association Patouch
www.patouch.ch
info@patouch.ch
0800 800 140

• Le CTAS Genève (Centre de consultation spécialisé dans le traitement des séquelles d’abus sexuels)
www.ctas.ch
ctas@bluewin.ch
022 800 08 50

• L’association Disno s’adresse aux adultes et adolescent(e)s qui ressentent une attirance ou des fantasmes sexuels envers des enfants.
www.disno.ch
aide@disno.ch
0800 600 400

Par Albertine Bourget et Marc David publié le 04.02.2021
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